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13 novembre 2008

La vengeance du pied fourchu : 26

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« Oh, bonjour, Sigrid, s’écria Catherine en se levant. Vous tombez bien. J’ai retrouvé mon collier, regardez ! » Elle le brandissait comme un trophée devant les yeux de la visiteuse. « Mais c’est merveilleux, fit Sigrid d’une voix enjouée. Vous voilà débarrassée d’un gros souci. Vous devez être très heureuse. » « Ca oui ! affirma Madame la Mairesse. Je suis si heureuse que j’ai envie de le montrer à tout le monde. » « Ca ne changera guère de ce que tu faisais avant de le perdre », maugréa Marie dont la physionomie était devenue revêche. Qu’est-ce que vous voulez, vous ? » demanda-t-elle rudement en se tournant vers Sigrid. « Mais… rien de particulier, répondit Sigrid en reculant d’un pas. J’étais venue vous saluer, simplement. Et prendre de vos nouvelles. » « Je vais on ne peut mieux, rétorqua Marie, toujours aussi sèche. Maintenant laissez-moi tranquille toutes les deux, j’ai du travail. » Catherine s’approcha de Sigrid et lui glissa à l’oreille qu’il ne fallait pas prendre garde à la mauvaise humeur de sa mère, le vertigo la saisissait quelquefois, il suffisait d’attendre que ça passe. Puis elle tendit le collier à la visiteuse. « Regardez comme il est beau ! insista-t-elle. Prenez-le, examinez-le. Je crois que le fait de l’avoir perdu me l’a rendu encore plus précieux. » « Ca se voit », dit Sigrid en riant et elle saisit le bijou, l’examina sous toutes les coutures. Pendant ce temps, Marie, debout devant la cheminée, observait la scène sans rien dire, un méchant petit sourire aux lèvres. « Tenez, reprenez-le. Et tâchez cette fois de ne plus l’égarer. Au fait, où était-il ? » « Au grenier, répondit Catherine. Pourriez-vous m’aider à l’accrocher ? Ce n’est pas facile de trouver le fermoir. » Lorsque le collier se trouva enfin autour de son cou, Madame la Mairesse tourna deux fois sur elle-même et se précipita devant le petit miroir placé contre le mur pour s’admirer. « Cesse tes gamineries, ricana Marie. Et par pitié, débarrassez le plancher, j’ai du travail ! » « Venez, venez ! s’écria Catherine en tendant la main à Sigrid. Laissons-la seule avec sa mauvaise humeur. »

 

Mais Sigrid ne semblait pas trop disposée à se saisir de la main tendue. Elle fixait Madame la Mairesse d’un regard perçant tandis que les doigts de sa main droite effectuaient un rapide travail qui passa inaperçu de Catherine et de Marie. « Donnez-moi la main, dit Catherine, mutine. Pour me prouver que vous excusez l’impolitesse de ma mère. « Bien volontiers », répliqua Sigrid et ce fut sa propre main qui s’encastra dans celle de Catherine.

 

Ce qui se passa alors, ni Madame la Mairesse, ni sa mère ne furent en mesure de le réaliser et encore moins de le comprendre. A peine la paume de Sigrid avait-elle touché la main de la jeune femme que cette dernière poussa un hurlement strident, sembla tout à coup enfler démesurément, puis des flammes jaillirent du sol et la consumèrent en quelques secondes. Avant que Marie eût même l’idée d’intervenir, Sigrid s’était tournée vers elle, le bras tendu, paume de la main ouverte. Une lumière rouge, éblouissante, en jaillit et la frappa de plein fouet. A l’image de sa fille, elle fut tout à coup recouverte de flammes et disparut. Un nuage de fumée blanche envahit immédiatement la salle. Sans paraître incommodée, Sigrid, au lieu d’ouvrir la porte, la ferma soigneusement, rabattit les volets intérieurs des fenêtres afin que nul ne puisse voir ce qui se passait dans la maison. Puis elle resta immobile, les mains jointes, les yeux fermés, ignorant la poussière grise répandue sur le sol, à l’endroit où auraient dû être allongés les corps de Catherine et Marie. Le collier d’émeraudes s’était lui aussi volatilisé.

