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03 juin 2008

La vengeance du Pied Fourchu : 1

 SI VOUS N'AIMEZ PAS L'ODEUR DU SOUFRE, PASSEZ VOTRE CHEMIN... 

PREMIERE PARTIE 

Le conteur s’assit et dit : « J’imagine que vous vous souvenez du conte précédent où Messire Satan s’était fait avoir jusqu’à l’os par notre dévoué Saint-Martin. Vous avez tout intérêt à ne pas l’avoir oublié parce que je n’ai pas l’intention de le raconter une nouvelle fois pour satisfaire les amnésiques. Déjà qu’il pleut et que vous m’avez tiré de ma grotte sans me laisser le temps de finir mon plat surgelé, alors ne venez pas m’agacer avec des broutilles. De toutes façons, pour comprendre cette histoire, il n’est pas vraiment besoin de connaître la précédente… Quoi ? Si l’auteur de ce blog n’est pas content de ce que je viens de dire, il n’a qu’à faire un lien avec ce qu’il a déblatéré auparavant et me ficher la paix.

« Donc, nous revenons dans notre village, bien, bien longtemps après la disparition des principaux protagonistes. Exit la « Belle » Missia, exit son père débile, exit Saint-Martin et pas exit le diable puisqu’il va être notre héros.

« Nous sommes donc en plein 19ème siècle et le village des origines s’est nettement agrandi. Le pont existe toujours ; oh, pas le même que celui construit par Monseigneur le Cornu. Ce pont s’était effondré au petit jour, lorsque le coq avait chanté. Dans un sens, ça valait mieux pour les villageois puisqu’il était l’œuvre de Satan et que cela aurait pu être dangereux de le traverser sans protection.

« Son écroulement était dû au bon Saint-Martin qui s’était dit qu’il fallait quand même se méfier du diable, capable de revenir nuitamment pour poser sa dernière pierre, histoire de faire trembler le monde. Adonc, il valait mieux démolir, avec l’aide de Dieu, cet ouvrage diabolique. Pas de pont du tout était préférable à une passerelle vers l’Enfer.

« On l’avait reconstruit quelques années avant que ne débute notre histoire. Et cette fois, c’était un vrai ingénieur et de vrais ouvriers qui s’étaient chargés de la tâche. Certes, il avait fallu de nombreux mois pour mener à bien cette tâche ; certes, il était moins joli que le pont imaginé par Satan. Mais il avait le mérite d’être une création humaine inoffensive, même si, parfois, au moment des grandes colères du torrent, il avait un peu tendance à vaciller sur ses piles. Mais bon : au moins, les moutons ne se noyaient plus, les bergers non plus et sa dernière arche, qui enjambait la rive droite du torrent, était devenue, pendant l’été, au moment des basses eaux, le refuge des amoureux en mal de baisers clandestins.

« Le maire du village n’appartenait pas à la descendance de Missia. Il faisait partie, à l’époque de notre conte, d’une des familles les plus puissantes –financièrement parlant- de la contrée. Ce n’était pas un homme désagréable, ni mauvais, mais il avait tendance à se montrer parfois arrogant et méprisant envers l’avis de ses administrés –avis qu’il demandait toutes les fois qu’il lui tombait un œil. Agé d’une quarantaine d’années, il avait épousé la sœur de celle qui sera notre héroïne et que vous découvrirez bientôt. Cette ex-damoiselle, plus jeune que son époux, lui avait donné trois beaux enfants dont il était très fier, deux fils et une fille. Sa femme était plutôt heureuse en ménage dans la mesure où son mari gérait honnêtement le domaine, n’était pas violent, ne la considérait pas comme une bonne à tout faire et savait suivre ses conseils, en général fort avisés. De plus, Monsieur le Maire avait toujours été un beau garçon et la quarantaine lui avait donné une maturité virile extrêmement séduisante. Bref, Madame la Mairesse était amoureuse folle de son mari, ce dernier le lui rendait bien et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, du moins à la maison, parce que lors des séances du conseil municipal, ce n’était pas la même chanson.

