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24.04.2008
Les aventures du Prince Lexomil : XVII
Episode 17
Harcelés et Harcèlement - 1
La température de ce mois de … était fort clémente et le banc assez confortable, aussi Lexomil aurait-il pu se livrer à un matinée fort grasse s’il n’avait pas été réveillé trop tôt à son gré par des sanglots et des gémissements. Il ouvrit les yeux et se redressa péniblement. Puis il haussa fort élégamment ses sourcils qui prirent la forme de parfaits accents circonflexes.
Le spectacle qu’il contemplait avait de quoi l’étonner : tous les bancs, à part celui sur lequel il reposait, étaient occupés par des gens qui pleuraient dans leur mouchoir, grinçaient des dents, se frappaient la poitrine, voire la tête et, pour les moins atteints, marmonnaient d’abominables injures. « Ciel ! pensa Lexomil. Qu’est-ce donc que cela ? Pourquoi font-ils tant de bruit ? » Il se leva et s’approcha d’une femme qui se mouchait tout en sanglotant. « Que se passe-t-il, chère Madame ? demanda le Prince, très galant. Vous est-il arrivé quelque chose de terrible ? Puis-je vous aider ? » « Oui, soupira la dame. Soyez gentil, prenez un revolver et abattez sur le champ mon chef de service. C’est un inutile pervers qui ne cesse de me harceler pour que je démissionne. » « Ah bon ? fit Lexomil, étonné. Vous faites mal votre boulot ? » La question souleva une vague d’indignation chez son interlocutrice. « Bien sûr que non ! Mais il veut donner ma place à une greluche plus jeune qui lui sert de maîtresse. » « Oh, c’est immoral, convint Lexomil. Je voudrais bien vous agréer, mais franchement, vaut-il la peine qu’on lui tire dessus ? » « Et comment ! gronda la dame. Une balle dans chaque couille, une dans le ventre, une dans le cul et la dernière dans la tête. Vous comprenez, il faut qu’il souffre bien avant de crever. » « Fi ! s’exclama Lexomil, scandalisé. Vous n’y allez pas de main morte. Et vous voulez que je me retrouve en prison pour ça ? » « C’est bien ce qui m’empêche de le faire moi-même, convint la dame. Je me dis qu’il ne mérite pas un honneur pareil. Mais vous pourriez peut-être l’attendre au coin d’une rue, ce soir, et lui filer une torgnole dont il mettra trois mois à se remettre ? » Elle fouilla tout à coup son sac. « Tenez, je dois avoir une photo de cette saloperie. Je vous la donne et… » « Et rien du tout, coupa Lexomil. Je ne frappe que les nains anorexiques centenaires. Les autres ont trop de force pour moi. Désolé. »
Alors qu’il tournait les talons, il fut happé par un deuxième harcelé qui voulut lui raconter ses malheurs. Lexomil avait une âme compatissante, le lecteur a déjà eu l’occasion de s’en apercevoir. Aussi prêta-t-il l’oreille à un récit qui s’annonçait fort long mais qui fut interrompu très vite par les occupants des autres bancs, désireux eux aussi de narrer leurs déboires.
Le résultat de cet empressement se concrétisa par une fuite accélérée du Prince en direction de la rue où il tomba sur un autre spectacle qui le courrouça fortement. Une jeune femme se défendait tant bien que mal contre une sorte de gnome à costume cravate, tenant d’une main un attaché-case et de l’autre le bras de sa victime. Il devait lui murmurer à l’oreille des insanités, car la dame avait l’air épouvanté et ne pouvait que répéter « lâchez-moi, salaud, lâchez-moi. » Naturellement, les autres passants n’intervenaient pas dans la mesure où ils étaient tous occupés à faire à peu près la même chose. « Cette ville est ahurissante, se dit Lexomil. Ca se bagarre et se menace à chaque coin de rue. » Devant lui, la jeune femme résistait de plus en plus mal à son harceleur. Alors, saisi d’une fureur vengeresse, le Prince Lexomil s’élança sur l’homme, lui arracha son attaché-case des mains et se mit à le frapper de toutes ses forces avec l’emblème de son pouvoir professionnel. Quelques coups atteignirent la jeune femme qui hurla, mais dans l’ensemble, Lexomil se tira assez bien de sa prestation dans la mesure où le gnome, après de vagues tentatives pour se défendre, tomba à genoux sur le trottoir, puis à plat ventre, et s’évanouit après avoir reçu le coin de sa mallette sur la nuque. « Je suis désolé, dit Lexomil à la jeune femme. Je me suis énervé. Veuillez m’excuser. Vous croyez qu’il est mort ? » continua-t-il en désignant le corps du harceleur. « Je ne sais pas et je m’en fous, répondit-elle. Soyez béni pour votre intervention, ce con n’est pas près de reparaître au bureau avant quelques semaines. Et si vous l’avez occis, ne regrettez rien. Des gens comme ça méritent bien pire. » Lexomil se demanda ce qui pouvait être pire que la mort, mais vu l’état de nerfs de la dame, se garda de poser la question. « Et puis tiens, dit la jeune femme en montant sur le corps étendu. Je vais le piétiner jusqu’à ce qu’il crève. Avec mes talons, vous allez voir que ça ne va pas tarder. Je m’en vais lui perforer la rate, le foie, l’estomac et l’intestin, on ne pourra même pas le recoudre et sa mère ne le reconnaîtra pas à la morgue, c’est moi qui vous le dis ! »
Lexomil la happa avant qu’elle ne mît ses menaces à exécution. « Ne soyez pas bête, dit-il. Il faut au contraire qu’il vive pour pouvoir se souvenir de cette humiliation. » C’était la première fois qu’il s’essayait à la psychologie. Son interlocutrice fut séduite par cette perspective. « Le seul ennui, c’est qu’il va chercher à se venger », dit-elle. « Mettez quelques boules de pétanque dans votre sac, conseilla Lexomil. Et s’il recommence, balancez-le lui dans la tronche. Ou l’estomac, comme vous voudrez. » « Oh, vous êtes génial ! s’exclama la jeune femme. Que puis-je faire pour vous remercier ? » « Pas grand-chose, dit modestement Lexomil. Indiquez-moi seulement le chemin pour me rendre à Mise au Placard. » « C’est un peu compliqué, répondit-elle. Aussi vais-je vous accompagner jusqu’au dernier carrefour. Vu que mon patron est out, pas la peine que j’aille me faire suer dans ce bureau de merde. Venez. Comment vous appelez-vous ? » « Je m’appelle Camisole », répondit Lexomil, fidèle à ses principes de départ. « Drôle de nom. Le mien est Sol », ajouta-t-elle avec un sourire et le Prince ne put retenir un sursaut d’étonnement.
(A suivre)
07:10 Publié dans Contes inclassables | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, humour, satire, caricature, littérature




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