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12.04.2008
Les aventures du Prince Lexomil : XVI
Episode 16
Où l’on retrouve quelqu’un de fort connu
N’ayant aucune envie de claquer avec un poignard entre les omoplates, le Prince Lexomil resta trois bonnes heures le dos soigneusement collé contre le mur, n’osant pas interpeller ceux qui passaient à reculons devant lui. Alors qu’il commençait à trouver le temps long et que la nuit envahissait peu à peu la ville, il vit stopper devant lui une voiture bringuebalante qui lui rappela de vagues souvenirs. C’était Fa qui s’était rendue à Coup Bas afin de consoler une de ses amies qui venait d’être mise au tapis par l’arrivisme d’une collègue de travail. Sans réfléchir, Lexomil se précipita vers elle. La vitre de la portière, cassée à Stress, n’avait pas été remplacée aussi le dialogue put-il aisément s’engager. « Emmenez-moi n’importe où, gémit le Prince, mais faites-moi sortir de cette monstrueuse ville. » « Je ne vais jamais n’importe où, rétorqua Fa. J’ai toujours une destination précise. Je déteste les errances. » « C’est très bien, dit Lexomil en montant dans la guimbarde. Votre destination est la mienne. » « Je me rends à Harcèlement pour une réunion de la plus haute importance, dit Fa. Cela vous convient-il ? » Lexomil exhala un « c’est merveilleusement parfait » des plus soulagés. Soulagement qui fut de courte durée et s’évapora instantanément lorsque Fa démarra. « J’avais oublié ce détail, songea Lexomil. Elle n’a toujours pas ses lunettes et elle conduit au pifomètre. Quel est pour moi le danger le moins conséquent ? Descendre et rester dans cette odieuse cité ou demeurer là-dedans et réciter des patenôtres pendant tout le voyage ? » Ses tergiversations lui parurent bientôt inutiles car Fa avait réussi à quitter les faubourgs de Coup Bas et avait lancé sa voiture sur la route de Harcèlement.
Pendant cinq minutes, ce fut le silence complet dans le véhicule. Puis Fa tourna la tête vers son compagnon et, intriguée, lui demanda pourquoi il avait tout à coup « le visage aussi noir ? » « C’est à cause de la vitre cassée, dit Lexomil. Je ramasse dans la tronche toutes les saletés de la route. Mais ce n’est pas grave, continua-t-il en s’essuyant. A la vitesse où vous allez, dieu merci, les impacts ne sont pas mortels. » « Vous voyez que j’ai raison de conduire prudemment, dit Fa. Ce gros caillou, par exemple, vous eût ouvert le crâne en moins de deux » et Lexomil frotta doucement l’hématome qui commençait à s’épanouir sur son front.
« Qu’allez-vous faire à Harcèlement ? » demanda Fa. « Ce n’est qu’une étape de mon voyage, répondit Lexomil. En fait, je me rends à Déprime-sur-Boulot pour retrouver ma bien-aimée, Damoiselle Citalopram-Biogaran. » Et il se lança dans un vibrant panégyrique de la Damoiselle en question. Les premières maisons de Harcèlement Patronal se profilaient déjà à l’horizon qu’il n’avait pas encore terminé sa péroraison. « Elle semble avoir de très grandes qualités, dit Fa qui avait décroché depuis une bonne demi-heure. Si je vous laisse ici, cela vous va ? » Ici, c’était une place ronde totalement déserte, vu qu’il était presque minuit. « Cela me convient très bien, dit Lexomil. Mais votre réunion doit être finie ? » « Non, assura Fa. Elle ne commence que dans une heure. Nous avons des horaires très particuliers. J’espère que ma pancarte est toujours dans le coffre, sinon, je vais me faire incendier. » « Voulez-vous que je m’en assure ? » proposa fort courtoisement Lexomil en posant le pied sur le trottoir. « Inutile, merci » et à peine avait-il refermé la portière que la voiture démarra sur les chapeaux de roue. « Peste, pensa Lexomil. Elle est bien pressée, tout à coup. » L’idée qu’il l’avait peut-être saoulée au-delà des limites autorisées l’effleura mais il abandonna bien vite cette pensée. Qui n’aurait pas été enchanté d’entendre parler avec autant de fougue, de convictions et d’hyperboles de Damoiselle Citalopram-Biogaran ?
« Voyons à quoi ressemble cette ville », dit Lexomil en tournant la tête de tous côtés. Mais les rares lampadaires n’éclairaient que des rues vides, parfaitement semblables à celles de Coup Bas dans leur monotonie architecturale. Finalement, sur le plan de l’esthétisme, du pittoresque et de l’exotisme, Alcool était sans conteste la ville la plus intéressante qu’il eût traversée jusque là. Il chercha un endroit tranquille pour se reposer. Avisant un banc entouré de buissons, il s’allongea le plus confortablement possible et s’endormit presque aussitôt.
(A suivre)
07:00 Publié dans Contes inclassables | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, satire, caricature, pastiche




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