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12 juin 2008

Les Olympiens 1

Les mythologies ne se limitent certes pas aux mythes de création du monde. Revenons en Grèce pour essayer de voir ce qu’il advint de la nouvelle génération des Dieux, après la victoire de Zeus sur Cronos.

 

Les enfants de Cronos avaient été, dans l’ordre : d’abord trois filles : Hestia, Déméter et Héra ; puis trois fils : Hadès, Poséidon et Zeus. Chacun d’eux possédait ses attributs et son domaine fixés par le Destin :

 

-          Hestia présidait au foyer ; elle obtint de Zeus de rester éternellement vierge et demeurait immobile sur l’Olympe (montagne demeure des dieux).

-          Déméter présidait à la terre cultivée : ce n’est pas un « double » de Gaia, la Mère des Origines ; Gaia recèle en son sein montagnes, déserts et endroits plus fertiles alors que Déméter est essentiellement liée aux mythes du blé ; son culte se fait dans les plaines où pousse le froment.

-          Héra est la déesse du mariage ; c’est l’épouse de Zeus et elle veille au respect des lois conjugales.

 

 

Quant aux trois fils, le mythe prétend que leur domaine d’attribution relèverait d’un tirage au sort, après leur victoire sur les Titans. Zeus eut le ciel, Poséidon la mer, Hadès l’empire souterrain, le royaume des morts. Cependant, les Cyclopes leur avaient fait don à chacun, pendant la lutte contre les titans, des attributs de leur future domination : Zeus avait eu la foudre, Hadès un masque qui rend invisible celui qui le porte (= la Mort), et Poséidon un trident.

 

A ces six enfants de Cronos s’ajoutent d’autres Dieux, pour la plupart enfants de Zeus. Mais il est malaisé d’en dresser la liste exacte car elle a varié au cours des âges. A « l’époque Classique », cette liste était la suivante : Aphrodite, Apollon, Artémis, Héphaïstos, Athéna, Arès, Hermès et Dionysos. Mais ce dernier pose énormément de problèmes dans la mesure où il existe un nombre important de figures différentes du dieu et il se voit affublé de noms divers selon les périodes ; Homère ignore Dionysos dans ses épopées mythiques mais il semblerait qu’une trace de ce dieu soit déjà présente à l’époque mycénienne. Bref, Dionysos incarne à lui seul la grande caractéristique des mythes grecs, à savoir la multiplicité des versions, (venant de la tradition orale), de même que leurs incohérences ou leurs contradictions. C’est d’ailleurs ce foisonnement inorganisé qui rend la mythologie grecque si intéressante.

 

Intéressons-nous à présent à cette seconde génération des Olympiens :

 

APOLLON

 

Il préside à la divination, à la guérison des maladies (mais aussi à leur propagation), et à la musique : il joue d’une lyre d’or et conduit le chœur des Muses. Il semble donc représenter la puissance incantatoire des chants « magiques ».

 

On fait souvent de lui un dieu solaire, car sa mère, Léto, est la fille des titans « astraux » Coeos et Phoebé. Mais le soleil (Hélios) est lui fils des Titans Hypérion et Theia et il possèdes ses légendes propres. Il sera d’ailleurs pratiquement toujours assimilé aux Titans, ce qui n’a jamais été le cas pour Apollon.

 

Apollon naquit dans l’île de Délos. Au moment où il fit son apparition, des cygnes sacrés volaient sept fois autour de l’île car on était au septième jour du mois. Ils emmenèrent le dieu nouveau-né dans leur pays, chez les Hyperboréens, où il resta un an, recevant les hommages des habitants. Vers le milieu de l’été, il revint en Grèce ce qui donna lieu à des fêtes et des chants.

 

A son retour, Apollon s’établit à Delphes. Et chaque année, on fêtait à cet endroit le retour du Dieu en Grèce. Mais avant de pouvoir faire de Delphes son sanctuaire, Apollon dut tuer de ses flèches Python, un dragon qui gardait dans la montagne un vieil oracle de Thémis et se livrait à mille exactions dans le pays. Apollon, en souvenir de sa victime, instaura les jeux « Pythiques » et s’emparant de l’oracle de Thémis, il  consacra dans le sanctuaire de Delphes un trépied sur lequel prenait place la prêtresse (= la Pythie) chargée de transmettre ses réponses aux hommes.

