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07.04.2008
Les Liaisons dangereuses 2008 : 3
ROMAN INFORMATIQUE PAR MAILS
TROISIEME PARTIE
Mail XXII
De : Deborah
A : Attila
CC : Regina, Agenor, Ajax, Ammoniaque
Attila, je suis navrée d’avoir commis une sottise, je ne l’ai pas fait exprès. Je crois que je n’ai pas bien compris la procédure pour ne pas faire des envois groupés. Tu le sais, je ne suis pas une fanatique de l’informatique et encore moins la championne du monde de l’ordinateur. Je pense que cette fois ce sera bon, j’ai appuyé sur quelques touches et on dirait que ça a marché ; l’ennui, c’est que les noms des autres ne disparaissent pas. J’espère qu’ils n’auront pas de copie.
Je suis d’accord cependant pour virer Ségo, mais franchement, Darcos aux chiottes sur la banderole m’ennuie : la formule ne me semble pas être porteuse de toutes nos revendications. On pourrait peut-être rajouter : « sans PQ » ? Ca lui ferait voir ce que c’est qu’être dépourvu de ressources et de moyens.
Je ne pense pas que Childebert de Lavallière soit un sournois, comme tu le prétends. Peut-être un peu hypocrite par moment, mais je dirais plutôt diplomate doucereux. Quant à ton expression « non né », je ne vois vraiment pas ce qu’elle veut dire. Non né à quoi ? A la politique ? A la lutte syndicale ? Ca oui, je suis d’accord.
Mail XXIII
De : Ammoniaque
A : Attila
CC : Deborah
Alors qu’est-ce que je fais ? Je tiens compte du rajout de Deborah ou non ? J’ai plus de peinture rouge, je vais être obligée de finir avec du blanc. Le problème, c’est que blanc sur blanc, ça va pas se voir. On pourra pas lire notre texte. Non, ne me demande pas de sacrifier un drap de couleur. Je suis toute dévouée à la Cause , mais pas au point de m’attaquer à la seule pile de linge qui me reste.
Mail XXIV
De : Ammoniaque
A : Attila
CC /
Atti chéri, Ajax vient de rentrer chez lui, j’en profite pour t’écrire à toi seul. J’ai bien remarqué ta dernière invention pour m’enquiquiner : tu tournes autour d’une certaine saucisse de Strasbourg et cela me déplait infiniment, d’autant plus qu’elle fait partie de nos ennemis jurés. Qu’est-ce que tu mijotes ? Si j’apprends que tu fricotes avec cette greluche pelucheuse tout juste bonne à singer les créateurs du Monopoly, ça va mal aller pour toi. Plusieurs fois, je vous ai vus en conversation, elle et toi. En plus, elle est la seule à ne pas avoir fait de remarques désagréables sur mon sac argenté de marque 365 poches à 600 euros. Et ça, c’est bizarre. Trop polie pour être honnête, la pouf. Je te le redis, ne me fais pas des coups par derrière. Sinon, je déballe tout à Agenor.
(Ce mail est resté sans réponse.)
Mail XXV
De : Régina
A : Agénor
CC : /
Dis donc, tu ne trouves pas ça bizarre ? Ca fait au moins trois jours que je n’ai pas été inondée de messages ineptes en provenance des taches non susnommées. Tu en as reçu, toi ?
Mail XXVI
De : Agénor
A : Regina
CC /
Je n’ai rien moi non plus à part un délire de Deborah m’assurant qu’elle me considère comme son fils. Je ne vois pas très bien ce que je pourrais être d’autre, vu la situation.
Mail : XXVII
De : Ammoniaque
A : Attila
CC : Ajax, Regina, Deborah, Agenor
La banderole est enfin terminée, avec tous les rajouts que vous avez demandés. On va faire un triomphe à la manif.
Mail XXVIII
De : Attila
A : Ammoniaque
CC : Deborah, Agenor, Regina, Ajax
La manif, c’était avant-hier, idiote ! On t’a attendue pendant des plombes, et tu n’as même pas répondu quand on t’a appelée sur ton portable. Deborah est catastrophée.
Mail XXIX
De : Attila
A : Ammoniaque
CC /
Franchement, plus courge que toi, on ne trouve pas, même dans un jardin potager ! Regina n’a pas arrêté de faire des réflexions sur ton absence et Agénor avait son petit sourire en coin. Tu nous as mis dans de beaux draps, avec tes conneries ! Et sans banderole, les bras en l'air à brandir du vide, on avait l'air fin, tous ! J’en profite d’ailleurs pour te dire que tu te montes le bourrichon à propos de la Saucisse de Strasbourg. Il n’y a absolument rien entre elle et moi, mais je t’ai vue hier en train de parler à Lavallière et je me demande ce que tu lui racontais. Si tu me prends pour un traître, je te renvoie le compliment.
Mail XXX
De : Ammoniaque
A : Attila
CC : Regina, Agenor, Deborah, Ajax
Pardon à tous, je suis atrocement confuse et désespérée. J’ai oublié le jour de la manif. J’étais dans les travaux ménagers et en plus, j’avais oublié de recharger mon portable. Il m’est arrivé quelque chose d’atroce : je ne retrouve plus mon sac argenté. Pourvu que les voisins ne me l’aient pas piqué, je l’avais laissé sur la pelouse.
Je promets de faire mieux la prochaine fois. Ne m’en veuillez pas, et accordez-moi la grâce syndicale. Sans vous, je ne saurais plus vivre.
Mail XXXI
De : Regina
A : Ammoniaque
CC : Attila, Agenor, Deborah, Ajax
T’en fais pas pour ton sac, tu le retrouveras. Tes voisins sont des gens de goût.
Mail : XXXII
De : Pimprenelle
A : Attila
CC /
Il faut qu’on se voie d’urgence. Il y a du nouveau.
(A suivre)
07:10 Publié dans Contes inclassables | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, caricature, satire, contes, littérature




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