30 novembre 2007
Les incohérences de Carmen
LES INCOHERENCES DE CARMEN
Lorsque Carmen est raide saoule, elle dit un peu n’importe quoi et surtout pose des questions complètement ineptes. Vous me direz : cette réaction est assez commune, et elle n’est pas désagréable dans la mesure où Carmen explose de rire quand on lui fait remarquer que sa cervelle tourne à l’envers. Mais quand même, venant d’une aussi distinguée chimiste et physicienne à l’esprit très cartésien, ce manque de logique peut étonner.
Exemple : imaginez hier Carmen attablée dans son bar favori –dont je ne dirai plus le nom à moins que la patronne me fasse un rabais sur le gin tonic. Elle est très sérieuse. Elle a devant elle des copies remplies de formules abracadabrantes qu’elle seule peut arriver à comprendre. Elle fume tranquillement une cigarette et larde de grands coups de traits rouges les stupidités de pubères décervelés.
Hélas pour elle, font tout à coup irruption dans le café deux individus hirsutes et déjà déjantés parce qu’ils sortent d’une après-midi passée au lycée à ESSAYER de corriger des copies et trouvez donc le moyen de parvenir à votre but avec une bande de délirants à vos côtés ! Carmen, en les voyant, lève les bras au ciel : son travail est foutu ! De désespoir, elle se saisit de son tas de papiers et commence à le manger.
Les empêcheurs de corriger en rouge s’assoient en face d’elle et la rassurent. Pas de problème, eux aussi veulent travailler, ce sera une réunion sérieuse.
Oui…
Deux heures plus tard : après quelques whiskys et gins, Carmen commence à se sentir vraiment très bien. Le reliquat des hirsutes aussi. Une bougie brûle tranquillement dans un verre posé sur la table. « C’est dangereux, dit Carmen qui connaît à fond les propriétés chimiques de l’alcool. Avec ce qu’on tient, on risque de s’enflammer sans crier gare. Mais tant pis. Je mangerais bien de la charcuterie. »
Qu’à cela ne tienne. Une belle assiette de charcuterie arrive devant eux, portée par la patronne des lieux qui en a vu d’autres en ce qui concerne ce qu’on appelle élégamment « l’état d’ébriété ». Un des hirsutes a vertueusement quitté le café avant la descente aux enfers. L’autre se sent envahi par une douce chaleur et trouve depuis quelque temps la vie merveilleuse et les élèves géniaux. (Ca veut tout dire.)
Carmen lance la conversation –si on peut appeler cet échange incohérent de ce nom- sur le lycée. Et, dans sa béatitude inconsciente, elle demande tout à coup à son interlocuteur, qui est prof de lettres : « Mais c’est qui, le prof de français, dans la classe où tu es prof principal ? » Silence, stupeur mais non tremblements. Carmen, l’œil un peu glauque, attend une réponse qui ne vient pas –et pour cause, l’hirsute étant resté coi d’étonnement. Puis elle réalise tout à coup ce qu’elle vient de demander, se tord de rire et fonce aux toilettes avant de faire pipi par terre.
Je ne sais pas comment Carmen est rentrée chez elle. Je l’ai laissée à cinquante mètres de son immeuble, j’imagine qu’elle a dû regagner saine et sauve son logis.
Quant à moi, pas de problème, merci, le voyage de retour s’est déroulé impeccablement.
Le seul ennui, c’est que ce matin, je ne sais plus du tout où j’ai garé ma voiture. Va falloir que je me tape l’écrémage du quartier rue par rue et ça va me prendre des plombes…
Ah, ces problèmes de mémoire, quand on vieillit !...
10:25 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : humour, littérature, caricature, portraits


















Commentaires
Il y a bien sûr du vrai...Mais... vous connaissez cet illustre auteur qui a le don de l'hyperbole hyperbolistique...
Et puis... il est plus facile d'attribuer la commande de l'assiette de charcuterie à Carmen que de tâcher l'aristrocratie bourgeoise de M. Le Comte...
;-))
Ecrit par : CARMEN | 01 décembre 2007
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