 

Apollon était considéré comme le plus beau des dieux. On le représente souvent comme un grand jeune homme brun, aux cheveux bouclés, noirs avec des reflets bleutés. Il eut de nombreuses aventures amoureuses qui ne furent pas toutes des réussites. C’est ainsi qu’il aima la nymphe Danaé, laquelle ne répondit pas à ses avances et, pour se protéger de l’insistance du Dieu, fut obligée de demander à son père, dieu du fleuve Pénée, de la transformer en laurier. Cet arbre devint l’arbre par excellence d’Apollon. Même aventure désastreuse avec Coronis, dont il fit la mère d’Asclépios. Coronis trompa Apollon avec un mortel ; le dieu, furieux, tua Coronis d’une flèche et arracha Asclépios des entrailles de sa mère au moment où on allait allumer son bûcher funéraire.

 

Il tomba ensuite amoureux de Cassandre, fille du roi Priam de Troie. Il offrit de lui enseigner la divination ; Cassandre accepta mais une fois instruite, ne voulut pas céder au désir d’Apollon. Ce dernier se vengea en lui crachant dans la bouche et la priva ainsi du don de persuasion : les prophéties de Cassandre étaient toujours exactes, mais personne ne la croyait.

 

Apollon aima aussi quelques jeunes gens mais ses histoires amoureuses avec eux ne furent guère plus heureuses qu’avec les femmes.

 

Enfin, plusieurs légendes au sujet d’Apollon racontent que par deux fois, au moins, il fut obligé de se mettre au service des mortels, en punition de certaines fautes.

 

La première fois, ce fut suite à un complot monté contre Zeus avec l’aide d’Athéna, Poséidon et Héra, complot qui visait à lier Zeus dans des chaînes de fer et à le suspendre dans le ciel. Cette conspiration facétieuse échoua : Poséidon et Apollon furent obligés de travailler pour le roi Laomédon, roi de Troie : ils durent construire les murailles de la ville. Lorsque, leur tâche achevée, les deux divinités réclamèrent leur salaire, le roi menaça de leur couper les oreilles et de les vendre comme esclaves. La légende ne dit pas ce qu’il advint ensuite, mais on se doute qu’Apollon et Poséidon n’insistèrent pas.

 

La seconde fois, Apollon dut servir le roi Admète parce qu’il avait tué avec ses flèches les Cyclopes, ceux qui avaient donné la foudre à Zeus et dont celui-ci s’était servi pour tuer Asclepios, le fils d’Apollon, coupable d’avoir ressuscité des cadavres. Apollon fut donc pendant une année le bouvier d’Admète. On dit que jamais le troupeau ne se porta si bien que pendant cette année-là, qu’il prospérait de façon miraculeuse ; on dit même qu’Admète devint l’aimé du dieu. Mais on dit tant de choses…

 

 

ARTEMIS

 

Artémis est la sœur jumelle d’Apollon et sa réplique féminine. Elle est aussi armée d’un arc et de flèches ; elle envoie ses traits sur les femmes –notamment celles en train d’enfanter- et provoque ainsi une mort subite.

 

Artémis est une déesse vierge. Sa principale occupation est la chasse et elle parcoure les montagnes en compagnie de ses chiens. Elle fut, dès l’Antiquité, assimilée à la Lune, mais elle n’est pas une simple doublure de Séléné. Si elle symbolise un astre, elle est aussi la « dame aux fauves », celle qui préside mystérieusement à la fécondité animale dans les forêts.

 

Paradoxalement, la vierge Artémis est aussi évoquée au moment des naissances et les jeunes mères la considèrent comme aussi secourable en ce péril qu’elle peut leur être redoutable. Une légende raconte qu’Artémis avait eu ce pouvoir dès sa naissance.

