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09 mai 2008

Petits arrangements entre amis

PETITS ARRANGEMENTS ENTRE AMIS 

 

Connaissez-vous la dernière invention (qui risque de faire fureur dans les années à venir) de certains parents d’élèves et médecins d'une certaine banlieue lyonnaise ? Ces deux catégories conjointes (parvenus friqués + médecins-serpillères complaisants) ont trouvé un moyen infaillible d’entuber bien profond l’Education Nationale : Le Certificat médical pour maladie soudaine de deux ou trois heures. (Le nombre d’heures dépendant effectivement du degré de gravité du mal ou du choix du patient client –parce qu’évidemment, ça se paye.)

Anecdote (sous forme de conseil aux ados) : Vous êtes un élève de première. Vous avez un exposé à faire un matin pendant le cours de 8 h à 10 h mais vous n’avez pas envie de vous taper une sale note parce que :

1)      Préparer cet exposé est très chiant et vous avez autre chose à faire, de plus important (foot, tennis, etc…)

2)      Vous ne savez pas faire et vous n’avez aucune idée de ce que vous pouvez bien dire sur le sujet.

3)      Vous avez beau eu vous connecter sur Internet, vous n’avez pas trouvé d’exposé pré-mâché.

Une seule solution pour éviter la cata : ne pas aller en cours, prétextant que vous n’êtes vraiment pas dans votre assiette. Jusque là, rien d’anormal.

Problème : le règlement intérieur de votre établissement prévoit qu’une absence non justifiée par un certificat médical à un devoir (et hélas, un exposé = devoir) est sanctionnée par un zéro. Donc, il faut ruser.

Qu’à cela ne tienne : vous expliquez votre cas à papa – maman (en leur mentant ou non sur le motif de votre soudain malaise, à vous de voir) ; comme on vous aime à la folie et qu’on ne tient surtout pas à ce qu’un zéro vienne entacher votre moyenne et vous empêche –sait-on jamais- de briguer une classe prépa qui ne demande qu’à vous recevoir les bras ouverts, on vous expédie chez X… médecin le plus proche, ami de la famille ou nouvellement débarqué dans le coin et qui a besoin de se constituer une clientèle fidèle.

Par chance pour vous, vous avez affaire à une personne compréhensive : « Oui, mon petit, vraiment, vous n’avez pas l’air bien, c’est évident. Votre établissement et vos profs sont d’une cruauté inouïe à votre égard. Pour vous consoler de vos peines, je vais vous faire un certificat médical pour deux heures. Ca fera 50 euros. »

Nanti du précieux papier, vous arrivez donc tranquillement à votre lycée vers 10 heures ; votre maladie matinale est tout à coup guérie, et vous brandissez le certificat sous le nez de votre professeur : vous êtes couvert, vous n’aurez pas zéro et vous n’aurez pas fait cet exposé chiant et débile qui risquait de vous donner vraiment mal à la tête. Triomphe absolu. Vous les avez eus, ces cons.

L’anecdote pourrait s’arrêter là.

Mais imaginons que ledit prof ne soit pas dupe, l’administration de l’établissement non plus, et qu’ils décident (les salauds !) de ne pas accepter cette excuse : le certificat part à l’Ordre des Médecins avec une lettre explicative détaillée, et on vous colle quand même un zéro.

La tuile ! Mais c’est qu’ils se révoltent, ces esclaves ? Non mais, attendez, ça ne va pas se passer comme ça. Heureusement pour vous, Superman est là, de même que Wonderwoman. Votre père, chef d’entreprise ou quelque chose comme ça, habitué à tout voir plier devant lui, y compris les balustrades en fer forgé, est mis hors de lui par cette intolérable résistance. Il téléphone à l’établissement, engueule les secrétaires, inonde la Direction de récriminations et menaces diverses ; pendant ce temps, votre mère pond une lettre contenant toute l’indignation du monde : quel est donc ce prof qui ne croit pas aux certificats médicaux ? Pour qui se prend-il ? Vos parents font front, ils se déchaînent pour vous tirer de ce mauvais pas. Votre père alerte l’Inspection Académique, le Rectorat. Pour un peu, il écrirait à Sarko et même à Dieu le Père si sa « connasse de secrétaire » était seulement capable de trouver son adresse.

Vous accuser de mensonge ! Accuser votre médecin de complaisance à votre égard ! C’est intolérable, tout simplement. Dieu merci, le Rectorat a pris conscience de l’infâme complot monté contre vous : on téléphone à l’Etablissement, on dit à la Direction de se calmer : pourquoi faire tout ce bruit pour quelque chose de si anodin ? Il faut laisser tomber cette affaire qui n’a aucun intérêt et surtout ne pas faire de vagues : ça pourrait gâcher les garden-parties du Recteur. (A défaut de l’intéresser.)

Que déduire de cette anecdote presque imaginaire ?

1)      Que certains parents apprennent avec une admirable constance à leurs chérubins la lâcheté, la malhonnêteté et qu’ils en font de merveilleux prédateurs dans un monde bâti pour eux.

2)      Que certains médecins, pour des raisons qui ne regardent que leur conscience, n’hésitent pas à gratter ces tristes parvenus là où ça les démange, quitte à oublier le serment d’Hypocrate et la plus petite notion de déontologie.

3)      Que les hautes instances de l’Education Nationale se fichent notoirement de ce qui devrait pourtant être la base de cette institution : l’apprentissage de l’honnêteté et de la droiture.

Il ne faut pas faire de vague : ce serait politiquement incorrect.

Vous vous souvenez de la chanson de Guy Béart : La Vérité  ? (1968) Prémonitoire, à coup sûr. Et tellement d’actualité dans une société où l’hypocrisie atteint son zénith…

 

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D'abord on le tue
Puis on s'habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.

J'affirme que l'on m'a proposé beaucoup d'argent
Pour vendre mes chances
Dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle
Y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité
Il doit être exécuté.

A Chicago un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence
Sur tout ce qu'il pense
Pauvre Président tous tes témoins ont disparu
En chœur ils se taisent
Ils sont morts les treize
Le témoin a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Le monde doit s'enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
A Moscou un poète à l'Union des écrivains
Souffle dans la soupe
Où mange le groupe.
Le poète a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Combien d'hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s'évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent "juste" à l'heure.
L'inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Etait à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C'est plus juste en somme
D'abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter

 

Guy Béart

 

Commentaires

Camarade, êtes vous allé voir sur le site du lycée français de Madrid ? S'y trouve la photo d'un qui, bientôt, sera "martin"
Amicalement

Écrit par : solko | 10 mai 2008

Je viens d'y aller. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai quelques frissons d'appréhension. Surtout après avoir lu le baratin sur les rencontres "équipes éducaties" entre enseignants et parents. Faudra voir à l'usage, bien sûr, mais quand même... Le discours de rentrée me donne déjà des boutons....

Écrit par : Porky | 11 mai 2008

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