14 novembre 2007

Cunégonde sur Mars : Acte III

ACTE III

 

Le salon de réception du Palais Martien.

 

Scène Première

CUNEGONDE, LEILA, LA BIBLIQUE, DAKTARI

 

 

DAKTARI

Je ne sais pas pourquoi mais je sens l’entourloupe.

Ce palais si désert et cette odeur de soupe

Ne me disent rien qui vaille.

 

LEILA

                                            L’accueil pourtant

Fut fort sympathique. J’ai bien aimé les chants.

La Mitraille d’un très beau discours s’est fendue,

De Madame vantant la splendide tenue.

Pour chacun d’entre nous, elle eut un mot charmant ;

On offrit des boissons, c’était très bon enfant.

J’étais fort satisfaite de la réception.

Qu’en dites-vous, Madame ?

 

CUNEGONDE

                                              La présentation

De la cour de Mars à mon auguste personne

Fut, je dois l’avouer*, quelque peu monotone.

Mais tu dis vrai, Leila, l’accueil fut enthousiaste.

Cette foule de gens dans un endroit si vaste,

Leurs acclamations* et leur admiration

Ont en moi réveillé toutes mes passions*

Pour le théâtre et pour la représentation.

 

    

LA BILBIQUE

Mais mon livre a subi quelques exactions.*

Tout contre ma poitrine je dus le serrer.

Regardez son état : les pages sont cornées.

 

 

CUNEGONDE

En parlant de papier, avez-vous donc toujours

Avec vous, cher Fifi, les dossiers mis à jour ?

 

 

FIFI

Je n’ai dans ma serviette que cette partie

Qui explique si bien l’usage du fusil.

Le reste est dans votre sac.

 

CUNEGONDE

                                          Où ai-je la tête ?

C’est évident. Puisque nous sommes seuls ici

Révisons nos leçons, seyons-nous je vous prie.

 

(Tout le monde s’assoit. Fifi sort un dossier de sa serviette, Cunégonde des liasses de papier de son sac. La Biblique ouvre son Livre mais Leila, outrée, le lui arrache des mains et le pose sur la table.)

 

LEILA

Il n’est point encore l’heure de vos dévotions.

Laissez Dieu où il est et faites attention

Aux propos de la Reine, heu, de la Présidente.

 

LA BIBLIQUE

En toi je vois trop bien le démon qui me tente.

Mais je résisterai. J’ai d’ailleurs résisté

A dix jours d’algeco battus de vent glacé,

Sur cette place infâme où j’étais exilée,

Dans cette ville atroce où malgré mes souliers

Qui frôlaient la moquette j’ai dû m’enrhumer,

Car j’ai passé mon temps à bien postillonner

Sur tous mes assistants, je n’ai fait qu’éternuer,

Du matin jusqu’au soir, du midi au coucher.

 

LEILA

On m’a pourtant parlé d’un hôtel fort luxueux,

Qui ressemblait beaucoup à ce qu’on voit aux cieux.

Des tapis, des tentures, une suite royale :

Voilà de quoi réjouir le peuple en intégral.

 

LA BILBIQUE

A mon cher Président, me reprocheriez-vous

D’obéir*?

 

LEILA

              Non pas. Je le jure, contre vous

Je n’ai rien du tout. Je constate simplement

Qu’on peut être croyante et aimer les diamants.

 

LA BIBLIQUE

C’est très compatible.

 

LEILA

                                    J’en suis bien persuadée.

 

LA BIBLIQUE

A quoi riment alors ces discours insensés ?

Vous feriez-vous, Leila, l’avocat des manants ?

 

LEILA

Des manants je n’ai cure et même franchement

Leur avenir me laisse assez indifférente.

Que cela soit bien clair : seule une bonne rente

M’intéresse. Un large fossé, voyez-vous

Ma chère, cependant, me sépare de vous.

Point n’est besoin pour moi de singer les curés,

De faire là semblant, les yeux exorbités,

Par de nouvelles lois paraître épouvantée

Parce qu’à certaines gens on donne l’occasion

De rentrer dans le rang, de rejoindre l’union

Dans laquelle on veut mettre le peuple en entier.

La stratégie est bonne, qui s’en va donc crier*

Lorsque les différences peuvent s’exprimer,

Et qu’un contrat peut deux individus lier* ?

Personne. A part vous.

 

LA BIBLIQUE

                                    Je suis donc hypocrite ?

De Dieu bien défendre toutes les lois écrites,

C’est une aberration ?

 

LEILA

                                    Voilà le mot lâché.

Aberrant en effet puisque vous mélangez

Deux parties opposées.

 

LA BIBLIQUE (hautaine)

                                        La morale est partout.

