26 mai 2008

Gontranix Imprecator : "Autant en emporte mes dents"

OU : LA DRAMATIQUE SECESSION D'UNE MOLAIRE  

Il y a quelques jours, un flash spécial d’Astrocochon nous permettait d’avoir un vague aperçu de la saga guerrière : « Gontranix contre une gencive exubérante ». Vos pensez bien que le rédacteur des portraits et anecdotes de ce blog sublime n’allait pas laisser passer ce genre d’information sans réagir. Voici donc, en quelques lignes, l’aventure inouïe qui arriva à notre Jupiter Tonnant.

Prologue :

Un matin, alors que Nous pénétrions d’un pas relativement peu assuré (radar automatique branché) dans la salle des Urnes Funéraires, quelle ne fut pas Notre surprise en découvrant, assis devant sa table favorite, Gontranix Imprecator dans une pose qui ressemblait très vaguement à celle du Penseur de Rodin, sauf que la main ne soutenait pas le menton mais était fortement plaquée sur une joue. (On est prié de ne pas demander laquelle, le rédacteur n’étant pas latéralisé, il passe son temps à confondre la droite et la gauche, ce qui est gênant au volant mais n’a aucune conséquence en politique.)

Nous prîmes un siège et Nous demandâmes à notre illustrissime confrère si tout allait bien ; car un tel silence et une immobilité aussi parfaite Nous avaient immédiatement donné de grandes inquiétudes au sujet de sa santé.

« Non, Nous dit Gontranix d’un ton souffreteux. J’ai mal aux dents. J’ai passé le week-end à bouffer de l’aspirine et à me gifler très fort pour que ça fasse encore plus mal que cette foutue molaire. Je suis claqué et je n’ai plus de joue. »

Et, pour bien montrer à l’assistance (quelques glandus matinaux nous avaient rejoints) le siège de son intolérable douleur, Gontranix ouvrit une bouche aussi grande qu’un four et exhiba quelques unes de ses dents –spectacle qui n’avait rien de ragoûtant. « J’ai tellement mal que je ne sais même plus laquelle il faut soigner. Heureusement, j’ai pris rendez-vous cette après-midi avec la Grosse P …, j’espère qu’elle va m’arranger ça. »

Nous nous demandâmes un moment pourquoi Gontranix avait demandé un rendez-vous à Proserpine Decheval dans la mesure où cette dernière n’avait rien, mais absolument rien d’une dentiste compétente. Peut-être pensait-il que pleurer dans son énorme giron lui permettrait d’alléger sa souffrance. Mais Nous fûmes, Dieu merci, vite détrompé : « La grosse P…, c’est ma dentiste, expliqua Gontranix. Pourvu qu’elle puisse faire quelque chose. »

 

AUTANT EN EMPORTE MES DENTS - Tragédie en cinq actes par Gontranix Imprecator

Acte I : Rumeur de guerre

Le lendemain, même endroit, même décor, à peu près mêmes personnages. Gontranix est assis sur une chaise mais cette fois parle très fort et s’agite.

NOUS (arrivant dans le même état qu’au prologue) – Alors, on dirait que ça va mieux ? Qu’est-ce qu’elle t’a fait, la Grosse P … ?

GONTRANIX (radieux) -  Elle a découvert que ma gencive avait recouvert une vieille dent pourrie qui s’était infectée et elle m’a donné des antibiotiques pour juguler l’infection ainsi que des antalgiques plus puissants que l’aspirine. Je n’ai plus mal. Et après, il faudra arracher cette saloperie et faire des trucs archi compliqués, je n’ai pas compris grand-chose sinon que cela allait me coûter la peau du cul et ça, c’est une catastrophe.

NOUS (très compatissant) – Bienvenue dans l’univers des abcès dentaires et des arrachages de molaire. Ca sent le râtelier à brève échéance.

GONTRANIX (terrifié, mais pontifiant) – Non, non, non ! Elle va simplement l’enlever et mettre un bridge à la place. Tu comprends, j’ai certes quelques dents abîmées mais c’est sans comparaison avec les tiennes. (Bingo !)

