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25.04.2008
Musaraigne Laborieuse
MUSARAIGNE LABORIEUSE
Comme son nom l’indique, Musaraigne travaille. Elle travaille même beaucoup. Du moins est-ce ce qu’elle affirme. Elle passe toutes ses vacances à faire ses cours et corriger ses copies.
Musaraigne n’est pas le symbole de la conscience professionnelle enseignante : elle EST la conscience professionnelle enseignante. Et elle a d’autant plus de mérite qu’elle est affligée de trois marmots –en bas ou haut âge, peu importe.
Je vous sens admiratif(s)/ve(s) : comment fait-elle pour mener de front deux tâches aussi prenantes ? Elle doit être super organisée. Vous avez raison : l’organisation est son point fort. Cependant, est-ce si difficile de l’être quand vous avez une belle-famille qui accepte de se coltiner les mômes pendant toutes les vacances et vous permet ainsi de vous consacrer à votre travail sans réelle prise de tête ?
Parlez-en à Dame Angoissa, elle aussi nantie de trois enfants, mais dont la belle-famille n’est pas si arrangeante ; elle a des raisons, elle, de frôler la crise de nerfs toutes les cinq minutes. Surtout quand lesdits enfants se liguent pour rendre la vie infernale à leur mère. Et je n’évoquerai pas ici toutes mes autres collègues féminines, soumises continuellement à ce type de pressions. (Il est vrai que j’ai l’habitude d’en assassiner quelques-unes ( !), mais je reconnais volontiers qu’un certain nombre d’entre elles n’a pas l’existence facile.)
Musaraigne Laborieuse n’est pas confrontée à ce genre de problème puisqu’elle peut larguer la chair de sa chair quand elle veut quasiment où elle veut. On comprend mieux, dès lors, pourquoi elle se vante d’être une grande travailleuse.
Et une pondeuse efficace, également. Trois jets de sperme ont suffi pour lui ouvrir les portes de l’Educ’Nat. Alors que les autres se sont fait suer à préparer des concours, Musaraigne n’a eu qu’à pouponner (et s’envoyer en l’air avant) pour devenir fonctionnaire. (Pour ceux qui ne le sauraient pas : une femme pourvue de trois gosses –minimum, heureusement, faut pas charrier- peut entrer dans la fonction publique sans se taper les concours. Si c’est pas une incitation à la fornication, ça !)
Mais son statut de Mère pesant parfois un peu lourd sur ses frêles épaules, elle aime rétrograder au rang de « fi-fille à sa mémé », la mémé en question se nommant Planisphère. Elle a trouvé en cette Vampirella 1830 une autre mère, qui la soigne, la chouchoute, la dorlote, lui indique tous les coups fumants à imaginer pour se faire bien voir et semble la désigner comme sa digne successeuse.
Un mouvement social se dessine-t-il (enfin !) parmi les rangs des enseignants ? Musaraigne Laborieuse lève son museau pointu et hume l’air ambiant : « De quoi parlez-vous ? dixit. Ah, de votre grève ! » Ce n’est pas la sienne, bien sûr. Musaraigne ne sera pas touchée par ce que si prépare. Le pire est qu’elle a peut-être raison. Elle sait si bien se faufiler partout, en bon rat d’égout auquel j’aurais mieux fait de la comparer qu’à cette sympathique bestiole, qu’elle est capable, effectivement, de passer au travers des mailles du filet.
Aussi Musaraigne Laborieuse voit-elle l’avenir en rose. Sa carrière est planisphérée planifiée par avance, elle connaît tous les trucs pour avancer à grands pas. Elle insupporte quelques collègues, ennemis irréductibles de Planisphère, qui n’espèrent qu’une chose : voir son poste passer à la trappe puisque c’est le moment du grand nettoyage dans l’Education Nationale. C’est méchant, vraiment. Pauvre petite Musaraigne égarée par la magie (noire) de la Carte Scolaire dans un collège pourri de banlieue, sans le secours de Planisphère-La-Gâteuse ! « Ca lui remettrait la cervelle à l’endroit, prétendent ces affreuses personnes, et ça lui ferait les pieds ». J’ai quelques doutes sur l’efficacité du traitement. Des gens comme Musaraigne retombent toujours sur leurs pattes, d’une façon ou d’une autre. Et je ne crois pas que sa cervelle soit capable de tourner dans un autre sens que celui où elle l’a habituée à girouetter depuis… Sa naissance ? Soyons sympa : quelques années…
Vous voyez ce qui fait la différence entre Musaraigne Laborieuse et Dame Angoissa, finalement ? Elles ont toutes deux contribué à la perpétuation de l’espèce. La première est bonne à jeter à la poubelle mais on garde précieusement la seconde…
(Voir ses emblèmes dans le Bestiaire Désenchanté n° 4)
07:05 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, caricature, satire, littérature, portraits




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