 

Zeus s’était épris d’une mortelle, Léto, et cette dernière, au moment de mettre au monde les jumeaux divins, Apollon et Artémis, avait dû subir la colère jalouse de Héra, qui n’avait pas supporté cette infidélité de son mari ; l’épouse de Zeus avait interdit à tous les lieux de la terre de donner asile à Léto en ses douleurs. Chaque pays repoussait l’errante. Mais Délos, qui n’était elle aussi qu’une pauvre île aride, errante, stérile, si pauvre qu’elle n’avait rien à redouter de la colère de Héra, accueillit Léto et cette dernière mit seule au monde ses enfants au pied du seul arbre de toute l’île : un palmier. Artémis naquit la première. On raconte qu’aussitôt, elle s’occupa d’achever la délivrance de sa propre mère en l’aidant à donner le jour à son frère jumeau, Apollon.

 

 

HEPHAÏSTOS

 

C’est le dieu qui commande au feu. Il n’est pas l’élément feu en lui-même, mais il est le maître des arts de la forge et du travail des métaux.

 

On dit souvent qu’il est le fils de Zeus mais une autre version du mythe le fait naître de la seule Héra, sans le secours d’aucun principe mâle ; Héra se serait ainsi vengée de la naissance d’Athéna, sortie du crâne de Zeus.

 

La caractéristique d’Héphaïstos est d’être un dieu boiteux. C’est Homère, dans l’Iliade, qui explique l’origine de ce handicap.

 

Une querelle ayant éclaté entre Héra et Zeus au sujet d’Héraclès, Héphaïstos, en bon fils, prit le parti de sa mère. Zeus, fort en colère, le saisit alors par un pied et le lança du haut de l’Olympe vers le sol. Héphaïstos mit une journée à tomber ; le soir, lorsqu’il s’abattit sur l’île de Lemnos, respirant à peine, il ne mourut point puisqu’il était immortel mais resta éternellement boiteux.

 

Le mythe grec nous présente Héphaïstos comme un artisan génial, toujours prêt à exécuter les travaux commandés par les autres dieux, des bijoux, des armes, etc.

 

Héphaïstos, physiquement disgracié et toujours décrit comme très laid, passait pourtant pour s’être unis à des de femmes de grande beauté. Zeus l’avait donné en mariage à Aphrodite, la plus belle des déesses. Aphrodite ne faisait guère de cas de ce mari boiteux et s’était éprise d’Arès. Un jour, le Soleil, qui voit tout, avait surpris les deux amants enlacés et plongés dans des occupations qui ne laissaient aucun doute quant à la qualité de leur relation. Le soleil était allé tout raconter au mari, qui ne dit rien. Il se contenta de préparer un filet invisible qui tendit autour du lit de sa femme. Alors que Arès avait rejoint Aphrodite dans son lit, le filet se resserra, immobilisant le couple adultère et l’empêchant de se libérer. Puis Héphaïstos convoqua tous les dieux au spectacle. Autant dire que l’Olympe s’amusa de tout son cœur et lorsque Aphrodite fut enfin délivrée, elle s’enfuit, honteuse, sous le rire moqueur des autres dieux.

 

 

APHRODITE

 

Cette déesse mérite bien à elle seule un article. Sa naissance donne lieu à des interprétations diverses : selon une version du mythe, elle serait la fille de Zeus et de Dioné (divinité de la génération primordiale) ; selon une autre version, elle serait née du sang d’Ouranos (voir mythe grec de la création du monde) tombant dans la mer après sa mutilation, et aurait été portée par les Zéphyrs d’abord à Cythère puis à Chypre où elle fut accueillie par les Heures (Les Saisons) qui, après l’avoir vêtue et parée, la conduisirent chez les Immortels.

 

De nombreuses légendes fort diverses sont consacrées à Aphrodite. A l’origine, c’est une puissance redoutable qui maintient l’univers sous ses lois. Elle représente la fécondité féminine, et plus généralement, la fécondité dans la Nature.

