Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13 novembre 2008

Fables de la Chine Antique V

Plus de marc pour les cochons

A trente li de notre bourgade se trouve la montagne Hefu. Là, à côté d'un petit lac, est niché un temple que tout le monde nomme le Temple de la mère Wang. Personne ne sait à quelle époque vécut la mère Wang, mais les anciens racontent que c'était une femme qui fabriquait et vendait du vin et qu'un moine taoïste avait pris l'habitude de venir boire chez elle à crédit. La marchande semblait n'y prêter aucune attention. Chaque fois qu'il se présentait, elle le servait aussitôt.

Un jour, le taoïste dit à la mère Wang : "J'ai bu votre vin et n'ai pas de quoi le payer, mais je vais vous creuser un puits." Le puits terminé, on s'aperçut qu'il contenait du très bon vin. "Voilà pour vous payer ma dette", dit le moine et il s'en fut.

De ce jour, la femme ne fit plus de vin, elle servit à ses clients du vin tiré du puits, qji était bien meilleur que celui qu'elle faisait auparavant avec du grain fermenté. Sa clientèle s'accrut énormément.

En trois ans, sa fortune était faite. Elle avait gagné plusieurs milliers d'onces d'argent.

Un jour, le moine parut à l'improviste. La femme le remercia avec effusion. "Le vin est-il bon ?" demanda-t-il. "Oui, le vin est bon, admit-elle, seulement, je n'ai plus de marc pour nourrir mes porcs !"

En riant, le taoïste prit un pinceau et écrivit sur le mur de la maison :

La profondeur du ciel n'est rien, Le coeur humain est infiniment plus profond. L'eau du puits se vend pour du vin ; la marchande encor se plaint : Plus de marc pour les cochons.

Son quatrain achevé, il s'en fut, et le puits ne donna plus que de l'eau.

Fable de la Chine Antique, 15ème siècle.

 

La statuette de pierre et la marionnette

Le prince Mengchang voulait quitter sa patrie -le royaume de Qi- pour se rendre au royaume de Qin où il espérait se voir attribuer de hautes fonctions. Les gens de sa suite essayèrent en vain de l'en dissuader. L'un d'entre eux, cependant, eut l'idée d'une métaphore qui le convainquit.

"Un jour que je traversais la rivière Zihe, j'ai surpris la conversation d'une marionnette et d'une statuette de terre. La marionnette disait à la statuette : "A l'origine, vous n'étiez qu'un morceau de terre de la rive ouest, c'est de cette terre que vous avez été faite. S'il se met à pleuvoir en abondance, les eaux du fleuve, en débordant, pourront fort bien vous détruire." Et la statuette lui répondit : "Je serai détruite, c'est vrai, mais je retrouverai simplement ma première forme, je redeviendrai un morceau de terre, voilà tout ; tandis que vous, qui avez été faite d'un arbre du verger de la rive est, s'il se met à pleuvoir en abondance, les eaux du fleuve, en débordant, vous emporteront à leur guise et vous ne serez plus maître de votre destinée. Sur quel rivage allez-vous échouer ?""

Après avoir écouté ce petit récit, le prince renonça à son projet d'aller au royaume de Quin.

Recueil d'anecdotes de la Chine Antique, 5ème siècle ap. JC.

D'où vient le riz ?

Les petits-fils de Cai Jing, le célèbre ministre des Song, élevés en enfants de riches, n'avaient aucune idée des travaux des champs.

Un jour, Caï Jing leur demanda en plaisantant : "Pouvez-vous me dire d'où vient le riz que vous mangez tous les jours ?"

Le premier chercha et répondit : "Du mortier à décortiquer le riz". Caï Jing éclata de rire.

"Non, dit un autre des petits-fils, ce n'est pas du tout cela, le riz vient des sacs de jonc tressé ; je l'ai vu là-dedans."

Fable de la Chine Antique, 11ème siècle.

Avaler le jujube tout entier

Un sot entendit un jour cette conversation :

"Les poires sont bonnes pour les dents mais nuisibles pour la rate."" "Oui, mais les jujubes au contraire ne valent rien pour les dents mais font du bien à la rate."

Il réfléchit longuement et dit :

"Je mâcherai les poires mais ne les avalerai pas, ainsi elles ne pourront nuire à ma rate. J'avalerai les jujubes sans les mâcher, ainsi ils ne pourront gâter mes dents."

L'un de ses amis déclara : "Voilà ce qui s'appelle avaler le jujube tout entier *!"

Tout le monde éclata de rire.

Fable de la Chine Antique, 11ème ou 12ème siècle.

* En Chine, "avaler le jujube tout entier" = agir sans réflexion. Expression courante.

Le cochon à tête blanche

Dans le pays du Liaodong, tous les cochons sont noirs. Cependant, un éleveur eut la surprise de voir sa truie mettre bas un cochon à tête blanche. Tous les habitants s'en émerveillèrent et tirent la chose pour un prodige. L'éleveur, encouragé par l'admiration générale, voulut présenter son cochon à la cour impériale. Mais en arrivant dans la région du Hedong, il s'aperçut que là, tous les cochons étaient à tête blanche. "Je ne suis qu'un sot", se dit-il. Et il rebroussa chemin en ramenant son cochon.

Fable de la Chine Antique, 4ème/5ème siècle ap. JC

Peindre des fantômes

Le roi de Qi demanda un jour à son peintre :

"Dites-moi donc ce qui est le plus difficile à peindre." "Ce sont les chiens et les chevaux", répondit l'artiste.

Le roi reprit : "Et ce qui est le plus facile à peindre ?" "Ce sont les mauvais esprits, les fantômes, répondit le peintre sans hésiter. Les chiens et les chevaux, nous les voyons tous les jours, la moindre infidélité serait tout de suite remarquée. Les fantômes, eux, n'ont pas de forme définie et personne n'en a jamais vu, donc ils sont plus faciles à peindre."

Fable de la Chine antique, Han Fei 3ème siècle avant JC.

Une leçon d'échecs

Fables pour les élèves et étudiants qui s'égareront sur ce blog...

Il y avait autrefois un joueur d'échecs renommé qui s'appelait Qiu. Personne ne pouvait l'égaler et il n'avait jamais rencontré d'adversaire digne de lui dans la région.

Qiu enseignait à deux jeunes gens l'art des échecs. L'un d'eux s'appliquait beaucoup et suivait les explications du maître avec attention, alors que l'autre était distrait. Il était bien là comme son camarade, ayant l'air d'écouter, les yeux fixés sur le jeu ; mais en réalité, sa pensée était ailleurs. Il songeait tout le temps aux oies sauvages qui passaient dans le ciel et dont il lui semblait entendre les cris et il aurait voulu prendre son arc et aller en abattre quelques-unes.

Il en résulta que le premier élève devint vite un joueur d'échecs consommé tandis que l'autre, bien qu'il eût passé beaucoup de temps à apprendre ce jeu n'en retint que quelques vagues rudiments. Etait-ce que son camarade était plus doué que lui ? Que non pas ; il faut en chercher ailleurs la cause.

Fable de la Chine Antique, env. 380 av. JC

NDR : Le distrait avait au moins la politesse de se taire et de faire semblant. Il avait reçu une éducation, quoi...

Les commentaires sont fermés.