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09 août 2008

La vengeance du pied fourchu 10

Diable.jpg Les savants calculs de la Mairesse furent cependant déjoués par un événement inattendu. Alors que Madame Agnès et Missia essayaient l’une de faire bonne figure et l’autre de se calmer, le couple sublime parvint à leur hauteur et s’arrêta devant l’étal. Immédiatement, Madame Agnès reprit son rôle de marchande avisée et après un cordial bonjour, s’enquit de ce que désirait « cette belle dame ». La jeune femme examinait attentivement les rouleaux de tissu, tâtait les étoffes, demandait le prix du mètre de drap. Missia, pendant ce temps, faisait semblant d’arranger le plateau sur lequel on coupait le tissu. Il était parfaitement en ordre mais elle désirait surtout échapper au regard de l’homme qui s’était fixé sur elle et ne la quittait plus. Elle se sentait plus troublée qu’il ne l’aurait fallu et pestait contre elle-même et ce qu’elle n’était pas loin d’appeler sa lâcheté. Quoi ! Elle n’était plus capable, maintenant, de résister à un beau visage ? Furieuse contre elle-même, et après avoir appelé à l’aide l’image de Martin, elle se retourna et fit front. L’homme était penché vers sa femme et échangeait avec elle des avis sur les tissus proposés. « Bien fait pour moi, pensa Missia, rassurée et –au fond, très au fond, vaguement mortifiée. Ca m’apprendra à délirer. »

La jeune femme était penchée sur un rouleau de drap qui semblait beaucoup l’intéresser. Madame Agnès sentit que cette visiteuse pouvait se transformer sans trop d’efforts en acheteuse. Aussi redoubla-t-elle d’amabilité. « Voyez, ma belle, comme ce tissu est solide, et doux ! Avec ça, vous dormirez comme un ange et vous ferez les rêves les plus agréables et les plus doux. » « Oh, je n’ai pas besoin de rêver, répliqua la jeune femme. La réalité me suffit. » Elle parlait avec un léger accent dans la voix et elle jeta à son compagnon un regard malicieux. Il sourit. Madame Agnès se pencha à son tour et profitant de l’inattention de sa cliente, examina attentivement le médaillon qui reposait sur l’échancrure de la robe. C’était bien un rubis qui était incrusté au centre. Et en bas, il y avait gravé un mot que Madame Agnès ne reconnut pas. A coup sûr, c’était un mot d’une langue étrangère, peut-être de celle du pays dont venait la dame, car il était évident qu’elle n’était pas française.

« Mon ami, aidez-moi, dit-elle de cette voix un peu grave mais charmante, et toujours parsemée d’un accent étrange, un peu rauque. Je suis partagée entre l’envie d’acheter ce drap qui me paraît fort doux et ce tissu si beau et avec lequel je pourrai me faire faire une très jolie robe. » « Prenez le drap, répondit son mari. N’avez-vous pas suffisamment de robes pour l’instant ? » Sa voix était aussi distinguée et belle qu’on pouvait s’y attendre. La jeune femme hocha la tête. « Va pour le drap » et Madame Agnès, radieuse, saisit son rouleau, le posa sur le plateau et commença à le mesurer.

La Mairesse ne s’attendait pas à devoir retarder une rencontre qui la mettait, avant même d’avoir lieu, dans tous ses états. Aussi fut-elle fort désappointée de voir que le jeune couple ne prêtait aucune attention à elle, occupé qu’il était à discuter avec Madame Agnès. Franchement, c’était un comble ! Et Missia, cette idiote, qui, au lieu d’intervenir et de faire les présentations, s’obstinait à ne pas regarder dans sa direction ! Madame La Mairesse agita son éventail en direction de sa sœur, toussa, frappa du pied. En vain. Missia, qui l’avait pourtant bien vue et la surveillait du coin de l’œil, prenait un malin plaisir à jouer les aveugles et les sourdes. Se sentant observée par les yeux de tous les administrés de son mari, Catherine prit le parti de s’avancer vers l’étal de Madame Agnès et d’engager la conversation comme si elle n’était qu’une simple cliente.

Madame Agnès, à qui cette pantomime avait échappé, se retourna au moment même où Catherine approchait. « Mais voici venir Madame la Mairesse  ! s’exclama-t-elle. Que de grands personnages pour mes pauvres marchandises ! » Catherine lui adressa son plus charmant sourire et daigna s’arrêter près de ceux dont elle cherchait en vain depuis dix minutes à attirer l’attention.

« Vous devez être les nouveaux propriétaires de la maison les Eglantiers, dit-elle de sa voix la plus sucrée, en minaudant comme elle seule savait le faire. Je suis l’épouse du maire et je vous souhaite la bienvenue parmi nous. »

(A suivre)

 

 

 

 

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