« Les aventures du Prince Lexomil : VI | Page d'accueil | Les mythes des origines : 2 »

15.02.2008

Les mythes des origines : 1

LES MYTHES DE CREATION DU MONDE

 

Quelle civilisation n’a pas eu besoin d’expliquer comment le monde est né ? Elles possèdent toutes une légende ou un mythe racontant les origines non seulement de la terre, mais des hommes en tant qu’espèce par rapport à la cosmogonie divine.

Je vous propose d’en découvrir trois : le mythe théogonique grec, le mythe biblique et le mythe scandinave. Ils sont assez différents les uns des autres, bien qu’ils possèdent des points communs.

Un grand merci à Pierre Grimal dont les différents livres sur la mythologie grecque m'ont permis de reconstituer et de comprendre ces mythes.

 

I – LE MYTHE GREC

Pour les grecs, le commencement est représenté par deux entités : la Nuit (= Nyx) et Erèbe, son frère. Ils forment les deux visages des Ténèbres du Monde : la nuit d’en haut (Nyx) et les ténèbres des Enfers (Erèbe).[1] Elles coexistent au sein du Vide, c'est-à-dire d’un Chaos non organisé, indescriptible. (Rien à voir avec le vide négatif des physiciens.)

Peu à peu, cependant, Nyx et Erèbe se séparent à l’intérieur du Chaos. Erèbe descend et permet ainsi à la Nuit de se libérer. Pendant que son frère descend vers les Enfers, Nyx se creuse, devient une immense sphère dont les deux moitiés se séparent, comme un œuf qui éclot. De cette séparation naît Eros (l’amour), la force primitive ; la première moitié de la coquille devient la voûte du Ciel et la seconde, le disque de la terre.

Sont donc nés le Ciel (Ouranos) et la Terre (Gaia). Ils possèdent tous deux une réalité matérielle, ce ne sont pas des entités. Par contre, Eros est une force spirituelle qui assure la cohésion entre les éléments de l’univers qui apparaît. Ouranos couvre Gaïa et de leur union vont naître les générations divines.

La descendance d’Ouranos et de Gaïa fut extrêmement nombreuse, et variée.

Ils donnèrent d’abord naissance aux Titans et à leurs sœurs les Titanides ; Ce sont des êtres divins mais aussi des forces élémentaires.

Titans : Océan, Coeos, Crios, Hypérion, Japet et Cronos.

Titanides : Théia, Rhéa, Thémis, Mnémosyne, Phoebé et Téthys.

Océan est une force cosmique qui personnifie l’eau qui entoure le monde et sur lequel ce dernier est posé. C’est l’eau primordiale, père des Fleuves. Il est marié à Téthys qui personnifie la puissance féminine de la mer.

Hypérion représente le feu astral : il s’unit à Théia et trois enfants naissent de cette union : Hélios, le soleil ; Séléné, la Lune  ; Eos, l’Aurore.

Japet épouse une des filles d’Océan et de Téthys, et a d’elle quatre enfants : Atlas, Ménoetios, Prométhée et Epiméthée qui seront les intermédiaires entre les dieux et les hommes.

La Titanide Thémis représente la Loi, l’équilibre éternel qui veille sur l’Ordre du monde. Sa sœur Mnémosyne représente, elle, le pouvoir de l'esprit, la mémoire qui fonde toute intelligence.

Mais de tous les Titans, le plus important pour le déroulement de l’histoire de cette création du monde est Cronos car c’est lui qui engendra la génération des Olympiens, les dieux grecs les plus connus.

 

Cependant, l’union d’Ouranos et de Gaia avait abouti à la naissance d’autres enfants : après les Titans et leurs sœurs, apparurent les Cyclopes (Argès, Stéropès et Brontès : lueur de l’éclair, nuées de l’orage et éclat du tonnerre.) Puis naquirent les Hécatonchires (Monstres aux Cent-Bras).

Ouranos détestait ses enfants. Il ne pouvait pas supporter leur présence et leur interdisait de voir la lumière. Il les avait donc obligés à demeurer dans les profondeurs de la terre.