 

LEILA

Surtout en politique !

 

LA BIBLIQUE

                                 C’est un bel atout.

 

LEILA

Qu’il faut savoir garder.

 

LA BIBLIQUE

                                       On peut aussi le jouer

Quand l’adversaire on risque de voir triompher,

Et ramasser ainsi la dernière levée.

 

LEILA

Jolie théorie. Mais dans la pratique, hélas,

Ce fut pour vous, ma chère, une sacrée mélasse.

 

 

LA BIBLIQUE

Vous me faites ici un procès d’intention.

Rien ne vous autorise à juger mes actions.

 

CUNEGONDE

Elle a raison, Leila. Arrêtez ce conflit

Qui sur rien ne débouche et venez donc ici.

Vos propos ont je crois dépassé vos pensées.

C’est un fait, c’est certain, la Biblique est tarée.

Mais c’est son droit. Quant à toi je sais bien

Qu’aux assauts de conscience tu ne dois plus rien.

Tu fais tout simplement ce qu’on te dit de faire,

Tu obéis très bien, de toi je suis très fière.

 

LEILA (s’inclinant)

Merci, Madame, pour cette reconnaissance

Des mes talents.

 

CUNEGONDE

                         Il est grand temps, je le pense,

D’en revenir aux motifs de notre mission.

Connaissez-vous, Fifi, le genre de question

Que l’empereur va nous poser ?

 

DAKTARI (goguenard)

                                                 Je sens que non.

 

FIFI (se raclant la gorge, prenant l’air très sérieux)

Il est resté très vague et le Président même

N’a eu que des échos de ses nombreux problèmes.

Je crois bien toutefois que l’accent sera mis

Sur les troubles sociaux qui éclatent ici.

 

CUNEGONDE

Et quelles en sont les causes ? Est-ce les mêmes

Qui pourraient bien valoir une tarte à la crème

A mon second chéri ?

 

FIFI

                                    Elles sont identiques.

 

CUNEGONDE

Et l’empereur est-il un deuxième hystérique ?

 

 

FIFI

N’ayez crainte, Madame, il est bien plus patient

Que votre bel époux. Mais il est moins omniscient

Et moins omnipotent. Il a quelques limites

Qu’il ne dépasse pas ; certes il va bien moins vite

Mais laisse à tous ses gens le temps de respirer.

 

CUNEGONDE

Comme il me semble bien ! Et que de qualités !

A la réception*, il n’a pu assister.

Son portrait est touchant. Je veux le rencontrer

Au plus vite.

 

LEILA

                    Ce vœu va se réaliser.

La porte s’ouvre un peu. C’est bien lui, regardez !

Scène 2

LES MEMES, JAVIERA DACOPOVNA

 

                                                  

LEILA

Ah ben non, c’est raté. Ce n’est que Javiera.

 

JAVIERA (s’inclinant)

Vous me connaissez : Javiera Dacopovna.

Ministre de l’empereur, j’ai donc pour mission

De réduire les frais en fait d’éducation.

Sur ce sujet-là, j’attends vos propositions

Qui doivent de la foule baisser la pression.

En charge j’ai aussi toute la fonction*

Publique et privée.

 

CUNEGONDE

                             Ca sent la révolution.

Oh, que ça craint ! (A Leila) Dis-moi, dans quel affreux guêpier

Cet époux délirant nous a-t-il envoyés ?

(A Javiera)

A vous revoir, Madame, j’ai bien du plaisir.

La réception était… Dieu, comment vous le dire ?

Magnifique. De vous j’ai beaucoup apprécié

Cet accueil si charmant, cette amabilité.

 

 

JAVIERA (s’inclinant)

Une si grande dame a ici tous les droits.

Faites comme chez vous. Ordonnez.

 

 

CUNEGONDE

                                                          Eh, ma foi,

J’aimerais, s’il vous plait, bien être présentée

A votre empereur, et saluer sa Majesté.

 

 

JAVIERA

Il attend pour cela que soit bien arrivée

Celle qui s’amène dans sa belle fusée.

 

CUNEGONDE (fronçant les sourcils)

Celle ? N’est-ce pas plutôt celui ?

 

JAVIERA

                                                     Non, Madame.

Je risque en vous parlant de déclencher un drame,

Mais la sincérité me doit de vous avouer

Que la Madone là va bientôt débarquer.

 

CUNEGONDE

Argh !

 

LEILA

           Malheur !

 

FIFI

                            Ô mon dieu !

 

LA BIBLIQUE

                                                  Protégez-nous, Seigneur !

 

CUNEGONDE

Cette infâme méduse apporte ici l’horreur.

Le Président le sait-il ?

 

JAVIERA

                                      Je crois bien que oui.

