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18.04.2008

Planisphère plane

PLANISPHERE PLANE

OU

« L’IDOLE DE MES VIEUX JOURS »

La vieille carne Planisphère, qui ne lâchera pas la barre avant d’avoir atteint ses soixante-dix ans, s’est découvert depuis quelques années une idole, celle devant qui, tous les jours, elle prosterne ses courbatures et ses os décalcifiés et dont il ne faut parler qu’avec Amour, Respect et Dévotion. (Pour la Gloire et la Beauté du modèle, on repassera.)

Essayons de voir si vous êtes capable(s) d’identifier sa Déesse, la prunelle de ses yeux chassieux, la Toute en Une et la Une en Tout (on remercie Lovecraft pour la formule).

Elle a certes des vêtements coûteux de marque et une garde-robe bien remplie, mais elle achète toujours des tenues trois tailles en dessous de la sienne, d’un goût qui laisse fortement à désirer. (Je vois que ça vous dit quelque chose.)

Quand elle n’est pas collée sur sa chaise à bavasser, elle parcourt les couloirs l’air prétendument hautain et affairé, en secouant ce qu’elle s’imagine être ses cheveux. (Oui, vous êtes sur la bonne voie.)

Elle vous laisse poireauter des plombes à la porte de son bureau juste pour montrer qu’elle détient un vague pouvoir et que vous n’entrerez que si elle vous y autorise –ce en quoi elle se met quand même le doigt dans l’œil. (Vous brûlez !)

Ne connaissant pas la définition des mots autorité et politesse parce qu’elle n’a jamais eu l’idée d’ouvrir un dictionnaire, elle confond régulièrement ces vocables avec leur antonyme. (C A Y EST !)

Oui, amis très chers et lecteurs avertis, vous avez trouvé : Planisphère est une groupie, une inconditionnelle, une fan de… Proserpine Decheval.

Quand Planisphère parle de la Charlotte susnommée, ses yeux se remplissent de larmes d’attendrissement. Elle est si bonne, la grosse tourte, si gentille, si compétente ! Et elle travaille comme une folle ! (C’est possible, quoique je demande à voir, mais dans ce cas-là, vu le résultat, elle ferait mieux de ne rien glander, ça reviendrait au même.) Et Planisphère, qui lèche les pieds de toutes les Pontesses Directoriales, inonde de salive les chaussures (peut-on appeler ça de ce nom ?) de Proserpine. Quand elle estime que lesdits souliers sont suffisamment propres, elle va cirer les pompes de Cerbère qui, pas folle, la laisse gentiment faire parce qu’on ne sait jamais, avec ces tordues, tout est possible.

Planisphère ayant bavé toute la journée se trouve alors fort dépourvue quand les bureaux sont fermés. Elle monte donc dans son « cabinet » pour y préparer le café que ses « enfants » viendront déguster et cancane allègrement avec sa fille adoptive, Musaraigne Laborieuse[1], toujours penchée sur son ordinateur portable à faire semblant de préparer ses cours.

Lorsque la porte du « cabinet » s’ouvre, Planisphère attend de voir qui va apparaître pour se composer un visage et une attitude. S’agit-il de Regina et d’Agénor ? Elle tire une gueule de six pieds de long, oublie d’être aimable, et leur fait bien sentir qu’ils sont indésirables dans cette caverne d’Ali Baba où la cafetière électrique Moulinex et les tasses Monoprix ne sont pas les moindres trésors.

S’agit-il de ses « fils », Scoubidou Bidou et Bruder Devotion[2] ? Là, son sourire s’élargit, ses rides se fendent en six, ses yeux aux prunelles délavées scintillent comme des étoiles, sa bouche s’ouvre, laissant apparaître les merveilleuses canines de Dracula, celles qui fascinent les gentils petits moutons qui croisent les chemins de cette Vampirella d’un temps antédiluvien. Les chéris sont là, quel bonheur ! Elle va pouvoir leur pomper leur énergie jusqu’à la moelle. (On ne voit aucun sous-entendu douteux là-dessous, s’il vous plait. Planisphère boit le sang des autres, pas autre chose.)

Si jamais vous avez le front d’attaquer devant elle Proserpine La Magnifique, Planisphère monte sur ses grands chevaux et défend bec et ongle son idole. Ce que vous dites est inadmissible. Cette bonne Proserpine se démène pour diriger au mieux cet établissement. Vous n’avez pas le droit, vous entendez, pas le droit de laisser de telles paroles franchir votre bouche putride, véritable déversoir de l’égout malodorant qu’est votre âme en décomposition. Vous allez retirer immédiatement ce que vous avez dit. Vous n’êtes qu’un cancrelat baveux et vous n’arrivez même pas à la cheville de la Sainte Fumiste.

Planisphère est grandiose, dans ses plaidoiries pro directoriales. Elle fulmine, elle tempête ; elle ressemblerait presque à Gontranix Imprecator  avec quelques attributs en moins –et un vocabulaire nettement moins étendu. Et si jamais Cerbère vient à traverser la salle des Urnes Funéraires, elle vous abandonne à votre triste sort pour aller lui demander si elle a bien dormi cette nuit et si elle a besoin de quelqu’un pour lui torcher le derrière la prochaine fois qu’elle ira aux toilettes. Mais quand apparaît Proserpine, là, c’est l’extase pure et simple.

Bernadette Soubirous est renvoyée à ses visions de gamine hystérique, Mélanie et sa Dame de feu peuvent aller se rhabiller (pardon, Solko) et les soleils de Fatima ne sont que de gentils feux follets qui dansent la samba pour amuser la galerie. La Vierge Marie ne peut pas soutenir la comparaison avec Dame Proserpine. D’ailleurs, Planisphère est transportée d’une telle joie qu’on s’attend d’un instant à l’autre à la voir s’envoler par la fenêtre.

Planisphère, c’est le dévouement à l’état pur. Envers ses collègues, d’abord, (jeunes de préférence et de sexe masculin si possible, bien qu’elle fasse une exception pour Musaraigne Laborieuse), envers sa hiérarchie ensuite. C’est une Sainte. Vrai, si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Pour avoir le plaisir ensuite de la fracasser en mille morceaux.

 

 

 



[1] Le portrait de cette souris grise arrive bientôt.

[2] Eux aussi vont bientôt apparaître dans le bestiaire. Un peu de patience, SVP.

Commentaires

Alors là chapeau bas, monsieur le comte ! Quel portrait fumant et énergique de cette dévote-échalotte ! Dévote qui, je pense, aimerait bien parfois jeter certain(e)s aux lions pour s'attirer tous les honneurs de ses pseudos empereurs.

Ecrit par : Blandine | 18.04.2008

Chère Blandine, n'attendez pas d'avoir été dévorée à moitié pour vous défendre, surtout. Mais je crois que le conseil est inutile. Vous connaissant, il me semble que la dame en question aura été auparavant découpée en rondelles par vos soins, vous savez, avec votre instrument pré-déluge qui a oublié depuis fort longtemps de couper, surtout lorsque on n'adapte pas la bonne manette... God bless you.

Ecrit par : Porky | 19.04.2008

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