12 novembre 2007
Loïc fait du ski bar
LOÏC FAIT DU SKI BAR
Avez-vous déjà rencontré quelqu’un qui aime autant la neige, le froid, la glace que Loïc ? Non, sûrement pas. La preuve, ne pouvant supporter un hiver sans frimas, il est allé s’enterrer dans un village en plein milieu du Jura pour mieux pouvoir goûter les joies que lui procure la vue de cet entassement blanc qui, pour certains, est synonyme de pureté originelle et de luminosité céleste, et pour d’autres, beaucoup plus prosaïques, de pieds mouillés et de glissades intempestives, voire de chutes spectaculaires.
Ne lui demandez cependant pas de vagabonder, tel un gracieux chevreuil, sur les pistes enneigées. Ce n’est pas son genre et cela ne correspond certainement pas à sa vision d’un dimanche sportif. Après avoir sacrifié une heure ou deux à la mode de l’endroit –ski de fond ou raquette, mais vite fait et sans se fatiguer- Loïc s’adonne avec une voluptueuse satisfaction à son sport favori : le ski bar.
S’étant posé sur le nez ses lunettes de soleil, ayant mis son bonnet de laine, enfilé un fuseau bleu sombre et un anorak rouge, chaussé ses après-ski fourrés, Loïc s’installe en plein soleil à la terrasse d’un café. Il allume une cigarette et fume tranquillement, tout en détaillant avec une immense satisfaction la carte des boissons et des pâtisseries que le bar offre.
Pendant que Loïc fait bronzer son noble visage de patricien romain, sa compagne zigzague comme une folle sur les pistes, double tout le monde, fait des acrobaties insensées, tout cela à la grande contrariété de Loïc qui pense : « si elle se nique une jambe, on fait quoi, après ? ». La casse-cou met toutefois bientôt fin à ses excentricités et vient le rejoindre à la terrasse. Comme elle a oublié d’enlever ses skis pour marcher, elle se fait assez vite remarquer, à la grande réprobation de Loïc.
Il n’a toujours pas choisi ce qu’il voulait déguster, et cela fait trois fois que le serveur, très obligeant, vient lui demander s’il s’est enfin décidé. Il hésite entre un chocolat chaud et un thé au jasmin, une tarte Tatin et deux mille-feuilles ; Fabiola, sa compagne, ayant rectifié son erreur, a déjà commandé un café et une assiette de petits gâteaux. Lorsque le serveur vient poser devant elle le plateau, Loïc ne sait toujours pas quoi prendre. Cette indécision l’énerve beaucoup, il en pleurerait presque.
Fabiola déguste à petites gorgées son café, savoure ses gâteaux. Pendant ce temps, Loïc se ronge les sangs : chocolat ou thé ? Mille-feuilles ou Tarte Tatin ? Et en plus, il vient de découvrir dans la carte une Forêt Noire. C’est la fin de tout. Le choix entre deux possibilités était déjà impossible, mais maintenant qu’il y en a trois, voire quatre parce qu’il y a aussi un cochon rose, cela devient infernal. Loïc se ronge les phalanges d’angoisse. Sa compagne lui fait remarquer qu’à ce train-là, il n’aura plus de quoi tenir le volant le soir et qu’il faudra qu’elle conduise elle-même leur carrosse à quatre roues.
Loïc est au bord des larmes et de la crise de nerfs. Fabiola, qui a fini depuis une demi-heure et a déjà fumé trois cigarettes lui conseille de tout commander. « Mieux vaut prendre des kilos qu’une attaque d’apoplexie », dit-elle très sagement. Loïc est soulagé. Il appelle le serveur. Mais il a tellement tergiversé que ce n’est plus le même et qu’il n’y a plus de tarte Tatin, plus de forêt Noire et plus de Mille-feuilles. Le désespoir envahit Loïc : ça ne va pas recommencer ?
Alors Fabiola prend les choses en main : elle commande n’importe quoi, au hasard, et affirme que « de toutes façons, ce sera très bien mon chéri, tu verras. »
Le serveur apparaît. Il dépose devant Loïc une grande tasse de chocolat chaud, une théière fumante, une autre tasse, un peu plus petite, deux tartes au citron, trois cochons roses, deux énormes parts de gâteau au chocolat et quelques tartes aux fruits. Loïc fronce les sourcils, mécontent. « Je n’aime pas la tarte au citron », dit-il. « Ce n’est pas grave, répond Fabiola avec un sourire. Je les mangerai. Quant au reste, mon chéri, tu es suffisamment gourmand pour l’engloutir toi-même. »
Le fait est que quelques instants plus tard, il ne reste quasiment rien de ce petit goûter, mise à part la vaisselle, trop lourde à digérer. Loïc se détend enfin, allonge les jambes, se carre au fond de son siège, dissimule prestement un rot inconséquent qui prouve à quel point il a bien mangé et s’apprête à profiter pleinement du soleil. Las ! C’est quasiment le crépuscule et l’astre du jour ne bronze plus rien. Il faut repartir.
Loïc a de la peine à s’extirper de son fauteuil en plastique. Il gémit qu’il a grossi et que cette intempérance dominicale va être fatale à sa ligne. « Mais non, dit Fabiola. Les bourrelets étaient déjà là. On reviendra la semaine prochaine et tu les feras fondre au soleil. » Cette perspective rassérène Loïc. Puisqu’on ne le privera pas de son sport favori, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Non, Loïc n’est pas un énergumène. C’est même un homme absolument délicieux. Mais il a quelques défauts, comme tout le monde…
MORALITE : L'indécision n'empêche pas l'indigestion.
07:00 Publié dans Portraits et anecdotes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Humour, caricature, satire, littérature, portraits, fables


















Commentaires
Comme on le retrouve ce sacré Loïc !!!! La main vengeresse roderait-elle dans les parages ? Ou est-ce le lézard du gard métamorphosé ? Les deux ? A suivre... !?
Ecrit par : Luc | 20 novembre 2007
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