15 novembre 2007
Les malheurs de Multimédia
LES MALHEURS DE MULTIMEDIA
« Vivent les vacances, plus de pénitences, les copies au feu, les élèves au milieu »… Telle est la rengaine que chantonne Multimédia ce matin de juillet en se roulant sur son lit. Premier jour des grandes vacances : ça se vit dans la joie et la bonne humeur.
Multimédia se lève et prépare son petit-déjeuner : gâteaux, confiture, beurre, pain, et café. Elle passe sur son balcon afin de respirer l’air pur du (petit ?) matin. C’est le moment que choisit son voisin du dessus pour arroser ses fleurs à grande eau. Multimédia reçoit sur ses frisettes une douche froide qui lui arrache un « ahi » d’épouvante et la fait bondir en arrière. Mais elle se prend les pieds dans sa robe de chambre –trop longue- et se retrouve brutalement le derrière sur le carrelage de la cuisine. Elle est trempée et elle a mal au coccyx.
« Ce n’est pas grave, pense-t-elle en se relevant. Un bon petit déj arrangera l’affaire. » Elle se saisit de la cafetière. Vide. Etrange. Ca fait bien dix minutes qu’elle a versé le café dans le filtre et il n’est toujours pas passé. Elle réalise tout à coup qu’elle a oublié de mettre de l’eau.
Ayant réparé son erreur, elle s’assoit devant sa table et commence à manger. La confiture coule sur son pyjama. Le café est trop chaud, elle se brûle la langue et manque s’étouffer. Elle a beau être en vacances, elle ne perd pas ses bonnes habitudes : comme tous les matins au petit-déjeuner, elle fait soigneusement des frises multicolores avec de petits crayons pastels sur son cahier de textes personnel. Elle a ainsi déjà colorié dix pages avant de se souvenir qu’elle n’en aura pas besoin avant deux mois. « Tant pis, se dit-elle. Pour une fois que j’ai de l’avance dans mon travail ! » et elle va prendre sa douche.
Elle s’abandonne avec extase à la caresse de l’eau chaude sur son corps ; tout à coup le pommeau de la douche se décroche et lui tombe sur la figure. Alors qu’elle est enduite de savon et de shampooing des pieds à la tête, l’eau cesse de couler. Coupure pour travaux. C’est annoncé depuis deux mois grâce à une énorme affiche placardée sur la porte de l’immeuble, affiche qu’elle n’a évidemment pas lue.
Elle se rince tant bien que mal à l’eau d’Evian puis décide de prendre rendez-vous chez l’esthéticienne. Elle descend au garage. Ne trouve pas la télécommande qui ouvre la porte. Cherche partout, y compris dans les endroits les plus farfelus (poubelles) avant de devoir admettre que cette fois, elle l’a bien perdue. Comment sortir ? Attendre que quelqu’un rentre.
La voila donc assise devant son volant, dans l’obscurité. Elle attend une heure. Finalement, la porte s’ouvre, au moment où, soulagée, elle se souvient qu’elle a laissé la télécommande dans la boite à gants –endroit où elle n’a pas songé à la chercher. Triomphante elle sort de son garage, manœuvre adroitement avec la télécommande entre les mains.
Elle se rend à la station d’essence pour faire le plein. Elle pousse la portière et lâche la télécommande qui s’éclate sur le goudron, répandant ses micros-trucs de partout. Elle ramasse ce qu’elle peut en grommelant que ça va encore lui coûter la peau des fesses parce que c’est la troisième qu’elle bousille en deux mois et que la régie va la prendre pour une demeurée.
Elle ouvre le réservoir à essence… et le bouchon lui reste dans la main. Cassé. Elle commence à se dire que ce n’est pas son jour et qu’il risque de lui arriver encore un certain nombre de catastrophes. Mais, philosophe et optimiste, elle se dit « on verra bien ».
Le plein fait, elle repart en ayant, comme elle a pu, remis le bouchon en place. Elle arrive devant la boutique de l’esthéticienne et s’arrête en double file « pour cinq minutes ». Le temps qu’elle prenne rendez-vous et ressorte, elle a pris une contravention de 35 euros et lorsqu’elle tourne le démarreur, rien ne se passe. Plus de jus. Plus de batterie.
Elle sent son pouls s’accélérer. Non, là, on lui en veut. Il faut qu’elle téléphone à son garagiste. Elle fait le numéro, attend. Là aussi, c’est le néant complet. Plus de forfait, elle a téléphoné la veille pendant trois quarts d’heure à sa meilleure amie à Tombouctou.
Multimédia se sent de plus en plus stressée d’autant plus que les automobilistes la prennent pour une emmerdeuse qui n’est pas capable de garer sa voiture à plus de dix mètres de l’endroit où elle se rend. L’un d’eux va même jusqu’à lui dire de « bouger sa graisse et sa bagnole par la même occasion. »
Elle entre dans le premier bureau de tabac qu’elle trouve afin d’acheter une carte de téléphone. Elle constate, effarée, qu’elle est partie sans papiers et sans son porte-monnaie. Elle a beau déverser le contenu de son sac sur le carrelage du magasin, rien à faire, elle n’a pas un centime d’euro sur elle.
Comment Multimédia va-t-elle finir la journée ? Elle-même n’en sait rien. Elle pense simplement que pour un début de vacances raté, c’est un début de vacances raté mais qu’après tout, elle a quand même fait très fort dans le genre malchance et que la série devrait être terminée.
On ne sait pas comment Multimédia a réglé le problème de la voiture. Toujours est-il que ayant enfin contacté le garage, elle rentre chez elle pour trouver sa cuisine enfumée et sa cafetière ratatinée, aux trois quarts fondue, parce qu’elle a oublié de l’éteindre. L’eau a été rétablie pendant son absence mais comme elle n’avait pas fermé les robinets de la baignoire et que quelque chose obstruait le trou d’évacuation, l’eau est passée par-dessus bord et envahit doucement l’appartement. Les voisins du dessous vont être ravis.
Le soir, Multimédia se couche avec une satisfaction proche de l’extase. La journée est finie, et le lendemain ne peut pas être pire, c’est impossible. Pas sûr. Quand on traverse une période de poisse, tout est possible…
MORALITE : Restez donc couchés et laissez le flot des emmerdements couler autour de votre lit. C’est ce qu’il y a de plus sage quand vous sentez que la journée va être catastrophique.
PS : Le biographe de Multimédia n'a pas parlé de ses démélés avec l'ordinateur et la téléphonie. Ce sera pour une autre note, on ne peut pas tout assener d'un coup...
17:00 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, littérature, satire, caricature, portraits


















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