 

Le plus célèbre de ses mythes est celui de ses amours avec Adonis. Myrrha ou Smyrna, La fille du roi de Syrie Théias, s’était attiré la colère d’Aphrodite, laquelle poussa la jeune fille à désirer commettre un inceste avec son père. Trompant ce dernier, pendant douze nuits, elle parvint à s’unir à lui. Mais la dernière nuit, Théias se rendit compte de son crime, la poursuivit pour la mettre à mort et elle supplia les dieux de l’aider : ces derniers la transformèrent en un arbuste, l’arbre à myrrhe. Quelques mois après, l’écorce se souleva et il sortit de l’arbre un enfant qu’on appela Adonis. Aphrodite, émue par la beauté de l’enfant, le recueillit et le confia à Perséphone, la déesse des Enfers. Mais cette dernière s’éprit d’Adonis et ne voulut pas le rendre à Aphrodite. Zeus fut nommé arbitre du conflit et décida qu’Adonis passerait le tiers de l’année avec Perséphone, le deuxième tiers avec Aphrodite et le dernier tiers avec qui il voudrait. Adonis, cependant, passa deux tiers avec Aphrodite et seulement un tiers avec Perséphone. Cela dura jusqu’au jour où Arès, autre amant d’Aphrodite, jaloux des faveurs que recevait Adonis de la part de la déesse, suscita contre lui un sanglier monstrueux qui tua le jeune homme d’une de ses défenses. Du sang d’Adonis naquirent les anémones. En souvenir de son amant, chaque année, Aphrodite organisait des fêtes au printemps célébrées par les femmes syriennes. Le rite était le suivant : les femmes plantaient dans des pots des graines qu’elles arrosaient d’eau chaude pour les faire pousser très vite : on les appelait « les jardins d’Adonis ». Les plantes mouraient également très vite et les femmes se lamentaient alors sur le sort d’Adonis, bien-aimé d’Aphrodite. Les eaux du fleuve Adonis qui coule à Byblos prenaient au même moment une couleur rouge qui rappelait le sang du héros.

 

Peu à peu, les liens d’Aphrodite avec la végétation et sa puissance primordiale furent oubliés et on ne raconta plus que ses aventures amoureuses.

 

C’est ainsi qu’elle fut l’amante d’Anchise, sur l’Ida, en lui faisant croire qu’elle était une mortelle. De cette union naquit Enée et elle fit jurer à Anchise de ne jamais révéler ce secret.

 

De ses étreintes avec Arès naquirent Eros et Antéros (Amour et Amour réciproque). Mais cet Eros n’a rien à voir avec l’Eros primordial de la cosmogonie, l’élément qui unissait Gaïa et Ouranos. (Voir mythe grec des origines.)

 

Aphrodite pouvait cependant se montrer redoutable. Parce que Eos (l’Aurore) avait cédé à Arès, elle lui inspira un amour insurmontable pour Orion. Les femmes de Lemnos la dédaignant, elle les affligea d’une odeur pestilentielle, si atroce que leurs maris les abandonnèrent.

 

Sa puissance se révéla pleinement au moment de la guerre de Troie. Un jour, la Discorde lança au milieu des Dieux une pomme destinée à la plus belle des déesses. Aphrodite, Héra et Athéna revendiquèrent aussitôt le prix. Hermès, sur l’ordre de Zeus, les conduisit toutes trois sur l’Ida de Troade afin que le jugement fût rendu par Pâris, le fils de Priam. Héra promit à Pâris la royauté universelle ; Athéna jura de le rendre invincible à la guerre ; Aphrodite lui promit simplement l’amour d’Hélène, reine de Sparte et considérée comme la plus belle de toutes les mortelles. Pâris donna le prix à Aphrodite et ce fut l’origine de la guerre de Troie. Entre les deux camps, Aphrodite avait elle aussi fait son choix et soutenait les Troyens. Elle sauva Pâris sur le champ de bataille, protégea Enée attaqué par Diomède.

 

 

ATHENA

 

Plus encore qu’Aphrodite, cette déesse mérite qu’on s’attarde sur ses exploits dans la mesure où elle est la protectrice d’Athènes et apparaît dans de nombreuses légendes consacrées à cette ville.

