Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26 mai 2008

Les mythes de fin du monde : L'Apocalypse et le mythe scandinave

Parmi les grands mythes qui prévoient une destruction du monde, il y a bien sûr l’Apocalypse de Saint-Jean et surtout le « crépuscule des Dieux » scandinave. Il n’existe, dans la mythologie grecque, aucune légende racontant l’effondrement du monde créé par les Dieux. Du moins à ma connaissance.

 

L’Apocalypse, le dernier livre du Nouveau Testament et donc de la Bible n’est pas à proprement parler un récit. Il s’agit, comme la traduction du titre le dit nettement, d’une « révélation » envoyée par Dieu à Jean, alors qu’il était en exil sur l’île de Patmos.  L’Apocalypse est tellement chargée de symboles, ce « livre » a donné lieu à tant de commentaires et d’exégèses différents qu’il est impossible d’en faire un résumé cohérent. Ce foisonnement d’images extravagantes, quasiment « surréalistes », permet à Jean de décrire la chute de la Babylone terrestre et la mise en place de la Jérusalem céleste. Plus que dans tout autre livre de la Bible, les chiffres, dans l’Apocalypse, se chargent d’une profonde symbolique que seuls des experts en théologie peuvent arriver à déchiffrer. Encore leur interprétation n’est-elle pas forcément juste… Je vous renvoie donc à la lecture de ce texte fascinant aussi bien dans ses images que dans les énigmes qu’il propose. Peu importe, au fond, que ces mystères restent incompréhensibles au commun des mortels : sur le plan strictement littéraire, c’est d’une fabuleuse beauté.

 

Le mythe scandinave, lui, raconte avec précision comment le monde bâti par les Ases s’écroule sous les assauts de leurs ennemis. L’ancien monde disparaît, et, comme à la fin du dernier volet de la Tétralogie, un nouveau monde commence, dominé cette fois par l’homme, débarrassé de la domination des Dieux.

 

Le texte de base est toujours celui de L’Edda, de Snorri Sturluson, traduit du vieil islandais par François-Xavier Dillmann et paru aux éditions Gallimard.

 

Pour savoir qui sont exactement les êtres et les animaux cités dans cette partie de L’Edda, voir les pages consacrées au mythe scandinave des origines.

 

 

LE MYTHE SCANDINAVE DE DESTRUCTION DU MONDE :

 

« LE CREPUSCULE DES DIEUX »

 

 

A la question de Gylfi demandant des précisions sur la façon dont surviendrait le Crépuscule des Dieux, les Ases répondirent ceci :

 

« Le Très haut répondit : […] Arrivera l’hiver appelé Fimbulvetr (« Grand Hiver ») : la neige tombera alors en rafales des quatre points cardinaux et il y aura de grandes gelées et des vents acérés. Le soleil ne brillera pas. Trois hivers semblables se succéderont et entre eux, il n’y aura pas d’été. Mais, auparavant, surviendront trois autres hivers au cours desquels de grandes batailles se dérouleront à travers le monde entier – alors, poussés par la cupidité, les frères s’entre-tueront, et ni le meurtre ni l’inceste n’épargneront les pères et les fils. […] Il se produira alors des événements qui seront considérés comme étant de la plus grande importance : un loup dévorera le soleil, et les hommes estimeront que cela est un terrible malheur. Un autre loup s’emparera de la lune, et il provoquera lui aussi un immense dommage. Les étoiles disparaîtront du ciel. Voici également ce qui surviendra : la terre tout entière se mettra à trembler, de même que les montagnes, à tel point que les arbres seront déracinés, que les montagnes s’écrouleront et que toutes les chaînes et les liens céderont et se rompront. Alors le loup Fenrir se libérera. Alors l’océan déferlera sur les terres, parce que le serpent de Midgard, saisi par sa « fureur de géant », gagnera le rivage. »

 

Mais le pire reste encore à venir. Un bateau se détachera du rivage : il est appelé Naglfar, parce qu’il est construit avec les ongles des hommes morts. Ainsi s’explique la tradition qui veut que tout homme doit prendre garde à ne pas mourir avec des ongles qui n’ont pas été coupés, car celui qui meurt avec des ongles longs accroît les matériaux nécessaires à la construction de ce bateau.

 

Naglfar prendra la mer dans le déferlement des flots, pilotés par le géant Hrym.

 

« Le loup Fenrir marchera la gueule béante, la mâchoire inférieure rasant la terre et la mâchoire supérieure touchant le ciel et il l’ouvrirait davantage encore s’il y avait de la place. Des flammes jailliront de ses yeux et des narines. Le serpent de Midgard soufflera tellement de venin qu’il en aspergera l’air tout entier ainsi que la mer. Il sera absolument effrayant et s’avancera aux côtés du loup.

« Dans ce tumulte, le ciel se déchirera et les fils de Muspell en surgiront, montés sur leurs chevaux. En tête viendra Surt, précédé et suivi par un feu dévorant, et l’excellente épée qu’il possède brillera plus intensément que le soleil. »

 

Ce corps de bataille voudra franchir Bifrost, le pont qui relie la terre au ciel et que les hommes nomment « arc-en-ciel ». Mais il se brisera et les guerriers ne pourront accéder au domaine des Ases. Puisque ce chemin sera coupé, ils progresseront vers une plaine nommée Vigrid (= champ de bataille). Le loup Fenrir et le serpent de Midgard les y rejoindront. Viendront aussi le dieu Loki, père de Fenrir et du serpent de Midgard, ainsi que le pilote du bateau des morts, Hrym, et ce dernier sera suivi de tous les géants du givre. Le cortège des compagnons de Hel, la fille de Loki, accompagnera ce dernier.