 

CUNEGONDE (en déroute)

Il m’a pourtant juré, il m’a pourtant bien dit…

 

LEILA

De grâce, Madame, calmez-vous. Oui, ce coup

Est atroce. N’en mourez pas ! Remettez-vous !

Ce n’est que la Gorgone, oh pardon, la Madone.

Et si elle savait qu’alors elle vous donne

De si froides sueurs et des palpitations,

Elle en serait réjouie.

 

 

CUNEGONDE

                                  Oui, tu as bien raison.

Sa fusée est en vue ?

 

 

JAVIERA

                                  Prête à l’atterrissage.

 

DAKTARI

Si  ça pouvait finir en monstrueux potage !

 

LEILA

Vœu pieux. Le pilote est aguerri, je le sais.

C’est mon cousin. (Elle se tourne vers la Biblique)

 

LA BIBLIQUE

                            Non, je n’ai rien dit, je me tais.

Je n’en pense pas moins.

 

FIFI

                                        Et si nous assistions,

De la fenêtre là à son apparition ?

 

JAVIERA

Vous seriez mieux là-bas, dans le second boudoir

Pour admirer la foule et le spectacle voir.

 

(Ils sortent tous. La scène reste vide un instant puis Entrent Minibus et Mââme))

 

 

 

Scène 3

MINIBUS, MAAME

 

 

MAAME (furieuse)

Peux-tu me dire enfin, vieil os décalcifié,

Pourquoi de ce terrain tu viens de te barrer

Aussi vite ? J’ai dû rester seule avec ça,

Me farcir ses discours de plus en plus gagas.

 

MINIBUS

On n’emploie pas « ça » pour parler d’une personne.

 

MAAME

Je sais bien. Je visais simplement la Madone,

Ce truc horrible qui nous tombe sur le dos.

Pourquoi es-tu parti ? C’était bien toi, vieux pot,

Qui voulait dérouler un si beau tapis rouge ?

Et tu t’en vas au premier mot de cette courge !

 

 

MINIBUS

Je l’avoue. Je bas ma coulpe. Je n’ai pas pu

Supporter son sourire de vierge tordue.

 

 

MAAME

Crois-tu donc que pour moi, ce fut la sinécure ?

 

MINIBUS

Evidemment que non, ce fut une torture,

Je m’en doute. Mais au fond, n’est-ce pas ton rôle 

D’accueillir l’étranger, de faire les contrôles ?

 

 

MAAME (acide)

J’ai mes agents pour ça. On les nomme douaniers.

Ce ne sont pas des fleurs, encor moins des palmiers,

Ils sont en uniforme et….

 

MINIBUS (vexé)

                                          Ca va. J’ai compris.

Je ne suis pas idiot, garde ton ironie.

Il nous faut maintenant composer le maintien.

Prends donc tes attributs, je vais prendre les miens.

 

(Ils ouvrent une malle qui traîne dans un coin et que personne n’a vue jusque là, en sortent cape, manteau, bâton sculpté, etc. et s’habillent rapidement. Bruit confus dans le couloir. Arrivée de la Madone et de ses acolytes, à la queue leu leu. L’entrée doit être majestueuse.)

 

 

 

Scène 4

LES MEMES, LA MADONE, MARIE-JO LA ROUGE, LANLAN,

LA LANGOUREUSE ARIELLE

 

(Minibus et Mââme se tiennent debout au milieu de la pièce dans leurs habits officiels)

 

 

MINIBUS (très protocolaire)

Soyez les bienvenus, amis, dans ce palais.

Je vous salue bien bas et suis votre valet.

 

LA MADONE (minaudant)

Vous êtes trop gentil, vous me voyez confuse

De prendre votre temps, vraiment, je crois, j’abuse.

 

MAAME (s’inclinant)

La Madone chez nous, c’est un sacré miracle

Qu’on n’avait pas prévu, pas même les oracles.

Mais n’êtes-vous pas l’envoyée du Président ?

 

LA MADONE

On peut dire que oui.

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

                                 Vous mentez. Pas vraiment.

 

LA MADONE

Chère amie, vous a-t-on demandé votre avis ?

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Non, mais vous vous êtes trompée. Je rectifie.

 

LALAN (conciliant, à la Langoureuse)

Des secrets de l’Etat vous ne savez pas tout.

La Madone a reçu un message à Kourou

Lui demandant d’aider Cunégonde.

 

MARIE-JO (à part)

                                                         Ment-il

Ou me suis-je fait avoir ? Ils sont assez vils

Pour mener double jeu.

 

 

MAAME

                                     Alors tout est parfait.

De vous le Président sera bien satisfait.

 

LA MADONE (avalant difficilement sa salive)

Heu oui…

 

MAAME

          Vous dites ?