NOUS (digne) : Je te signale que mes dents vont très bien. Essaie donc d’avoir des caries dans du plastique ou une matière de ce genre ! (Un partout.)

GONTRANIX – Je ne tiens pas du tout à en arriver à ton stade. C’et bien pour ça que je vais suivre à la lettre les ordres de la Grosse P …

PROSERPINE (surgissant de derrière les urnes funéraires) – On parle de moi ?

 

Acte II : La guerre est déclarée : première victoire

Quelques jours plus tard, même endroit, personnages identiques.

GONTRANIX (vraiment très radieux) – Ca y est ! Je me suis séparé de ma dent pourrie. Elle me l’a arrachée hier !

NOUS – Et c’est ainsi que débuta la guerre de Sécession. (Avec un ton plein d’espoir) Et ça t’a fait très mal ?...

GONTRANIX – Pas du tout. Elle avait endormi la gencive avec une piqûre. Me voilà débarrassé de mon abominable souffrance et d’une ennemie dont la sournoiserie n’avait d’égale que sa propension à me transformer en bête hurlante et menaçante.

NOUS – Menaçante pour qui ?

GONTRANIX – J’avais tellement mal que j’aurais giflé n’importe qui. Maintenant, il faut attendre que ça se cicatrise et les travaux de ravalement pourront commencer.

NOUS – Méfie-toi. Une gencive ne se vainc pas comme ça. Elle peut s’infecter, gonfler, devenir purulente, se fendre en deux… Crois-en ma vieille expérience.

GONTRANIX (inquiet) – Tu crois ?

NOUS (moue dubitative) – Ca peut arriver.

GONTRANIX – J’ai pleinement confiance en la Grosse P …

PROSERPINE (apparaissant) – Vous m’avez appelée ?

 

Acte III : Revers de fortune : l’ennemie se rebiffe

Une semaine après. Café de la Crèche.

GONTRANIX : Je sors de chez la Grosse P … (Inquiet, tournant la tête de tous côtés) Je n’ose plus prononcer son nom, à chaque fois, la citrouille se pointe. Elle m’a annoncé une mauvaise nouvelle : ma gencive a fait des conneries, elle a repris du poil de la bête, il va falloir la traiter au laser.

NOUS – Je te l’avais bien dit. Tu chantes toujours victoire trop tôt. Une guerre ne se gagne pas en cinq minutes. Surtout ce genre de conflit. Elle refuse de ce cicatriser, c’est ça ?

GONTRANIX – Pas du tout. Elle cicatrise même trop bien. Et trop vite. Et trop fort.

SIGISMOND BETEHESSE (présent tout à fait par hasard à cet endroit) – C'est-à-dire, en clair ? Tâche d’être précis, j’ai horreur des approximations. Une gencive qui cicatrise trop fort, cela ne signifie rien et j’aime les précisions.

GONTRANIX – Et bien pour que la G … P… (Jetant un regard circulaire) puisse  porter le coup fatal qui me rendra une dentition à peu près normale, il faut que ma gencive cesse de croître et de s’exciter. En résumé, il parait qu’elle est trop exubérante, elle recouvre ce qu’elle ne devrait pas recouvrir et ça empêche toute invasion par le bridge salvateur.

NOUS – Il est évident qu’elle ne se rendra pas sans avoir combattu jusqu’à sa dernière cellule. Les gencives ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois. Et depuis que ta dent a fait sécession, elle en profite pour agrandir son territoire. Normal, en temps de guerre.

GONTRANIX  - En attendant, cette connasse m’oblige à multiplier les rendez-vous et ça fait monter la note.

VOIX DE PROSERPINE – Que se passe-t-il ? On m’a invoquée ?

 

Acte IV : L’ennemie est vaincue à la bataille de Laser 4

Trois semaines plus tard. Salle des Urnes Funéraires, fin de matinée.

NOUS – Mais où est donc Gontranix ? Nous ne l’avons point vu, ce matin.

VOIX INDETERMINEE – Je crois qu’il est allé chez sa dentiste.

