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23 juillet 2008

La vengeance du pied fourchu : 7

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« Ecoute-moi, dit le jeune homme en enlaçant sa bien-aimée. Il n’est pas du tout dans mes intentions de te faire peur, mais tu pourras mieux te défendre si tu envisages toutes les possibilités. » « Cela signifie ? » demanda Missia. « Que ton idée de ne considérer que les dames me paraît heu… comment dire ?.... Imprudente. Tu négliges un fait : Satan est un rusé. Qui sait si la vision d’Asphodèle n’a pas été transmise volontairement au Rêveur par le maître de l’Enfer lui-même, pour brouiller les pistes ? » « C’est toi qui m’embrouilles, protesta Missia et l’aïeule acquiesça d’un hochement de tête. La situation est déjà compliquée, si tu te mets à la rendre inextricable, je ne m’en sortirai pas. Pourquoi douter de la sincérité du Rêveur ? » « Parce que sa sincérité a pu être manipulée », rétorqua Martin qui, lui-même, commençait à se perdre dans toutes ces circonvolutions. « Et le collier d’émeraudes pourrait bien n’être dans ce cas qu’un faux indice, c’est ça que tu veux dire ? » « Heu… Oui, je suppose », dit Martin après un temps de réflexion. « Il a le don de compliquer les choses les plus simples, pensa le fantôme de Missia qui commençait à avoir mal à la tête. L’indice est vrai, le Rêveur ne peut pas mentir. Il faut que j’intervienne. Mais comment ? »

Pendant ce temps, Marie faisait les honneurs de sa maison au couple de marchands qui venait d’arriver et qui allait loger chez elle pendant toute la durée de la foire. Toutes les pièces avaient été lavées, récurées, la literie changée et la chambre était prête à recevoir les invités qui, d’ailleurs, étaient plus des amis que des locataires. Cela faisait cinq ans qu’ils participaient à la foire et que Marie les recevait chez elle. Un accord tacite avait été passé entre eux : Marie diminuait de moitié le prix de la pension et le marchand diminuait de moitié le prix de son tissu. Cet accord permettait à Marie de renouveler chaque année son linge de maison et d’assurer à ses enfants des vêtements toujours très corrects.marche.jpg 

Alors que Marie et la femme du marchand papotaient à qui mieux mieux, une des servantes de Madame la Mairesse apparut sur le pas de la porte et annonça que sa maîtresse conviait le soir même toute la maisonnée à dîner. « Dis à ma fille que c’est d’accord, répondit Marie après avoir interrogé sa compagne du regard, et que nous serons cinq. Nous arriverons comme d’habitude, à la nuitée. » « Six, rectifia la voix de Missia. Martin vient avec nous. » « Je ne suis pas invité », protesta la voix du jeune homme. « Bien sûr que si ! N’est-ce pas, maman ? » et la jeune fille parut sur le seuil de la porte, suivie de son fiancé. Découvrant la présence de l’invitée, elle fit une petite révérence que la femme du marchand coupa court en se précipitant vers elle et en l’embrassant sur les deux joues. « Je sais bien que Martin fait déjà partie de la famille, dit Marie, légèrement ennuyée. Mais tu connais ta sœur : elle est tellement bizarre… » « Folle », pensèrent de conserve Missia, Martin et Madame Agnès (la femme du marchand). « S’il ne vient pas, je n’y vais pas non plus, affirma Missia. D’ailleurs, ça m’évitera de passer une soirée lugubre. » Marie prit une bonne inspiration. « Six, dit-elle à l’adresse de la servante qui attendait toujours, plantée devant eux comme un piquet. Nous serons six. Et tu dis à ta maîtresse : pas un de moins. »

La servante partie, on se réinstalla autour de la table pour continuer à commérer. Martin, que ce genre de « discussion » n’amusait point alla aider Arnaud qui coupait du bois dans le petit appentis réservé à cet usage. Missia le spectre avait jugé inutile de s’attarder dans le coin, sa jeune descendante ayant  résolu son problème sans son aide. Et l’idée qu’elle avait eue lui paraissait tout à fait satisfaisante. Pour le moment, du moins.

Madame Agnès et Marie en étaient au stade où  l’on échange des confidences quant au meilleur moyen de réussir la confiture de poires. C’était certes intéressant, et instructif, mais Missia avait cette fameuse idée en tête et elle n’avait pas l’intention de la garder pour elle plus longtemps. Aussi profita-t-elle d’un moment de réflexion de sa mère –qui ne savait plus s’il fallait mettre ou non du sucre à cet instant précis de la préparation- pour l’exprimer à voix haute. Elle se tourna vers Madame Agnès, la première concernée.

« Il y aura beaucoup de monde cette année, à la foire, commença-t-elle. C’est du moins ce que prétend mon beau-frère. Vous risquez de ne plus savoir où donner de la tête. » « Ma foi, cela est vrai, admit Madame Agnès. Surtout que je serai souvent seule à l’étal, mon mari ayant beaucoup d’autres marchands à rencontrer. J’aurais voulu engager une fille pour m’aider mais on n’a pas voulu. » Elle baissa la voix. « On devient affreusement avare », chuchota-t-elle. Elle se tourna vers Marie. « Si jamais on veut remettre en question notre accord, surtout, ma chère, refusez. Ou montez aussi votre prix. » « Oui, à un kilo », répondit Marie, perdue dans sa recette où poires et sucre se battaient comme des chiffonniers. « Et si je vous aidais ? proposa Missia. Je n’ai rien à faire pour le moment et j’aimerais tant voir comment je peux me débrouiller dans le rôle de vendeuse. Et puis, ça me permettrait de voir du monde. » « Ma pauvre enfant, dit Madame Agnès en levant les bras au ciel, cela ne dépend pas de moi. Et même si on accepte, tu ne recevras pas un sou en échange. » Missia secoua la tête. « Cela m’est égal de ne pas être payée. C’est juste une expérience que j’aimerais bien tenter. » « Alors là, évidemment, si tu dis à mon mari que tu acceptes de travailler gratuitement pour lui, je crois que ta demande va vite être agréée. » « Je vous en prie, parlez-lui en ce soir. Je ne demande aucun paiement. Je veux seulement me rendre utile et voir des têtes nouvelles. » « Tu es une bonne fille, dit Madame Agnès. Je m’arrangerai pour qu’on accepte. Et qu’on te dédommage autrement qu’en argent. » Missia lui adressa son plus éclatant sourire. La première partie de son plan avait réussi. La suite réserverait certainement des surprises peu agréables…

(A suivre)

 

 

 

 

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