 

LA MADONE

                              J’approuve de tout mon cœur.

 

MARIE-JO LA ROUGE (à part)

Etre à ce point faux cul, ça c’est de la grandeur !

Regardez-la faire son joli numéro 

Et ces deux abrutis, ces sublimes zéros

Qui la croient. Rétablissons donc la vérité.

(Haut)

Vos Seigneuries, tout cela n’est que fausseté.

Du Président nous n’avons reçu aucun ordre,

Mais nous sommes venus dans l’intention de tordre

Le cou aux propositions de la Présidente.

 

MAAME

Je me disais aussi, une si belle entente

Entre deux ennemis, c’était invraisemblable.

 

LA MADONE (furieuse)

Bravo pour ton caquet ! Me voilà lamentable.

 

MARIE-JO LA ROUGE

Un peu plus, un peu moins…

 

LANLAN (à Marie-Jo)

                                              Vous n’auriez pas dû, chère.

 

MINIBUS

Mais c’est très bien ainsi. Tout le monde est sincère.

On ne peut discuter sur une base fausse.

 

LA MADONE (bas, à Marie-Jo)

Toi, à notre retour, tu finis dans la fosse

Avec les crocodiles.

 

MARIE-JO (méprisante)

                                Va donc, eh, débile !

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Quand vais-je voir Fifi, mon bien-aimé reptile ?

Je n’en peux plus d’attendre, il faut que je le voie.

 

MAAME

Appelons Javiera et qu’elle nous envoie

La troupe de Madame.

 

(Minibus ouvre la porte du fond et fait un signe.)

 

 

MINIBUS

                                    Voilà nos invités.

La comédie ainsi peut dès lors commencer.

 

(Entrée de Cunégonde et des autres.)

Scène 5

LES MEMES, CUNEGONDE, LEILA, FIFI, LA BIBLIQUE, DAKTARI, JAVIERA

(Ca fait beaucoup de monde sur la scène.)

(En voyant la Langoureuse, Fifi se dissimule derrière la Biblique et Daktari)

 

CUNEGONDE (très faux cul)

Oh Madone chérie, je ne rêve donc pas ?

C’est bien toi que je vois dans ce grand branle-bas ?

La surprise est de taille et je me réjouis*

De pouvoir avec toi échanger des avis.

 

LA MADONE (aussi faux cul)

Ta Grâce est trop bonne et je ne sais pas comment

Te retourner céans* un si beau compliment.

T’aider je suis venue, ne crains donc rien de moi

Ton ennemie ne suis, je t’engage ma foi.

 

CUNEGONDE

Ces paroles exquises me vont droit au cœur.

 

LA MADONE

Je n’ai d’autre souci que ton entier bonheur.

 

CUNEGONDE

Je sens bien là vraiment que ces mots sont sincères.

 

LA MADONE

Tu sais comme je t’aime et comme tu m’es chère.

 

CUNEGONDE

Mon âme à ces propos en tressaille de joie.

 

LA MADONE

J’ai les larmes aux yeux, je ne vois plus que toi.

 

MARIE-JO LA ROUGE (énervée)

Quand vous aurez fini vos grimaces atroces,

Et reprendrez l’aspect des misérables rosses

Que vous êtes, on pourra peut-être passer

A des propos sérieux ou du moins plus sensés.

Cessez ce cinéma, il n’amuse personne.

 

CUNEGONDE

Quelle vulgarité !

 

LA MADONE (A Marie-Jo)

                            Est-ce que l’on te sonne ?

 

MARIE-JO LA ROUGE

Vous me faites vomir avec vos révérences.

 

 

LA MADONE

Dans le lieu adéquat va te vider la panse,

Ne m’importune plus, laisse-moi discuter.

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE (se précipitant vers Fifi)

Ah vous voilà enfin, mon merveilleux aimé.

Pourquoi donc derrière eux être allé vous cacher ?

 

FIFI

Ma vertu avec vous court un bien grand danger.

Je n’ai plus trop envie de me faire sauter

Par vous.

 

CUNEGONDE (A la Langoureuse)

               Encore un coup, vos transports modérez.

Vous n’êtes pas chez vous, laissez donc mon Fifi.

Vous êtes trop sensuelle, élevez votre esprit.

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE (en colère)

Et lui ne l’était pas, quand il m’a rencontrée

Dans l’Enfer de Satan ? Ce vieux dégénéré

Devant mon BHL n’aurait pas hésité

A baisser sa culotte et à me trombiner.

 

CUNEGONDE

Ce qu’il a fait, d’ailleurs.

 

FIFI (avec feu)

                                         Oui, mais dans un trou noir.

