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25 novembre 2007

Le Cerbère de la porte

LE CERBERE DE LA PORTE

L’Hydre de Lerne, comparée au Cerbère de la Porte, n’est que gentille petite bestiole domestique à qui on donne sa pâtée le matin et qu’on laisse dormir dans son lit.

Notre Cerbère ne possède qu’une tête mais croyez-moi, c’est largement suffisant. Deux en plus, avec chacune une bouche prête à vous vouer aux gémonies, et on meurt.

Lorsque Cerbère est arrivée, « elle » ne parlait pas mais beuglait ; « elle » ne donnait pas de consignes mais des ordres et « elle » avait appris par cœur tous les règlements possibles et imaginables, y compris les alinéas et les petites lignes en bas de page que vous ne pouvez déchiffrer qu’à la loupe.

Cerbère était redoutable pour ses coups de gueule. Lorsque « elle » tempêtait, Cerbère ressemblait à Méduse avec ses serpents qui sifflaient sur sa tête et ses yeux prêts à jaillir de leurs orbites pour venir vous graffigner la figure. Il fallait « la » voir, lors des alertes incendie, brandissant son courroux d’une main et son règlement intérieur de l’autre, pourfendant de remarques à l’acide nitrique les malheureux qui ne se trouvaient pas LA où « elle » avait exigé qu’ils fussent !

Cerbère avait tellement peur qu’on lui pique son autorité (qui aurait eu cette idée, franchement, comme si sa situation était enviable !) qu’ « elle » faisait souffler sur ses administrés un vent de terreur qui, il faut le reconnaître, en aplatit quelques un contre les murs et en fit partir d’autres à la retraite à la vitesse grand V. Une épidémie de demandes de mutation sévit pendant quelques années parmi le personnel. Cerbère avait eu au moins cela de bon : dans le genre super femme de ménage, « elle » s’était montrée à la hauteur pour faire le grand nettoyage.

Quand « elle » ne déblayait pas l’établissement de ce qu’ « elle » estimait être des choses encombrantes, Cerbère faisait régner l’ordre à coup d’injonctions, ce crises de rage (« elle » alla jusqu’à ravager le bureau d’une de ses secrétaires sous prétexte qu’il était mal rangé : on imagine le rangement après son passage), de hululements hystériques, et de consignes contradictoires.

Quand le World trade Center connut sa dernière heure, Cerbère transforma son lieu de travail en forteresse retranchée d’où l’on n’entrait et sortait qu’après avoir franchi deux palissades électrifiées, un fossé rempli de flammes, évité la herse et prononcé la formule magique ouvrant les portails. Le jour où l’on décréta qu’il fallait observer une minute de silence « à la mémoire des victimes américaines des terroristes », (les autres, on s’en branle), Cerbère descendit de son pas majestueux au réfectoire et exigea des gens présents qu’ils respectent cet ordre –ce qu’ils firent, ces tas de nouilles gélatineuses plus mous que des chiques.

Lorsque Proserpine arriva, la guerre commença. L’autorité de Cerbère face à l’autoritarisme de Proserpine. Cela valut à ceux qui savaient ouvrir leurs oreilles des moments absolument inoubliables, d’une saveur aussi exquise que les fruits du Paradis.

Mais Cerbère, comme tout le monde, vieillit. On pourrait même dire qu’ « elle » est comme le bon vin. En prenant de l’âge, « elle » se bonifie. Oh, il lui arrive toujours de prendre ses crises, mais ça va en se calmant. Elle devient presque fréquentable. On se dit que finalement, c’est peut-être un être humain.

Allez, Cerbère, courage : à cent deux ans, vous serez quelqu’un de tout à fait présentable.

 

Commentaires

Comme je regrette de ne pas avoir connu le vrai Cerbère du début ! Je pense que nous nous serions crêpées le chignon ! je ne peux voir aujourd'hui que des restes ramollis malgré quelques résurgences épisodiques !

Ecrit par : Mélusine | 25 novembre 2007

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