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12 avril 2008

Je suis un monstre

JE SUIS UN MONSTRE

OU

COMMENT EVITER DE FAIRE LA QUEUE A UNE CAISSE

Samedi : jour des courses vitales et des emplettes diverses. Comme je suis quelqu’un d’extrêmement organisé et prévoyant, j’ai oublié la veille (alors que je ne bossais pas) de remplir un frigidaire dont le vide béant est, quand on l’examine, aussi consternant que déprimant.

Donc, il va falloir descendre mes cinq étages –avec ascenseur, heureusement- et me rendre dans cet endroit bizarre, malsain, outrecuidant, clinquant, prétentieux, bref nul : le centre commercial de la Part-Dieu. Et comme la simple pensée de devoir entrer dans un supermarché me fait sombrer dans les bas fonds de la mélancolie, je me dis que quelques achats tout ce qu’il y a de plus in-dis-pen-sables, style DVD, CD, cartouches d’encre pour imprimante ordinateur, (pour pouvoir imprimer mes déjections mentales) me mettront peut-être du baume au cœur.

Et me voilà parti dans le sein des seins du fric et de l’apparence, direction la FNAC, magasin que j’abhorre parce que dans le genre requin on ne fait pas mieux, mais qui présente, je le reconnais, un très grand choix en ce qui concerne l’audiovisuel. (Je n’ai pas envie, vu le temps qu’il fait, d’aller me bambaner  entre Rhône et Saône, lieu relativement plus sympathique que le bordel susnommé.)

Je n’avais oublié que deux choses (je ne m’en suis souvenu qu’une fois arrivé sur le trottoir) : 1) Nous sommes samedi ; 2) C’est le début des vacances scolaires (second oubli impardonnable vu ma profession). Tout le monde le sait à Lyon : le samedi familial est consacré à : le matin, la Part-Dieu , l’après-midi, le parc de la Tête d’Or. (Variante : le parc le matin, la Part-Dieu l’après-midi ; autre variante : la journée à la Part-Dieu avec déjeuner à midi au Mac Do, juste histoire de filer à ses gosses du cholestérol et une tonne de graisse et les transformer en futurs bibendums qui feront la joie de Michelin).

Traversée du centre commercial : relativement fluide. Pas de bouchon, pas d’accident de poussettes, personne ne s’est jeté dans la fontaine centrale et aucune mamie ne s’est étalée dans les escaliers ou a pris l’escalator à contre sens. Ca devrait relativement bien se passer.

Premier ralentissement observé aux alentours de la Fnac  : une poussette a un pneu crevé, le père, désarmé, ne sait pas quoi faire tandis que la mère essaie de calmer une gamine survoltée. Il faut contourner. Un petit filet de clients s’engouffre dans le magasin. Tiens, pensé-je, finalement, ils ont dû tous se tirer à la montagne ou au bord de la mer, grand bien leur fasse, pendant qu’ils ne sont pas là, on a la paix.

Hélas, trois fois hélas ! L’intérieur de ce Temple de la Consommation Inutile est bourré à craquer ! Il faut attendre au moins vingt minutes pour franchir le péage de la Caisse, et ça pullule de viande hachée mômes, de parents, de poussettes chars d’assaut, et j’en passe.

Premier incident : planté devant le rayon consacré aux télévisions ultra super grand format à écran plus plat que la poitrine de Jane Birkin, un gamin s’amuse à tournicoter tous les boutons histoire de voir ce qui va se passer. La mère : « Cesse de tripoter les boutons ». (Il ne les tripote plus, crétine, il est en train de les massacrer.) Le gamin s’attaque aux fils. La mère : « Si tu continues, on n’ira pas manger à midi au snack des Galeries Lafayette ! » (Vous parlez d’une punition !) Menace horrible qui fait effet environ trente secondes. Le gosse recommence à taper sur les boutons. Lassé de ce spectacle, je continue mon chemin.

Deuxième incident, rayon DVD : un nain d’environ 8 ans fait tomber toute une pile de DVD et se tire en ricanant, poursuivi par la mère qui au lieu de le sommer de tout remettre en place lui demande s’il ne s’est pas fait mal et le console parce qu’il a ramassé un DVD sur le bout du pied. (Dès fois qu’il se serait cassé une phalange, le chéri !) Glapissement du vendeur ; air outré de la Mère. Arrivée du père qui glandait quelque part et qui prend les choses en main. Le père (grandiose, au vendeur) : « Si vous n’empiliez pas vos produits de cette manière, ça ne tenterait pas les gosses. » Ca, c’est de l’Education avec un grand E. (Le même doit probablement faire chier les instits de son mouflet dès que ce dernier se reçoit une punition. Seigneur, pourquoi ne faites-vous pas naître les enfants orphelins ?)