BHL cuisait, il ne pouvait rien voir.

 

LA BIBLIQUE (Outrée)

Qu’entends-je donc, Fifi ? Ce nœud aussi sacré

Qu’on nomme mariage, vous l’auriez profané ?

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

De quoi se mêle ce si vertueux* boudin ?

Qu’importe ton avis ? Garde ton baratin

Pour tes gosses.

 

LA BIBLIQUE (inspirée)

                         Oh toi, nouvelle Jézabel,

Ne viens pas en ces lieux mettre ton grain de sel

Dans des discussions* qui vraiment te dépassent !

Fifi nous a trahis ! Il a trahi la race

De ceux qui restent purs au milieu de la crasse !

Il s’est laissé tenter par la blonde pétasse !

Il a trahi sa femme et le voilà damné !

Ah ! Terrible vision ! Fifi au feu jeté !

Algeco mon chéri, pourquoi t’ai-je quitté ?

Tu me protégeais bien de ce monde insensé !

 

MARIE-JO LA ROUGE

Qu’est-ce qu’elle bavasse ? C’est une timbrée ?

 

CUNEGONDE

Mais non. C’est juste l’heure de sa logorrhée.

(A la Biblique)

Ma chère asseyez-vous, respirez un bon coup :

Ce n’est qu’un court accès ; Dieu est bien avec vous.

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

Mon problème après tout n’est toujours pas réglé.

 

LA MADONE

Fifi t’a dit non. Cesse donc de reluquer

Un paradis perdu ; sa braguette est fermée

Et le restera.

 

JAVIERA (Avec un regard navré à Mââme et Minibus)

                     Nous pourrions là commencer

Les discussions.

 

CUNEGONDE

                          Veuillez mes chers nous excuser

D’avoir de vos problèmes quelque peu dévié.

Prenons nos affaires. Si nous nous asseyions ?

Nous serions mieux je crois pour parler des raisons

De notre visite.

 

JAVIERA (A Minibus)

                          Qu’on amène des chaises

A ces divinités.

 

CUNEGONDE

                          Je vous en suis fort aise.

 

LANLAN

Prends ce siège Madone et pose ton séant.

 

LA MADONE (en s’asseyant)

Ne sois pas si mielleux.

 

LANLAN (vexé)

                                      Je ne suis que galant.

 

LA MADONE

Et qu’espères-tu donc après un si beau geste ?

 

 

LANLAN

Je n’espère plus rien. J’ai retourné ma veste.

 

LA MADONE

Tu persistes je vois à toujours m’imiter ?

 

LANLAN

Un modèle plus beau pouvait-on espérer ?

 

(Pendant ce temps, tout le monde s’est assis après avoir sorti divers dossiers, papiers, etc. des sacs respectifs.)

 

CUNEGONDE

L’Empereur ne vient pas ?

 

MAAME

                                           C’est l’heure du conseil.

Minibus mon ami, allez faire merveille

Près de sa Majesté. Et rappelez-lui bien

Qu’elle doit avec nous après faire le lien.

 

MINIBUS

Je n’y manquerai pas.

 

(Il sort)

 

 

 

Scène 6

LES MEMES, moins MINIBUS

 

 

CUNEGONDE (A Javiera)

                                     Voulez-vous commencer ?

 

DAKTARI

Ce bruit est très bizarre, il me fait frissonner.

 

JAVIERA

De quoi parlez-vous donc ?

 

DAKTARI

                                            Mais n’entendez-vous pas 

Ce tic-tac obsédant ?

 

JAVIERA

                                            Non, je ne l’entends pas.

 

DAKTARI

Il résonne pourtant de façon fort étrange.

 

FIFI

Je l’entends moi aussi.

 

LA BIBLIQUE

                                  Et si c’était un ange ?

 

CUNEGONDE

Il n’est pas l’heure encor de vos belles visions.

 

LA MADONE

On dirait un réveil, est-ce une illusion* ?

 

LANLAN

De Marie-Jo le sac vient ce terrible bruit.

 

JAVIERA (A Marie-Jo La Rouge)

Auriez-vous à ce point crainte d’être endormie ?

 

MARIE-JO LA ROUGE

Je n’ai pas de réveil, je vous le certifie.

 

FIFI

Mais c’est vrai votre sac fait un bruit inouï* !

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE (perfide)

C’est peut-être une bombe.

 

(On s’esclaffe)

 

CUNEGONDE

                                             L’imagination

Ne vous fait pas défaut. Selon vous nous serions

En danger ?

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

                   Je dis ce que je pense. C’est tout.

 

MARIE-JO LA ROUGE

C’est déjà beaucoup trop. Ne pense pas, surtout.