REGINA – Le pauvre, il a dû atrocement souffrir. Si je le pouvais, j’irais assiéger sa dentiste pour l’obliger à être un peu plus efficace.

NOUS (sentencieux) – La guerre est la guerre. Une bataille remportée ne veut pas dire que le conflit est terminé. Et puis, je crois qu’il n’est pas dans notre intérêt de nous mêler de cette querelle interne. Nous n’avons aucun droit d’ingérence dans cette affaire.

REGINA – Quand même, être impuissante à ce point me donne des furoncles. Préparons au moins une infirmerie d’urgence au cas où il reviendrait gravement blessé.

(Gontranix entre, le visage coupé en deux par un sourire triomphant et vaguement outrecuidant.)

GONTRANIX – La guerre est finie ! Nous avons vaincu, la Grosse P … et moi. (Proserpine n’apparaît pas.) Quatre séances de laser, vous vous rendez compte, pour enfin lui faire rendre gorge, à cette pétasse ! (Proserpine n’apparaît toujours pas.) Maintenant, elle demande l’armistice.

REGINA (joignant les mains) – Soyez grands et généreux ! Accordez-le lui !

GONTRANIX – Tu penses bien que c’est ce que j’ai fait. Au prix où coûte une séance de laser pour gencive exubérante ! Maintenant, la reconstruction va pouvoir avoir lieu. Le bridge salvateur devrait arriver bientôt, il est parti de chez le prothésiste avec toute son armée de dents. Ce conflit aura cependant provoqué de terribles pertes. Je suis épuisé, je n’ai plus d’énergie. Mais la Grosse P … va très bien, elle, je vous remercie.

PROSERPINE (apparition éclair) – Mais qu’est-ce que vous me voulez encore ? Dites-le une bonne fois pour toutes !

 

ACTE V : La reconstruction sur une gencive vaincue mais dévastée.

Une semaine après. Encore la salle des Urnes Funéraires.

Gontranix est devant un ordinateur et massacre allègrement les touches du clavier.

NOUS – Vous semblez de bien bonne humeur, cher ami.

GONTRANIX – C’est le jour de la Victoire  ! On me pose le bridge cette après-midi. Je vais enfin pouvoir montrer mes molaires à tout le monde.

REGINA (compatissante pour les malheureux) – Et qu’avez-vous fait de la vaincue ?

GONTRANIX – Rien. On va s’assurer qu’elle ne se révoltera plus et puis on débloquera des fonds pour reconstruire de nouveaux broyeurs. Reste à savoir si les autres dents vont accepter ça.

NOUS – En tant que spécialiste de la fausse dent, je peux te certifier que tu peux avoir de sérieux ennuis si les prémolaires rejettent cette alliance.

GONTRANIX – Je sais qu’une occupation de terrain ne se fait pas sans péril. On risque constamment l'expulsion. Mais j’ai pleinement confiance en la Grosse P …

PROSERPINE (surgissant, radieuse) – Enfin un compliment ! Dans mes bras, Gontranix Imprecator !

RIDEAU FINAL

(Là, nous nous avançons beaucoup. Car si la guerre des dents a bien eu lieu, elle n’est pas forcément terminée avec le renfort du bridge… Donc, peut-être à suivre.)

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

La façon dont Proserpine saisit la moindre occasion pour se croire (ou tenter de se faire croire) indispensable est fort bien rendue dans cette fantaisie en cinq actes assez inattendue. D'autant plus que le suspens demeure entier sur la véritable identité de cette énigmatique Grosse P..., soigneuse de molaires vers qui une naguère exubérante mais désormais apaisée gencive tourne sa gratitude presque infinie... Espérons que Grosse P...1 sera aussi efficace dans son domaine que ne le fut dans le sien Grosse P...2 pour que cette histoire, en effet exubérante, trouve un dénouement heureux.
Bien à vous

Ecrit par : solko | 27 mai 2008

Joyeux Noël à vous et à la bande délurée des cochons devins. Et ne forcez pas trop ni sur la bûche, ni sur le champagne.

Ecrit par : gontranix non imprecator | 24 décembre 2008

Ecrire un commentaire