 

Lorsque la fumée fut entièrement dissipée, elle rouvrit les yeux, contempla son œuvre. A la place de la poussière grise, deux corps gisaient sur les dalles. La mère et la fille respiraient profondément mais ne manifestaient aucune conscience. Sigrid s’approcha d’elles, posa sa main sur leur front, puis sur leur poignet. « Tout va bien, dit-elle à voix haute. Mais il faut faire très vite, maintenant. »

 

On frappa trois coups secs sur la porte. Sigrid entrouvrit la porte. « Dépêche-toi, dit-elle alors que Louis se faufilait à l’intérieur. Je suis arrivée à les récupérer, mais il garde encore leur esprit. Il faut les mettre en sécurité. » Louis se pencha sur les deux corps inanimés. « Elles vont bien, insista Sigrid. Ne perds pas de temps. Il ne va pas tarder à s’apercevoir que nous avons détruit ses deux créatures et Dieu sait ce qu’il peut faire. » « Je vais les emmener chez nous, dit Louis en se redressant. Ce sera plus sûr. Mais avant, il faut leur faire boire un peu d’eau. Tu as la fiole ? » Sans un mot, Sigrid fouilla la poche de sa robe et en sortit en petit flacon qu’elle tendit à son mari. Ecartant les lèvres de Catherine, Louis, tout en lui soulevant la tête, introduisit quelques gouttes dans la bouche de la jeune femme. Marie eut droit au même traitement. « Cela devrait suffire à les protéger, dit-il en tendant le flacon à Sigrid. Maintenant, il faut trouver une explication à leur disparition. Ne serait-ce que pour les gens du village. Et pour… » « Je me charge d’eux, coupa Sigrid. Le rubis est effectivement redoutable. Et si je pouvais les réunir tous en un seul lieu, cela m’éviterait pas mal de travail. » « Assure-toi que tout est bien clos, murmura Louis. Je vais devoir me livrer aux transformations que tu sais et il ne faut surtout pas qu’on me voie. »

 

Sigrid s’empressa de vérifier que toutes les portes étaient hermétiquement closes, de même que les volets intérieurs. « Fais vite, murmura-t-elle. Je crois que Missia arrive, ou quelqu’un de la bande. Je sens leur odeur… » « Rejoins-moi à la maison dès que tu le pourras », dit Louis et ce fut son tour de joindre les mains tandis que Sigrid, appuyée contre la porte d’entrée, empêchait toute irruption intempestive.

 

 

Missia avançait sur le chemin d’un pas léger. La maison familiale n’était plus qu’à quelques mètres et elle s’apprêtait à héler sa mère et sa sœur lorsque la porte s’ouvrit et Sigrid parut sur le seuil. Etonnée et méfiante, Missia s’arrêta net. Sigrid referma la porte et se dirigea vers elle. « Oh, Missia, quel bonheur de vous voir, dit-elle. Je cherchais quelqu’un de votre famille. » « Catherine et ma mère ne sont donc pas là ? » demanda la jeune fille, les sourcils froncés. « Non, répondit Sigrid. J’ai trouvé la porte ouverte et je suis entrée. Il n’y avait personne dans la salle. Alors, j’ai appelé, mais on ne m’a pas répondu. Je pense qu’elles doivent être au village. » « Bizarre, murmura Missia. Catherine m’avait dit qu’elle resterait ici jusqu’à… Enfin, bon, enchaîna-t-elle rapidement, vous devez avoir raison. Qu’est-ce que vous lui vouliez, à ma mère ? » « J’aurais voulu les inviter elle et votre sœur à dîner demain soir.  Et vous aussi, bien entendu. Si vous les voyez, pouvez-vous leur transmettre l’invitation et me dire ensuite si c’est d’accord ? » « Oh, je ne crois pas que… » commença Missia puis son regard brilla soudainement. « En fait, si, continua-t-elle. Je suis sûre qu’elles accepteront. Et que la soirée sera inoubliable, pour tout le monde. » « J’en suis moi aussi persuadée, dit Sigrid, un large sourire aux lèvres. A demain, alors ? » « A demain » et Missia tourna les talons et rentra dans la maison. Le sourire de Sigrid s’effaça. Une lueur sinistre glissa dans ses yeux clairs. « Telle sera prise qui croyait prendre, ma belle », murmura-t-elle en reprenant son chemin.

 

Lorsqu’elle arriva aux Eglantiers, Louis lui montra Catherine et Marie, allongée l’une près de l’autre sur un grand lit, dans une chambre où nulle lumière extérieure ne pénétrait. « Il faut tous les récupérer avant l’attaque », dit Sigrid. Louis hocha négativement la tête. « Le temps nous manque. Les informations vont vite. Il est déjà prévenu… C’est maintenant qu’il faut agir. » « Mais les risques sont énormes, protesta Sigrid. Pas pour nous, pour eux. » « Je sais. Mais nous n’avons plus le choix. Prépare-toi. Nous allons avoir besoin de toutes nos forces. »

 

(A suivre)

 

 

 

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