 

MAAME (fronçant les sourcils)

Il est vrai que ce sac a un air inquiétant.

Ce tic tac est trop fort. Il brise les tympans.

 

JAVIERA

Pensez-vous qu’il faudrait la brigade appeler ?

Isoler cet objet et le faire sauter ?

 

MARIE-JO (Outrée)

Mais vous êtes cinglés ! Laissez ce sac ici !

Je viens de l’acheter, il sort de Monoprix.

 

CUNEGONDE (tout à coup inquiète)

Crois-tu que ce soit une justification ?

 

LANLAN

Si au lieu de crier, la porte nous prenions ?

Alors nous verrons bien s’il y a explosion.

 

MARIE-JO LA ROUGE

Cet avis est stupide.

 

MAAME

                               Il est plein d’attention

Et révèle un bon sens qu’il ne faut éluder.

J’en suis sûre à présent, votre sac est piégé.

 

(Panique générale. On court dans tous les sens. Cunégonde et la Madone se glissent sous la table.)

 

LA MADONE (à genoux)

Dégage poufiasse, j’étais là avant toi !

 

CUNEGONDE (idem)

Dégage toi-même, je suis femme de roi !

 

LA MADONE

Tu crois que sur ma vie ça te donne le pas ?

 

CUNEGONDE

Je me fous de ta vie, je tiens à mes appâts.

 

(La Biblique tombe également  à genoux)

 

LA BIBLIQUE

Le jour est arrivé, j’entends là les trompettes,

Elles sonnent enfin, ça va être ma fête !

Oh Seigneur, protégez vos brebis égarées

Et dans votre algeco faites-moi donc entrer.

 

DAKTARI (Ouvrant le coffre aux vêtements)

Glissons-nous là-dedans, c’est une bonne planque.

 

FIFI (le repoussant pour prendre sa place)

Tire ton cul de là, vieux docteur à la manque !

 

DAKTARI

Mais je suis ministre ! Je me dois de survivre !

 

FIFI

Je suis premier ministre et c’est moi qui dois vivre.

 

LANLAN (intervenant)

Cette place est à moi, je suis l’opposition.

 

DAKTARI

Tu peux crever debout.

 

 

FIFI

                                    Et le doigt dans le fion.

 

FIFI ET DAKTARI

Ce grand coffre est à nous et tu ne l’auras pas.

 

LANLAN

On peut tenir à trois, ne le pensez-vous pas ?

 

(Ils se tassent dans la malle. Cunégonde et La Madone sont invisibles. Assise sur sa chaise, La Langoureuse Arielle se mire dans une glace de poche.)

 

MARIE-JO LA ROUGE

Ce sac est boursouflé. Et ce n’est pas normal.

Quelqu’un ici vraiment me veut beaucoup de mal.

(A la Langoureuse)

Vous ne vous cachez pas ?

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE

                                            La vie sans mon Fifi

Ne m’intéresse pas. Finir donc en débris

M’est alors bien égal.

 

JAVIERA (A Mââme)

                                   Appelle la brigade !

Ou nous allons finir ensemble en marmelade.

 

MAAME (montrant le portable dans lequel elle parle)

Et que fais-je à l’instant ? Je récure les sols ?

 

(Le tic tac devient de plus en plus audible et rapide.)

 

JAVIERA (courant à la porte)

Ca va sauter bientôt ! Tire-toi, vieille folle !

 

MAAME (reculant elle aussi vers la porte)

Les secours arrivent. Quittons donc cette pièce,

Laissons les invités, on dira une messe

Pour le salut de leur âme.

 

(La porte s’ouvre, la brigade apparaît, composée de cinq ou six martiens en treillis. Le sac de Marie-Jo gît au milieu de la pièce. Tout le monde est invisible sauf Javiera, Mââme, Marie-Jo la Rouge, la Biblique et la Langoureuse Arielle, cette dernière vérifiant avec méticulosité son rouge à lèvres.)

 

 

 

Scène 7

LES MEMES, LA BRIGADE

 

 

LE CHEF DE LA BRIGADE

                                          Où est l’objet ?

 

MAAME (presque dans le couloir)

Regardez, il est là ! Il s’agite beaucoup.

 

JAVIERA (cachée derrière la porte grande ouverte)

Il s’excite vraiment ! Par pitié, bougez-vous !

 

LE CHEF

Ce sac est hystérique, il faut l’exorciser.

A vos armes les gars, soyez prêts à tirer.

 

MARIE-JO LA ROUGE

Attendez un instant ! Je voudrais bien sauver

Mon beau drapeau rouge, cadeau du KGB.

 

LE CHEF (l’envoyant dans les rideaux de la fenêtre)

Tu ne sauveras rien, car l’engin écrasé

A ton tour ce sera d’être bien laminée.

