« qui veut gagner des lardons n° 10 | Page d'accueil | Les aventures du Prince Lexomil : XI »

07.03.2008

Un glaviot pour Esthética Strombolia

UN GLAVIOT POUR ESTHETICA STROMBOLIA

OU

DU DANGER DE DIRE TOUT HAUT DANS UN BUS CE QUE LES AUTRES PENSENT

OU

GNA-GNA SERPILLERA ATTEINT DES SOMMETS

 

Jeudi, 13 h 45 salle des Urnes Funéraires.

Alors qu’à l’instigation de Dame Angoissa Chronica [1] le groupe d’ergothérapie[2] animé par Gontranix Imprecator vient de se mettre en place, un bolide fait irruption dans la salle et vient jeter le trouble parmi les patients qui ont tout juste commencé à avaler leurs cachets quotidiens.[3] C’est Musclor.

Avec la douceur qui le caractérise, il traverse la salle à grandes enjambées et s’effondre sur la table. « Vous savez quoi ? beugle-t-il. Esthética vient de se ramasser un crachat dans la figure. »

Remous dans le groupe des malades. Un élève aurait osé répandre sa bave puante sur le beau visage de notre Muse ? « Non, non, rectifie Musclor, c’est arrivé dans le bus. »

Evidemment, l’émoi grandit. Dame Angoissa avale dix cachets en même temps, Gontranix s’étonne, Enigmatica réclame quelques explications. Alors que Musclor, en bon disciple de Théramène, ouvre la bouche pour saouler l’auditoire avec un récit parsemé de « merde » et de « bon dieu », voire de « putain », l’héroïne de ce fait divers apparaît, souriante et détendue, mais légèrement énervée. « Vous savez pas ? dit-elle. Je viens de me ramasser un crachat dans la figure. » « Si, on sait, lui est-il répondu. Mais si tu pouvais préciser dans quelles circonstances, nous serions plus à même d’apprécier l’horreur de ce geste scandaleux. » (Vous pensez bien qu’une phrase si élégamment tournée n’a jamais été prononcée. Mais nous sommes sur un blog littéraire, ne l’oublions pas.)

Esthética s’assoit, grandiose. Elle réfléchit quelques secondes pour savoir comment elle va introduire son histoire. Pendant ce temps, tout le monde sèche sur place. Enigmatica pianote impatiemment sur la table, Zaza Blondina rectifie sa coiffure, Dame Angoissa finit le tube de cachets, Musclor tripote la poignée de son cartable avec une férocité inouïe, Gontranix se livre à des contorsions bizarres et Monsieur de Lavallière fait on ne sait pas trop quoi.

Scène : Esthética Strombolia dans le bus, assise sur une banquette ; non loin d’elle, Gna-Gna Serpilléra qui tout au long du voyage, fera semblant de ne pas la voir. Quelques voyageurs, des enquêteurs chargés d’interroger les clients afin « d’améliorer le service » et, au fond du bus, deux machins femelles qui écoutent à fond la caisse du rap sur des engins exclusivement réservés au vidage de cerveau.

Esthética Strombolia se lève et demande très poliment aux machins de baisser le son parce que leur musique est un peu fatigante. Elle n’aurait pas dû. Dans un langage aussi fleuri qu’imagé, l’un des machins dresse d’Esthetica un portrait peu flatteur :

1)       C’est une vieille peau ;

2)       Elle est moche ;

3)       Elle est pleine de rouge à lèvres ;

4)       C’est une sale pute ;

5)       C’est une sale française.

Vous connaissez la Strombolia  : elle réagit. Elle leur dit quelque chose comme « si vous n’avez que ce genre de termes à la bouche, restez dans votre banlieue. » Les deux machins se lèvent, se dirigent vers la porte et au moment où elles vont descendre, l’une se tourne vers Esthética et lui envoie un superbe glaviot à la figure. Et elle se barre.

Strombolia veut se jeter à sa poursuite pour lui faire rendre gorge. Les enquêteurs l’en empêchent. Pendant ce temps, aucun voyageur présent n’a moufté. Esthética s’en prend à eux. Et c’est ainsi qu’elle apprend « qu’on a failli l’aider, mais vu ce qu’elle a dit sur les banlieues, on a décidé de ne rien faire. »

Esthética éclate : « Ca fait vingt ans que j’enseigne dans les banlieues, alors je connais, et je sais très bien qu’il ne faut pas faire de stupides amalgames. Vous avez failli, effectivement. C’est vraiment le bon terme ! » Gêne légère des voyageurs. Gna-Gna Serpilléra reste totalement silencieuse et s’écrase le nez contre la vitre.

Finalement, le bus s’arrête, le chauffeur intervient, on conseille à Esthética de porter plainte (ce qu’elle va faire aujourd’hui). Musclor, qui attendait l’arrivée du bus, monte et s’installe près d’Esthética qui lui raconte ce qui vient de se passer. Gna-Gna Serpilléra joue toujours les femmes sourdes, muettes, aveugles et paralysées.

Fin du parcours : le bus stoppe non loin de l’établissement. Musclor, Esthética et Gna-Gna Serpilléra descendent. Et c’est alors que la dernière retrouve tout à coup le don de la parole. Elle apostrophe Esthética :

« Vraiment, écoute, il faut revoir ta façon de parler aux ados et aux gens ! Franchement, tu as entendu comment tu t’adresses à eux ? »

Musclor et Esthética se regardent, doutant de leurs oreilles.

Musclor (à Gna-Gna Serpilléra) : « Mais casse-toi, débile, on t’a rien demandé. »

Esthética (à la même) « Non, mais alors là, je rêve ! Tu étais là depuis le début et tu t’es bien gardée d’intervenir ! »

On ne saura jamais la fin de ce dialogue mouvementée parce que l’auditoire, choqué, s’exclame bruyamment et taille à ladite Gna-Gna Serpilléra un costume de toute beauté. Dame Angoissa est bouleversée par une telle attitude. Zaza Blondina s’écrie : « Mais elle est conne, celle-là ! » Barouf monumental.

Esthética Strombolia n’est pas spécialement traumatisée par cette aventure. Elle constate simplement que la lâcheté est devenue monnaie courante dans cette société et que les gens attendent que d’autres interviennent à leur place pour dire leur fait aux connards de tout bord.

Triste constat, mais totalement vrai. Quant à l’attitude de Gna-Gna Serpilléra, no comment. C’est une remarquable représentante des imbéciles démagos qui encombrent la profession.

 

 



[1] Portrait dans quelques jours

[2] Nouvelle invention qui va faire fureur, c’est sûr, et dont je vous parlerai très bientôt.

[3] Des Treets, pour être plus précis.

Commentaires

Parabole édifiante sur les temps post-modernes

Ecrit par : solko | 10.03.2008

Ecrire un commentaire