26 novembre 2007
Le lamento d'Eclampsie
LE LAMENTO D’ECLAMPSIE
Lundi :
Eclampsie arrive et pose son cartable : elle geint qu’elle na pas envie d’être là, que le métier lui pèse, qu’elle a passé le week-end à corriger ses copies (pauvre chérie, comme si elle était la seule dans ce cas-là !) et que son emploi du temps est merdique.
Elle ouvre son casier, trouve quelques paperasses et s’exclame que non, vraiment, on exagère, on fait exprès de mettre les réunions à des heures où cela ne l’arrange pas du tout.
Puis elle monte faire son cours à l’une de ses trois classes. (Quand les autres en ont quatre, voire cinq.) En chemin, elle grommelle contre les élèves décervelés à qui elle va devoir parler pendant une heure.
Midi : Eclampsie arrive et pose son cartable : elle geint que cette salle est vraiment trop bruyante et que c’est pénible. Elle ouvre son casier et trouve une convocation à un stage qu’elle avait demandé. Sa voix s’élève, furibarde : oh non, ça tombe juste le jour où je n’ai pas cours ! Quelle plaie ! Elle se tourne vers la cantonade et lui fait part de l’horrible malheur qui vient de lui tomber sur la tête. La cantonade ne dit rien ou sourit poliment, voire hoche la tête comme pour dire « c’est affreux. » En fait, la cantonade pense : « ce qu’elle peut nous faire chier, celle-là ! »
Mardi :
Eclampsie arrive et pose son cartable : elle geint parce qu’elle a mal dormi. Son emploi du temps ne lui va pas du tout, il est plein de trous, il l’oblige à rentrer chez elle et à revenir. Ses classes n’ont vraiment aucun intérêt. Pourquoi les as-tu demandées ? lui rétorque-t-on. Parce qu’elles ont un gros horaire, dit-elle, je ne peux pas avoir plus de trois classes, sinon je meurs sous les copies. On hésite à lui répondre qu’elle n’a qu’à assumer ses choix. Mais on ne dit rien parce que c’est mardi, qu’il est presque huit heures et que c’est un peu tôt pour s’engueuler.
Récréation : Eclampsie arrive et pose son cartable. Elle geint qu’elle est épuisée et qu’en plus, cet emploi du temps pourri l’empêche d’aller faire son marché. Elle assure qu’elle serait mieux chez elle. Comme chacun est occupé à boire son café et à papoter, ses plaintes n’atteignent aucune oreille compatissante. Eclampsie reste plantée au milieu de la salle, ressassant ses rancoeurs diverses et variées.
Mercredi :
Eclampsie arrive et pose son cartable : elle geint parce que vraiment, elle a dû se faire violence pour venir. Elle est crevée, elle ne tiendra pas jusqu’au bout du trimestre. En plus, elle s’est enrhumée et les élèves sont des cruches. (On ne voit pas très bien le rapport entre les deux termes de la phrase, mais ce n’est pas grave.) Son emploi du temps est épouvantable, encore pire le mercredi que les autres jours. Elle a un trou ( !) elle va devoir rentrer chez elle. « Reste donc ici, lui dit-on, très vaguement intéressé par ce qu’elle raconte. Profites-en pour corriger des copies. » « Ah non alors ! s’écrie-t-elle. Je préfère corriger chez moi. » Elle s’en va, persuadée d’être la plus malheureuse prof de la terre.
Après-midi : Eclampsie arrive et pose son cartable : elle geint parce qu’il y a de la circulation et qu’elle a failli être en retard. Vraiment, on ne sait plus à quelle heure sortir, il faut toujours qu’il y ait des abrutis dans les rues. C’est ça, le résultat des RTT ! Et elle vient juste pour une heure, c’est quand même aberrant ! Franchement, les gens qui font les emplois du temps sont des incompétents qui lui en veulent.
jeudi :
Eclampsie arrive et pose son cartable : elle geint parce que huit heures, c’est vraiment trop tôt pour elle. On n’a pas respecté ses vœux. Elle n’en peut plus. Trois classes, c’est le maximum qu’elle puisse faire. Qu’on ne lui demande pas d’en prendre une de plus l’année prochaine, ou elle meurt. Elle n’est plus capable de corriger autant de copies. « Fais moins de devoirs », lui suggère-t-on. « La question n’est pas là, rétorque-t-elle. Ce sont les copies. » Elle consulte son agenda et soupire. « J’en ai assez d’avoir des classes aussi nulles. Quelles sections demander en juin ? » (On est en novembre.) « Les meilleures classes sont à fort effectifs et petit horaire », fait-on remarquer. Eclampsie a un hoquet d’horreur. Il faut qu’elle s’arrange pour avoir les deux : gros horaires, bonnes classes. Léger énervement autour des tables.
Midi :
Eclampsie arrive et pose son cartable : elle geint qu’elle a fini sa semaine mais que ce n’est pas trop tôt. Son emploi du temps est infect, affirme-t-elle à la cantonade. Certes, elle a son vendredi, mais tous ces trous… La cantonade, excédée par cette semaine de plaintes ininterrompues, craque : « T’as pas fini de nous emmerder avec tes jérémiades continuelles ! Quand vas-tu être enfin satisfaite de ce que tu as, bordel ? » Eclampsie s’étonne, se rebelle, monte sur ses grands chevaux. On ne la comprend pas. Elle est une faible femme. Elle a des problèmes. Elle va toutes les semaines chez un psy. (Là, on comprend mieux son état déliquescent.) Elle a une vision d’elle-même très négative. Elle essaie de reconstruire sa personnalité détruite. Il ne faut pas être méchant avec elle.
« Qui va manger ? » clame une voix sortie de la cantonade. « Moi ! » répond un concert d’autres voix. Les portes battent, bruit d’un troupeau qui s’enfuit à toutes jambes. Eclampsie reste seule face à son cartable. Elle geint parce que les collègues sont méchants.
Vendredi :
Non, Eclampsie n’arrive pas et ne pose pas son cartable. C’est son jour de congé. La cantonade respire.
L’année prochaine, tout le monde demandera à travailler le vendredi. Ca soulagera un peu.
07:00 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : humour, littérature, caricature, portraits

















Commentaires
MAIS JE LA CONNAIS! Elle est aussi dans MON établissement! (Aurait-elle des clones?Travaillerait-elle dans tous les établissements de France et de Navare???) Sois plus compatissant, plus humain et plus copréhensif, que diable!
Eclamsie travaille beaucoup. Enormement!C'est pour ca qu'elle est toujours fatiguée. Elle applique les consignes du gouvernement:travailler plus pour gagner plus. Sinon, (on le lui a confirmé de source sure) ELLE NE TOUCHERA PAS DE RETRAITE!!! Certaines ce sont mis en tête de la faire crever avant qu'elle puisse la toucher, sa retraite. Comme ça il feront des économies!
Ecrit par : Nériel | 26 novembre 2007
Chèr maître, le nom d'Eclampsie a t-il une étymologie particulière ? A t'il un rapport avec les mots faignace ou glandue ?
Ecrit par : Mélissa | 27 novembre 2007
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