 

MARIE-JO LA ROUGE (enroulée dans son rideau)

Mais je suis innocente !

 

LE CHEF

                                      Et moi je suis terrien !

Pour attendre, crois-moi, tu ne vas perdre rien.

 

MARIE-JO LA ROUGE

C’est une infamie !

 

LE CHEF (désignant la Biblique, statufiée)

                                 Enlevez-moi cette andouille

Qui gît dans ses visions, c’est un gros tas de nouilles.

Elle nous bouche la vue.

(On enlève la Biblique qu’on transporte dans le couloir.)

                                       Attention ! Prêts ? Feu !

 

(Mitraillage du sac, lequel fait un grand bond puis explose à l’instar d’un ballon de baudruche. Cris divers, fumée, toux.)

 

LA MADONE (cachée)

C’en est fait je suis morte, ô ma piscine adieu !

 

CUNEGONDE (cachée)

Moi aussi je me meurs. Au revoir Président !

 

LE CHEF (surpris)

D’où viennent donc ces voix ? Le fait est surprenant.

 

MARIE-JO LA ROUGE (toujours dans son rideau)

Oh mon beau sac chéri, je ne te verrai plus !

Te voilà en morceaux ! Et je n’ai pas de glu !

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE (Toute noire, quasiment en haillons)

Vision terrifiante ! Ma peau s’est assombrie !

Mes ongles sont tout noirs, ma blondeur s’est ternie !

Et ma robe du soir n’est plus que bouts d’étoffe !

Me voilà presque chauve et semblable à un œuf !

 

LE CHEF (émoustillé)

Il est vrai que l’habit fait rarement le moine ;

Le vôtre en ce moment est tout à fait idoine.

Le contenant n’est plus mais quant au contenu

Il est appétissant, on vous mangerait crue.

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE (Minaudant)

Vous êtes trop gentil. Peut-être que Fifi

Aimera ma tenue et changera d’avis.

 

(Le couvercle de la malle se soulève : trois paires d’yeux apparaissent.)

 

FIFI

C’est fini ?

 

LANLAN

                 On peut sortir ?

 

DAKTARI

                                           On ne risque rien ?

 

MARIE-JO LA ROUGE (méprisante)

Regardez-moi ceux-là ! Ces trois méchants vauriens

Du parfait déserteur méritent la médaille !

 

LE CHEF (s’approchant de Marie-Jo)

Haut les mains tout de suite espèce de canaille !

 

MARIE-JO LA ROUGE

Je veux bien obéir mais dis-moi la façon,

Quand tu m’as ligotée comme un vieux saucisson.

Désenroule-moi et je lèverai les mains.

Mais tu fais fausse route : je n’y suis pour rien.

 

LE CHEF (la désenroulant)

Et c’est mon sac peut-être qui a explosé ?

 

MARIE-JO LA ROUGE

Comme toi mon ami je suis très intriguée.

Pourquoi dans mon grand sac avoir mis cette bombe ?

 

MAAME (s’avançant)

Tu voulais, terroriste, faire une hécatombe.

Supprimer Cunégonde, tuer la Madone,

Exterminer ainsi nos augustes personnes !

 

MARIE-JO LA ROUGE

Pour cette boucherie je n’ai point de mobile.

Kamikaze ne suis, espèce d’imbécile !

Je demande justice à l’Empereur de Mars.

 

MAAME (se tournant vers la porte)

Ton vœu est exaucé. J’entends craquer ses tarses.

 

(Entre l’Empereur, majestueux mais surpris.)

 

Scène 8

LES MEMES, L’EMPEREUR

 

L’EMPEREUR

Que se passe-t-il ? Serait-ce une exposition ?

Dans le couloir j’ai eu cette atroce vision :

Une statue bouddhique énorme et contrefaite,

Qui balbutie des mots très étranges et bêtes.

Est-ce un automate ? Quel est donc le sculpteur

Qui a commis ainsi une si triste horreur ?

 

CUNEGONDE (sortant à quatre pattes de son abri)

Votre Majesté, ce n’est point une sculpture.

Votre opinion sur elle me semble assez dure.

Ce n’est que la Biblique.

 

L’EMPEREUR (estomaqué)

                                        Pourquoi rampez-vous ?

Point n’est besoin de vous traîner à mes genoux.

Vous incliner suffit.

 

CUNEGONDE (toujours à quatre pattes)

                                   Voyez bien ce bordel :

D’une cour sereine adieu donc le label !

Nous fûmes obligés, pour sauver notre vie,

De nous cacher ici.

 

LA MADONE (sortant elle aussi en rampant)

                               Je dois faire pipi

Ou c’est la catastrophe. Où sont donc les toilettes ?