 

Il faudra alors que les dieux agissent s’ils veulent sauver leur monde.

Les dieux, réveillés, se hâteront de tenir un conseil. Odin chevauchera jusqu’à la source de Mimir afin de demander conseil à Mimir lui-même. Le frêne Yggdrasil tremblera de toute ses branches et une peur panique s’emparera de tout être vivant, au ciel comme sur la terre.

 

Les Ases et les guerriers de la Valhalle vêtiront leur armure et chevaucheront dans la plaine. Odin se placera à la tête de son armée et il tiendra sa lance nommé Gungir. Son principal adversaire sera le loup Fenrir. Thor chevauchera à ses côtés mais devant combattre le serpent de Midgard, il ne pourra aider Odin. Freyr combattra contre Surt, mais il sera vaincu et tombera mort.

 

« Thor tuera le serpent de Midgard et fera encore neuf pas avant de tomber mort à terre, en raison du venin que le serpent crachera sur lui. Le loup engloutira Odin et telle sera sa mort. Mais aussitôt, Vidar s’avancera et posera un pied sur la mâchoire inférieure du loup. A ce pied, il porte la chaussure dont la matière a été assemblée de toute éternité : ce sont les morceaux de cuir que les hommes rognent à la pointe et au talon de leurs chaussures, et c’est la raison pour laquelle tout homme qui veut venir en aide aux Ases doit jeter ces rognures. D’une main, il saisira la mâchoire supérieure du loup et lui déchirera la gueule : telle sera la mort du loup. Loki livrera bataille à Heimdall (un autre Ase) et ils se donneront la mort l’un à l’autre. Ensuite, Surt lancera des flammes sur la terre et incendiera le monde entier. Voici ce qui est dit dans la Voluspa[1] :

 

[…]

Le soleil s’obscurcira,

La terre sombrera dans la mer,

Les étoiles resplendissantes

Disparaîtront du ciel.

La fumée tourbillonnera,

Le feu rugira,

Les hautes flammes

Danseront jusqu’au ciel. »

 

Mais après le cataclysme, une nouvelle vie va recommencer : « La terre surgira de la mer, et elle sera verte et belle. Les champs donneront des fruits sans avoir été semés. Vidar et Vali survivront car ni la mer ni le feu de Surt ne leur auront fait de mal. Ils habiteront à Idavoll, là où autrefois s’élevait Asgard. C’est là aussi que viendront les fils de Thor, Modi et Magni. {…] C’est là encore que se rendront Baldr et Holdr, en provenance de Hel. Tous ensemble, ils prendront place et converseront : ils évoqueront leurs antiques secrets et s’entretiendront de tous les événements qui autrefois se déroulèrent, du serpent de Midgard et du loup Fenrir. Ils trouveront dans l’herbe les tablettes d’or qui avaient appartenu aux Ases. »

 

Il y aura également de nombreuses demeures, des bonnes et des mauvaises : ainsi, la meilleure se située au ciel, à Gimlé ; mais d’abondantes et d’agréables boissons couleront aussi dans la halle appelée Brimir. Dans les montagnes de Nidafioll, il y aura une autre superbe demeure, faite d’or rouge et nommée Sindri. Dans toutes ces halles, vivront des hommes bons et vertueux.

 

Mais s’élèvera aussi une superbe mais sinistre demeure sur les rivages des Nastrandir. Les portes en sont orientées au nord. « Elle est entièrement tressée de dos de serpents, et leurs têtes, qui toutes sont tournées vers l’intérieur, crachent du venin, en sorte que le long de la halle coulent des fleuves de venin, dans lesquels marchent les parjures et les meurtriers. »

 

La pire des demeures se trouve cependant à Hvergelmir : c’est là que Nidhogg tourmente le cadavre des trépassés.

 

Quant aux êtres humains, ils disparaîtront tous, excepté un homme et une femme, nommés Lif et Leif-thrasir. Ils se cacheront pendant que le feu de Surt dévorera le ciel et la terre et se nourriront de la rosée du matin. Ils auront une très nombreuse descendance et c’est grâce à eux que le monde sera repeuplé. « Ce sont d’eux que les hommes naîtront. »

 

Quant au soleil, avant d’être rattrapé par le loup Fenrir, il aura donné naissance à un enfant qui ne sera pas moins beau que lui et qui chevauchera sur les chemins parcourus par son père lorsque les puissances divines périront.



[1] Poème eddique

16:16 Publié dans mythologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : mythes, mythologie

Commentaires

C'est une très belle histoire... avez-vous retranscrit ce qui est écrit dans l'Edda ou est-ce que le texte lui même en est issu ??
Je m'intéresse beaucoup aux différentes mythologies...mais je trouve assez peu d'ouvrages sur celle des pays scandinaves. En auriez-vous quelques uns à me conseiller ??

Écrit par : Rémi | 07 mars 2009

Il ya à la fois des passages tirés directement de l'Edda (assez peu) et un résumé de certains passages de ce livre car en fait l'histoire est beaucoup plus complexe, je l'ai simplifiée. Quant à d'autres ouvrages sur les mythes des pays scandinaves, à part l'Edda, je n'en connais, désolé. Merci pour le commentaire.

Écrit par : Porky | 08 mars 2009

Les commentaires sont fermés.