 

Aux tous premiers temps de son règne, Zeus avait contracté une union avec l’océanide Métis ; cette dernière était enceinte de lui. Gaïa et Ouranos révélèrent à Zeus que si Métis donnait le jour à une fille, cette dernière aurait un garçon qui deviendrait le maître du monde. Sans hésiter, Zeus, qui ne voulait point voir sa puissance lui échapper, avala Métis. Quand le temps de la délivrance arriva, il ordonna à Héphaïstos de lui fendre le crâne d’un coup de hache. De sa tête surgit une jeune fille toute armée, la déesse Athéna. Cette naissance eut lieu en Libye, au bord du lac Tritonis.

 

Athéna est une déesse guerrière dont les attributs sont le bouclier, la lance et l’égide. Sur son bouclier, est accrochée la tête de Méduse, donnée à la déesse par Persée.

 

Paradoxalement, Athéna est aussi la déesse de la paix et de la sagesse. Elle est ingénieuse et protège les tisserands, les fileuses, les brodeuses ; elle a inventé le char de guerre et a donné à l’Attique l’olivier ; de même, elle a enseigné aux hommes la façon d’extraire l’huile de l’olive. (Voir La naissance d’Athènes.) Dans les légendes, elle est toujours considérée comme l’Esprit et la Raison qui se marient étroitement avec le courage et les efforts. C’est elle qui arme Héraklès et le soutient dans les moments difficiles ; Ulysse, dans l’Odyssée, est sans cesse soutenu par Athéna ; elle lui inspire ses décisions les plus sages et les plus prudentes.

 

Généralement, Athéna est considérée comme une déesse vierge. Mais une légende de l’Attique lui donne un fils qui fut conçu dans des conditions assez particulières. Héphaïstos était le « fournisseur » en armes de tous les dieux. Un jour, Athéna se rendit dans sa caverne pour lui passer une commande. C’était le moment où le dieu avait été abandonné par Aphrodite qui courait le guilledou un peu n’importe où. Héphaïstos fut séduit par la beauté d’Athéna et tomba amoureux d’elle. Il le lui dit, mais elle refusa de l’écouter et s’enfuit. Bien que boiteux, Héphaïstos parvint à la rejoindre, la prit dans ses bras et dans son désir, mouilla la jambe de la déesse de son sperme. Dégoûtée, Athéna s’essuya avec un flocon de laine qu’elle jeta à terre. Mais la semence du dieu féconda la Terre et il en sortit un enfant que la déesse considéra comme son fils et qu’elle nomma Erichthonios. Elle l’éleva sans rien dire aux autres divinités et décida de le rendre immortel.

 

Elle enferma l’enfant dans un coffret et le confia à la garde de Pandrosos, une des filles du roi Cécrops en lui intimant l’ordre de ne jamais regarder ce qu’il y avait à l’intérieur de ce coffret. La sœur de la jeune fille, Aglauros, transgressa l’interdit d’Athéna et souleva le couvercle. Elle vit l’enfant qui dormait, un serpent enroulé autour de lui. Athéna, furieuse, les maudit et les jeunes filles, prises de folie, se précipitèrent du haut des rochers de l’Acropole d’Athènes. Plus tard, Erichthonios s’empara du pouvoir sur l’Attique et c’est de lui que descendit la race des rois d’Athènes.

 

Athéna semble donc bien être l’âme de la cité qui l’honore et qu’elle protège : de vieilles croyances relatives aux propriétés magiques d’une statue d’Athéna nommée Palladion l’attestent.