 

L’EMPEREUR (complètement out)

A gauche en sortant.

 

JAVIERA (toujours derrière la porte)

                                 Passez bien la balayette

Quand vous aurez fini.

 

(La Madone sort en courant. Un léger instant de flottement.)

 

 

 

 

Scène 9

LES MEMES moins LA MADONE

 

 

L’EMPEREUR

                                    Suis-je en train de rêver ?

 

 

LE CHEF (Au garde à vous)

Au cauchemar plutôt on vient là d’échapper.

On a pu déjouer* un affreux attentat,

Commis par Marie-Jo, l’infâme que voilà.

Elle a voulu ici faire sauter la cour

En mettant dans son sac, cet horrible vautour,

Une bombe à retardement. Voyez ceci :

Ce magma très informe, c’est bien les débris

De l’infernal engin.

 

L’EMPEREUR

                               Seigneur, quelle aventure !

D’une terroriste vous n’avez pas l’allure.

Vous cachez votre jeu.

 

MARIE-JO LA ROUGE

                                             Je répète, grand sot

Que je n’y suis pour rien.

 

MAAME

                                         Quelle tête de veau !

Prise en flagrant délit, ça persiste à nier.*

Mais si ce n’est pas toi, qui a voulu tuer*

Les si grands personnages ici assemblés ?

 

MARIE-JO LA ROUGE

Aucune idée.

 

MAAME

                     Alors ce serait quelqu’un d’autre ?

La Madone, peut-être ou bien son bon apôtre ?

 

MARIE-JO LA ROUGE

Qui sait ?

 

LANLAN (jaillissant du coffre)

               Traître !

 

JAVIERA (sortant enfin de derrière sa porte)

                             Une piste sérieuse on nous donne.

Je n’ai pas trop confiance en la fausse Madone.

Elle pourrait bien être cette terroriste

Qui fourra dans le sac cette arme communiste.

Mais où se cache-t-elle ?

 

MAAME

                                      On l’a laissée partir !

Les toilettes aussi elle va démolir !

 

 

LE CHEF (prêtant l’oreille aux bruits du couloir)

Rassurez-vous, Madame, elle tire la chasse.

L’heure n’est point venue d’une nouvelle casse.

 

(Rentrée de la Madone)

 

 

 

 

 

Scène 10

LES MEMES, LA MADONE

 

LA MADONE

Comme cela va mieux ! Je suis prête à présent

Pour être présentée à l’Empereur céans.*

 

L’EMPEREUR

Saisissez-là de suite !

(Les gens de la brigade se jettent sur la Madone et la ceinturent.)

 

LA MADONE (offusquée)

                                     Qu’est-ce qu’il vous prend ?

 

L’EMPEREUR

Il me prend chère amie qu’à nous-mêmes tu mens.

Tu es venue chez moi pour tout faire sauter,

Ton crime avait été là bien prémédité.

Cunégonde envolée, sa cour exterminée,

Tu pouvais désormais t’installer à sa place.

 

LA MADONE

Empereur de mes deux, crois-tu que la radasse

Vaille qu’on imagine un sublime attentat

Pour la dégommer ? Tu délires. Je vois là

Quelque belle invention pour m’écarter d’ici.

Ce boa constrictor semble avoir réussi

A me calomnier moi, la Madone invincible.

Elle se sert de vous pour atteindre sa cible.

Quelle raison Seigneur aurais-je de vous tuer ?

La Sainte Veuve oui, on peut la supprimer,

Ca ne me gêne pas.

 

L’EMPEREUR

                              Tu avoues !

 

TOUS

                                                  Elle avoue !

 

LA MADONE

Vous voulez tous ici me traîner dans la boue !

Maintenant je me tais, je n’ai rien à vous dire,

Comme Saint-Just le fit, en moi je me retire.

 

L’EMPEREUR (aux gens de la Brigade)

En cul de basse fosse allez donc les jeter,

A leur procès bientôt il leur faudra parler.

 

LANLAN (affolé)

Mais…

 

LA LANGOUREUSE ARIELLE (étonnée)

              Pourquoi m’emprisonner ?

 

MARIE-JO LA ROUGE

                                                          Erreur judiciaire !

Vous regretterez tous de m’avoir mise à terre !

 

LE CHEF

Tu menaces, la rouge ?

 

L’EMPEREUR

                                   Il suffit, je le veux.

Toute la bande au clou et gardez bien les yeux

Sur ces odieux malfrats. Je vais au Président

Raconter cette histoire, il viendra sûrement

Punir ces infâmes traîtres qui déshonorent

La cour et le pays de cet homme si fort.

 

(Ils sortent)

 

(A suivre)

 

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