Après un certain nombre de détours, contours, déhanchements divers (pour laisser passer les chars de l’Armée Parentale), je finis par trouver quelques DVD qui meubleront mon week-end de pauvre solitaire déprimé par le spectacle que lui offre l’espèce humaine.

J’arrive à la caisse : file d’attente de vingt mètres. Mais ô bonheur, émerveillement et miracle, une caisse s’ouvre à quelques pas de moi. Panique dans les files. C’est à celui/celle qui sera le plus rapide pour niquer l’autre. Comme je ne suis pas spécialement pressé, je laisse passer quelques excités et –pour une fois- j’ai pitié d’une bonne femme qui non contente de tenir son chieur dans les bras se coltine dans les mains un nombre invraisemblables de produits divers. Et me voilà debout derrière elle, à attendre.

Re-hélas ! Je n’avais pas vu que ladite dame était accompagné d’un mari, d’un autre gamin et d’une énorme poussette. Et moi, misérable, j’ai osé me mettre au milieu de la famille ! Et vu la presse dans ce foutu magasin de merde, pas moyen de laisser passer le père qui trépigne. Et bien oui, cher géniteur de mes deux, tu attendras cinq minutes que ta greluche ait dégagé le passage, parce que je te signale que ce n’est pas moi qui bloque la file mais les gens d’à côté.

Poussette dans les reins, soupirs du Père, statisme désespérant de la Mère, trop occupée à se démantibuler le cou pour apercevoir son mari derrière ma gracieuse personne pour se rendre compte que les gens devant elle ont avancé de dix mètres. Le mouflet qu’elle s’est collée sur les bras commence à hurler. Je sens que je vais craquer.

Et puis, il me revient à l’esprit ce que mon père disait à mon frère aîné lorsque ce dernier devait prendre un train toujours bondé pour rejoindre sa caserne. (C’était encore l’époque où le service militaire existait.) « Gratte-toi ostensiblement, tu verras que tu auras de la place. » C’était certes une boutade, mais pourquoi ne pas essayer ce pieux conseil paternel –en rajoutant quelques éléments de mon cru ?

Mais il ne faut pas se gratter n’importe où. Sous les bras, ça ne fait rien ; le trou de balle, on vous prend pour un mal élevé. Reste les cheveux et ça, c’est du nougat. Faire croire que vos tifs (moyennement longs) sont pleins de poux qui peuvent sauter sur une progéniture, là, ça doit marcher. Surtout quand, en plus, vous prenez une quinte de toux carabinée et cramiotez (faussement) dans votre écharpe. C’est vrai que vous ressemblez un peu à un gros dégueulasse, mais qui veut la fin veut les moyens.

Et me voilà saisi de furieuses démangeaisons sur le haut du crâne, derrière la tête, sur les côtés ; je me déclenche volontairement (pas difficile à faire) une bonne grosse toux de fumeur invétéré, bien grasseyante avec de prétendues expectorations agrémentées de raclements de gorge fort élégants.

Croyez-le si vous voulez, mais juré, craché, la bonne femme devant a fait trois bonds, s’est écartée, et sous prétexte qu’elle voulait dire quelque chose à son mari, m’a cédé sa place à la vitesse grand V, et même chose pour les trois clampins qui  restaient encore devant moi. Résultat : j’ai grillé exactement la priorité à quatre personnes, tout ça en jouant les poitrinaires pouilleux. C’est totalement immoral.

Je suis un monstre, je l’admets. Mais qu’est-ce que j’ai pu rigoler une fois sorti du magasin !

Je vous recommande ce moyen infaillible pour vous débarrasser d’une foule un peu trop compacte. Le tout est de ne pas éclater de rire au milieu de la comédie. Exercez-vous avant devant votre miroir, ce sera plus sûr…

 

PS : Comme dit Solko, "le problème, c'est le nombre !"

 

Commentaires

HA HA ! je vois que nous plongeons dans le machiavélisme le plus outrecuidant? Ca ne m'étonne pas. C'est de faire semblant d'être gentil et compréhensif face à des gens qui ne peuvent se séparer de quelques centimètres (afin que tout le monde voit leur réussite sociale, familiale, progéniturale) qui m'aurait étonné! jaloux que vous êtes, de ne point faire partie de cette humanité qui marque au fer rouge son passage sur terre( et à la Fnac par la même occasion) et qui affirme rien que par leur existence au cancrelat porcin auquel vous appartenez qu'ils ont réussi leur vie, EUX!

Écrit par : file la laine | 12 avril 2008

file la laine : hélas, trois fois hélas, vous avez raison : je suis jaloux. J'aurais tant voulu avoir moi aussi une poussette char à trimballer ! Ca devrait vous donner une idée pour mon cadeau d'anniversaire qui, soit dit en passant, est dans deux mois...

Écrit par : Porky | 12 avril 2008

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