« Intéressons-nous maintenant à ceux à qui Missia avait légué son intelligence. La famille avait quitté la maison du village pour s’installer à l’écart, sur le versant de la montagne, non loin du fameux pont. L’histoire des démêlés de l’aïeule avec le diable était évidemment connu de tout le monde, on se l’était transmise de génération en génération, avec moult modifications, de sorte que Saint-Martin avait été relégué dans les oubliettes et que la légende familiale prétendait que la seule Missia avait réussi, par ruse, à vaincre le démon. Le fantôme de Missia était bien un peu embêté de tous ces arrangements mais ne s’était pas donné la peine d’apparaître pour rectifier les erreurs et rétablir la vérité, car il jugeait qu’au fond, cela n’avait guère d’importance. Ce qui était capital, c’était qu’on se souvînt que le diable avait une fois tenté la famille et qu’il pouvait parfaitement récidiver, même après tant de siècles d’absence. C’est pourquoi l’on s’était arrangé pour obtenir la protection du ciel : au-dessus de la porte, à la place d’une pierre, on avait placé dans l’encadrement une statuette de la Vierge Marie, censée empêcher toute intrusion du mal dans la maison. (Je dis « censée » parce que vous allez voir que le Pied Fourchu a plus d’un tour dans son sac.) La main de Missia elle-même avait déposé cette statuette dans l’ancienne demeure et lorsque la famille avait déménagé, elle s’était bien gardée d’oublier ce bouclier divin.

« Lorsque le conte débute, les descendants de Missia se résumaient à quatre : la mère, le fils, la fille (notre héroïne) et la Mairesse dont nous avons parlé plus haut. La mère s’appelait Marie (nom d’une originalité peu commune), le fils Arnaud et Madame la Mairesse Catherine. Quant à notre belle héroïne, on lui avait donné le nom de l’aïeule pourfendeuse de Diable, Missia. Elle était blonde comme les blés, et son visage fin et avenant était encadré par des mèches d’une épaisse chevelure qui lui tombait presque jusqu’aux reins. Elle n’avait pas les yeux bleus, mais noirs, très noirs, comme ceux de la Missia d’autrefois. D’ailleurs, il semblait que se fussent réincarnées en elle toutes les vertus de son aïeule : beauté, intelligence, générosité et esprit non dénué de malice et d’ironie. Comme elle était la cadette de la famille, elle avait sagement attendu que sa sœur aînée se marie pour trouver un galant. Ce dernier ne s’était pas fait attendre. Que voulez-vous, dans n’importe quelle contrée, il est rare qu’une très jolie fille, intelligente de surcroît, ne trouve pas un mari à sa convenance, surtout lorsqu’elle n’a pas de rêve insensé. C’était le cas de Missia. De tous les garçons qui lui tournaient autour, elle choisit celui qui lui plaisait le plus, en faisant fi de son statut social. C’était un berger, qui ne possédait pour tout bien qu’une cabane dans la montagne et un troupeau de moutons. Et, vous allez peut-être trouver cela étrange, mais on a vu pire dans le genre, il s’appelait Martin.

« Ni la mère, ni le frère ne mirent d’obstacle à ce projet d’union. Seule Madame la Mairesse maugréa bien un peu dans son boudoir en torchant ses mômes, parce que devenir la belle-sœur d’un berger ne lui seyait guère, mais elle eut la sagesse de réserver ses réflexions pour les murs de sa belle demeure et se montra charmante envers son futur beau-frère. Les noces étaient prévus pour le mois de mai, et Missia et Martin filaient le parfait amour en gardant les moutons.

« Paysage charmant et bucolique, berger et bergère roucoulant au bord du torrent : voilà qui fait très littérature précieuse, n’est-ce pas ? Attendez donc le deuxième épisode, ça va vite se gâter car les ennuis commencent… »

(A suivre)

 

Commentaires

Génial! Ça c'est un vrai talent! Je veux dire d'intégrer les désirs de vos lecteurs dans votre paysage imaginaire.

Humblement, merci cher ami.

Écrit par : File la laine | 05 juin 2008

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