23 novembre 2007

Ajax ou la voix de son maître

AJAX OU LA VOIX DE SON MAÎTRE

Petite histoire pour un triumvirat : le slave du Chef.

Je ne vous ferai pas l’injure de croire que vous ne connaissez pas Ajax. Non, pas celui dont je vais parler ; celui-là n’est célèbre que dans son quartier et son établissement. Et encore ! Sur cent glandus qui le voient régulièrement, il n’y en a pas trente qui connaissent son nom.

Je parle du VRAI Ajax, le héros grec de la Guerre de Troie, le copain d’Achille, d’Agamemnon, de Ménélas, et compagnie. Et bien ne vous imaginez pas que ce modèle antique de valeur et de vertu a survécu dans son très lointain descendant. (Descendant fictif, on est bien d’accord, juste le temps d’un gentil petit portrait.)

Notre Ajax à nous est mou. Très mou. Trop mou. Il dégouline comme un camembert trop fait (sans l’odeur, heureusement). Il ruisselle de bonhomie, de « gentillesse », de « courtoisie » et c’est le champion du gaspillage de salive dans des discours malheureusement improvisés (parce que Attila n’est pas là) que personne n’écoute plus au bout de trente secondes.

Pauvre Ajax. Il n’a pas la parole facile. Ni l’écrit, d’ailleurs. Et il aurait pu végéter longtemps dans une obscurité sociale dont personne n’aurait songé à le tirer s’il n’y avait pas eu Attila. Et Ammoniaque.

Attila, comme tous les Dieux, a besoin d’un slave. Comme il n’est pas sûr que parfois, on saisisse les multiples raffinements de sa pensée, il fait répéter ses paroles par Ajax qui les redit avec une merveilleuse exactitude. Dans les réunions, Ajax reste immobile, le regard fixé sur… ce que vous voulez, l’important n’est pas là ; l’expression de son visage est pensive. On le sent tourné vers de profondes réflexions intérieures. C’est tout juste si on ose lui adresser la parole de peur de déranger un cerveau qui tourne à trois cent mille à l’heure.

Et puis tout à coup, Attila pose sa grosse paluche sur l’épaule d’Ajax. Ce dernier tressaille et commence à déblatérer. Alors, on comprend : Ajax n’est pas vivant ; le slave d’Attila n’est qu’une mécanique bien huilée. Il suffit que le maître appuie sur le bouton dissimulé sur l’épaule droite d’Ajax et le magnétophone se met en route.

Ajax siège souvent entre Attila et Ammoniaque. Cette dernière s’est prise pour lui d’une subite affection résultant d’on ne sait trop quelle découverte. (L’eau tiède, peut-être ?) Elle est devenue, le temps d’un soupir, l’ombre de son ombre. Notre vaillant héros a commencé par résister un peu (pas beaucoup, on imagine) et puis il a sombré. Et voilà Ajax ammoniaqué.

Ce qui alimente, vous pensez bien, les ragots de la basse-cour : de qui Ammoniaque est-elle la préférée ? D’Ajax ou d’Attila ? Les trois A intriguent. (On les appelle aussi les A.A.A. ou les Ah ! Ah ! Ah ! Au choix. Dommage qu’ils ne soient pas Ā.)

Ajax a un cœur, une âme sensible qui ne demande qu’à s’exprimer. Ainsi, lors d’une réunion avec le Cerbère de la Porte , a-t-il larmoyé, la main sur le cœur,  que ce dernier (« Cerbère » est masculin mais dans la réalité, il est de l’autre sexe) l’avait plusieurs fois « humilié dans son honneur et sa dignité d’homme ». (J’aurais été à la place de Cerbère, comme son but était justement de l’humilier, j’aurais mouillé ma culotte de plaisir en entendant ça.)

Bref, Ajax est un cas. On croit qu’il n’est pas du tout intéressant. Et puis, on prend plaisir à l’étudier. Pour s’apercevoir au final qu’il n’est vraiment pas intéressant.

Commentaires

Alors là, chapeau ! "Ajax ammoniaqué", on sent que ça vient de loin, de très loin !

Ecrit par : le fou qui repeint | 24 novembre 2007

Que dire pour prendre la défense de ce pauvre zombie ? que l'Ajax Ammoniaqué est très efficace pour décrasser les vécés.

Ecrit par : Line | 24 novembre 2007

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