 

Une légende prétendait qu’Athéna avait été élevée au bord du lac Tritonis (endroit où elle était née) et que Zeus lui avait donné comme compagne de jeux la fille du dieu Triton, Pallas. Athéna la tua accidentellement. Voulant faire amende honorable, Athéna façonna une statue à la ressemblance de Pallas, la plaça près de Zeus, sur l’Olympe et lui rendit des honneurs comme à une divinité. Cette statue, appelée Palladion, resta sur l’Olympe quelque temps puis tomba sur terre, sur la colline de Troade. C’était le moment où Ilos, ancêtre des Troyens, était en train de bâtir Troie. La statue pénétra de son propre chef dans le temple d’Athéna, encore inachevé, et occupa la place rituelle. Elle fut considéré comme une statue miraculeuse et fut l’objet d’un culte particulier car on croyait que la ville demeurerait invincible tant qu’elle conserverait cette idole. (Il semble donc qu’à travers Pallas, Athéna soit aussi la protectrice de Troie mais L’Iliade dément cette interprétation puisque Athéna chez Homère prend parti pour les grecs.)

 

Athéna eut de nombreuses occasions de défendre sa ville et de protéger ceux qui la dirigeaient. Ainsi permit-elle à Périclès d’achever la construction des Propylées, sur l’Acropole, ensemble qui devait abriter, outre les services d’entretien des temples, une salle d’exposition pour les peintures, et cela en guérissant un ouvrier blessé pendant les travaux, drame qui avait déclenché le mécontentement des Athéniens, menés par les détracteurs de Périclès.

 

Et puis, légende et Histoire finirent par se rejoindre. Lorsque les Barbares envahirent la Grèce en l’an 395 après Jésus-Christ, Athènes n’était plus depuis longtemps déjà la cité puissante qu’elle avait été autrefois. Si l’Acropole était toujours intacte, si la statue gigantesque d’Athéna Promachos, œuvre du sculpteur Phidias, s’élevait toujours sur le plateau sacré, la ville basse était peu à peu abandonnée. Il avait fallu détruire une partie des bâtiments de l’Agora pour construire des barricades aptes à défendre la ville.

 

Lorsque les Barbares, menés par un Wisigoth nommé Alaric, apparurent devant Athènes, la cité se crut perdue. Les assaillants s’étaient emparés du port du Pirée, empêchant ainsi le ravitaillement de la ville et la fuite des athéniens par la mer. Très peu d’hommes restaient à l’intérieur des remparts et la ville était aux trois-quarts vide. De plus, les provisions allaient manquer. Alaric le savait et se réjouissait d’avance de prendre enfin cette cité qui avait été si riche et avait si longtemps dominé le monde méditerranéen.

 

Alaric fit le tour des murailles d’Athènes, cherchant un endroit mal gardé. Les Barbares plaisantaient entre eux sur cette splendeur enfuie : cette ville avait-elle réellement été un jour aussi célèbre que Rome ? Alaric ayant entendu parler des temples bâtis sur l’Acropole et des dieux qu’honoraient les Athéniens, il décida, une fois que la ville serait prise, de s’emparer de la statue d’or et d’ivoire du Parthénon. Certains de ses compagnons eurent beau se récrier, dire que voler ainsi une statue divine leur vaudrait la vengeance des dieux,  que la déesse Athéna protégeait sa ville et qu’elle y était plusieurs fois apparue avec son casque d’or, sa lance et son bouclier, Alaric s’entêta.

 

Mais depuis quelques jours, le vent balayait la région ; Athènes était enveloppée d’une poussière qui ne permettait pas de distinguer ce qui se passait sur les remparts. Le vent tout à coup cessa de tourbillonner, la poussière sembla se dissiper quelque peu. Une lueur mouvante attira le regard d’Alaric : il vit soudain une silhouette gigantesque qui brandissait une lance. Il reconnut la lance, le casque d’or, le bouclier. C’était Athéna. Elle le regardait. Le soleil glissait sur sa lance qui semblait bouger. Ce fut la panique dans le rang des Barbares. Les chevaux se cabrèrent et partirent à bride abattue. Lorsque les cavaliers se retournèrent, la déesse avait disparu.

 

Fortement impressionné, Alaric envoya une offre de paix aux Athéniens qui se gardèrent bien de refuser. Mais ils se gardèrent aussi de lui expliquer que cette fameuse apparition n’était autre que la statue dorée d’Athéna Promachos.

 

C’était la dernière fois qu’Athéna sauvait sa ville du pillage.

 

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