Cette situation n’était évidemment pas du goût de Gaïa. Comme elle n’était pas du genre à se lamenter sans rien faire, elle se mit en tête de les délivrer et de se délivrer en même temps de son encombrant mari. Elle tenta donc de conspirer avec eux contre Ouranos. Mais aucun ne voulut se révolter contre le Père primordial, malgré les véhémentes exhortations de leur mère.

Aucun, sauf un. Le plus jeune des Titans : Cronos.

La haine qu’éprouvait Ouranos à l’égard de ses enfants lui était rendue au centuple par Cronos. Aussi ce dernier vit là l’occasion idéale de se débarrasser d’un tyran détesté. Gaïa lui confia donc une faucille d’acier très aiguë, lui chuchota à l’oreille la manière dont il devait s’en servir –ce qui mit Cronos en joie- puis rejoignit Ouranos qui, le pauvre, ne se doutait de rien.

La nuit vint. Ouranos, en grande forme, enveloppa Gaïa, prêt à la féconder une nouvelle fois. Un coup de faucille mit fin à toutes ses tentatives, présentes et futures : Cronos venait de trancher les testicules de son père et il les projeta au loin. Le sang de la blessure tomba sur la terre et surgirent alors de nouveaux monstres : les Erinyes (déesses de la vengeance, appelées plus tard les Euménides = les Bienveillantes), les Géants et les Méliades (nymphes des frênes).

Une autre légende prétend en outre que le sperme d’Ouranos tomba dans la mer, non loin de l’île de Chypre : ainsi se forma l’écume de la mer et de l’écume surgit Aphrodite, déesse de la Beauté.

Cronos ayant mis définitivement Ouranos hors de course, il resta seul à régner sur le monde. Mais il portait encore en lui la violence primitive ainsi que la malédiction consécutive à son crime. Certes, il tira du sein de leur mère ses frères et sœurs mais ce fut pour les replonger dans les Ténèbres Infernales, au fond du Tartare –leur évitant ainsi l’envie et surtout la possibilité de lui disputer son pouvoir.

Naturellement, Gaïa était furieuse. Elle ne s’était pas débarrassée d’un despote pour retomber sous la coupe d’un autre. Mais que faire contre Cronos ? L’effrayer, se dit Gaïa, en lui prédisant un destin horrible. L’idée allait avoir des conséquences assez désastreuses.

Cronos s’était résolu à prendre épouse et avait choisi Rhéa parmi les Titanides. Le jour des épousailles, Gaïa mit en garde son fils : elle lui prédit qu’il serait lui-même détrôné par un de ses enfants. Cronos connaissait suffisamment sa mère pour savoir qu’elle ne badinait pas avec ce genre d’annonce. Il se dépêcha donc de dévorer tous les enfants que Rhéa lui donnait.

Naquirent, puis furent avalés, dans l’ordre : Hestia, Déméter, Héra, Hadès et Poséidon.

Rhéa eut la même réaction que sa belle-mère : cette manie de manger sa progéniture l’agaça. Aussi demanda-t-elle conseil à Gaia lorsqu’elle fut sur le point d’accoucher de son dernier enfant. Cette dernière lui enjoignit de fuir bien loin de Cronos et lui trouva un asile en Crète où le petit Zeus naquit secrètement. Ayant dissimulé le nouveau-né dans une caverne de l’île, elle prit une pierre, l’enroula dans un lange, lui donna la forme d’un bébé et, en épouse soumise, l’offrit courtoisement à Cronos pour son repas du soir. Celui-ci, trompé par l’apparence, dévora la pierre en la prenant pour son enfant et Zeus fut sauvé.

La prédiction de Gaïa allait pouvoir s’accomplir…

 

(A suivre)

 



[1] Ne pas confondre les Enfers, lieu de séjour des morts pour les grecs de l’antiquité, (partagé en deux : les Champs-Elysée qui recevaient les héros et le Tartare, lieu de punition) avec l’enfer chrétien. Ce dernier désigne le lieu de punition des damnés et peut s’apparenter au Tartare grec.

Ecrire un commentaire