« FLASH SPECIAL | Page d'accueil | FLASH SPECIAL N° 2 »
21.03.2008
Lucrèce Borgia contre Dame Angoissa Chronica
LUCRECE BORGIA CONTRE DAME ANGOISSA CHRONICA
OU EN ANGLAIS
"MUCH ADO FOR NOTHING"
L’ombre maléfique de Lucrèce Borgia plane sur la salle des Urnes Funéraires. Le temps des cornues tueuses, des éprouvettes meurtrières, des parfums qui vous expédient les pieds outre et des flacons empoisonnés est revenu. Chacun regarde l’autre avec suspicion : dans quel modeste membre du corps enseignant l’esprit abominable de l’abominable Lucrèce s’est-il réincarné ? Et si c’était le chef cuisinier ? Et si Cerbère elle-même… A moins que l’immonde empoisonneuse ne fût revenue sous la forme d’un nuage chargé de transformer l’eau en boisson mortelle…
Et devinez sur qui cet esprit dévoyé a décidé d’abattre son ire ? Sur la pauvre Dame Angoissa Dolorosa qui, franchement, n’avait pas besoin de ça pour exacerber son autre grande caractéristique : une hypocondrie force 350 sur l’échelle de Molière.
Scène : A la cantine, Dame Angoissa, ayant pour une fois laissé quelques angoisses au vestiaire, mange avec un méritoire appétit une bouffe que même les cochons devins, pourtant champions toutes catégories dans le genre gloutons et voraces, refuseraient d’ingurgiter. Mais Dame Angoissa a faim et il lui faut reprendre des forces pour affronter l’après-midi.
Elle a soif. Elle prend le pot à eau, en verse le contenu dans son verre qu’elle remplit aux trois-quarts et porte le breuvage rafraîchissant à ses lèvres.
Et tout à coup, hurlement.
Elle repose si brutalement son verre qu’il manque éclater en morceaux. Si elle n’avait pas reçu une aussi stricte éducation, elle aurait sans hésiter recraché dans son assiette cette eau empoisonnée.
Car Dame Angoissa est persuadée que l’eau n’est pas bonne ; que son verre a été mal lavé ; qu’il restait de la lessive au fond ; tout ça parce qu’au moment où le liquide a touché son palais, elle a ressenti une brûlure étrange et un goût amer s’est répandu dans sa bouche. On a voulu l’empoisonner, c’est évident. Lucrèce Borgia vient de frapper, par-delà la tombe et les siècles.
Les convives assis près d’elle sont étonnés : tout le monde a bu de l’eau et aucun d’entre eux ne lui a trouvé un goût quelconque, si ce n’est celui du chlore, ce qui n’a rien d’étonnant vu la dose qu’il faut pour la rendre potable.
Dame Angoissa est devenue toute blanche et tremble : elle insiste. Elle est empoisonnée, c’est certain, elle va mourir dans d’affreuses souffrances et ne reverra ni son mari ni ses enfants.
Pour lui prouver qu’elle ne risque rien, chacun boit à son tour l’eau du pot. Et ne trouve absolument rien qui pourrait justifier l’idée d’un potentiel empoisonnement. Dame Angoissa commence à se détendre. C’est peut-être elle qui a imaginé le retour inopiné de la Borgia dans notre monde.
Et soudain, deuxième hurlement.
« J’ai un bouton sur la langue », pleurniche Dame Angoissa, cette fois absolument persuadée que ce minuscule bouton va devenir pustule, puis flegmon, puis abcès et qu’elle va crever avant même la fin du repas dans d’autres atroces souffrances. « C’est à cause de l’eau, j’en suis sûre, elle avait un goût affreux, je suis empoisonnée. »
On essaie une fois encore de la calmer ; pour cela, il faut en passer par ses exigences. Que chacun, l’un après l’autre examine la cloque. On se penche sur l’objet en question avec une attention soutenue : effectivement, un vague, très vague petit bouton blanc commence à apparaître au bout d’une langue par ailleurs parfaitement saine. Mais c’est, évidemment, le début de la gangrène et la langue va tomber de pourrissement en fin de journée et Dame Angoissa sera muette ; elle mourra son pouvoir exhaler sa souffrance puisqu’elle n’aura plus la possibilité de parler. (Le mal aura aussi gagné les cordes vocales, le palais et la gorge en intégral.)
Tout la salle des Urnes Funéraires est conviée à examiner ce que Dame Angoissa nomme à présent sa « langue de bœuf » qui, parait-il, a doublé de volume. Même Cerbère, venue bêtement prendre un café, est prise à partie et sommée de compatir. Dans ses moments de lucidité, Cerbère est une personne bien élevée : elle conseille donc à Dame Angoissa de ne pas s’inquiéter, la particularité qui l’affole finira bien par disparaître et certainement avant elle.
Le bouton est resté sur la langue 48 heures. Il n’a pas grossi et puis il a disparu aussi mystérieusement qu’il était apparu. Mais Dame Angoissa reste persuadée que quelqu’un a voulu attenter à sa vie.
Vivement jeudi, et l’ergothérapie !
15:13 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : portraits, caricature, humour, satire, littérature




Commentaires
Très bon texte, de vous?
J'ai été attiré par votre texte car j'ai lu y a pas longtemps les 2 tomes de "Borgia" une bande dessinée dédié à la cette famille "papale "de Jodorowski et Manara qui est excellente! Je viens d'en parler sur mon blog levasiondeben.hauetfort.com
Bonne continuation PORKY
Ecrit par : BEN | 21.03.2008
Je signale à Ben un excellent livre de Manuel Vasquez Montalban sur les Borgia : César ou rien (Christian Bourgois, je crois). A Porky : il faut distinguer le cycle sanctoral, comprenant presque toutes les fêtes du Christ, toutes celles de la vierge Marie et des saints, tout cela à des dates fixes; le cycle temporal, autour de la fête de Pâques, mobile, mais fixé au calendrier lunaire; le cycle des quatre temps qui précèdent le mercredi des Cendres, jusqu'au 24ème dimanche après Pentecôte; et le cycle de Noël, combinant les quantièmes et le jeu des semaines.
Ecrit par : fête catho | 21.03.2008
Ben : Merci pour le commentaire, le texte est effectivement de moi, toute modestie mise à part.
fête catho : thanks, maître, pour le renseignement. C'est d'une clarté à faire pâlir le soleil lui-même. Cela dit, la devise Shadok s'applique parfaitement à ça : "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?"
Ecrit par : Porky | 22.03.2008
Bien croqué ! Le diaporama illustrant cette histoire vaut le coup d'oeil aussi. J'apprécie partculièrement la langue, très ressemblante.
PS : Où faut-il s'inscrire pour les ateliers d'ergothérapie ?
Ecrit par : Lucie | 24.03.2008
Les ateliers d'ergothérapie ont lieu tous les jeudis après-midi en salle des Urnes Funéraires. Pour s'inscrire, voir auprès de Dame Angoissa Chronica. L'atelier est gratuit et ouvert à tous. Une seule condition pour y être admis(e) : se prendre pour un(e) prof et avoir envie de se soigner. Bien à vous, le secrétaire de séance.
Ecrit par : Porky | 24.03.2008
Ecrire un commentaire