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10 septembre 2007

Le bal infernal

Voici une légende qui nous vient directement de Prague. Elle est tirée d’un ouvrage regroupant de nombreux contes concernant la capitale tchèque.

Ce conte a été écrit par Jan. M Dolan et traduit par Eva Janovcová.

 

 LE BAL INFERNAL

Jadis on organisait des bals magnifiques au palais Liechtenstein. Toutes les Pragoises en parlaient et beaucoup brûlaient d'y assister.

La fille du plus riche meunier de Mála Strana rêvait elle aussi d'aller danser au fameux bal. Un jour qu'elle se coiffait et se regardait dans son miroir, elle se dit à voix haute qu'elle donnerait bien son âme au diable pour réaliser son vœu.

Toute son enfance, elle avait contemplé les superbes carrosses qui se dirigeaient vers le palais, elle avait admiré les dames et leurs cava­liers qui en descendaient, elle avait écouté la musique qui s'échappait des fenêtres brillamment éclairées.

Pendant des années, elle s'était imaginé ces fêtes comme un véri­table enchantement -le paradis sur terre.

Peu de temps après qu'elle eut prononcé le souhait devant son miroir, un valet en livrée se présenta au moulin, lui portant une invitation pour le bal.

Son père était riche, mais elle dut fort insister pour qu'il accepte de payer une toilette somptueuse : elle entendait être la reine du bal. Les parents finirent par céder, pensant que l'investissement pourrait être profitable: sans doute, leur fille trouverait-elle au bal un noble et riche prétendant ...

La robe qu'elle se fit faire était merveilleuse. Longtemps elle se mira dans la glace, se tournant de côté et d'autre. «Aucune princesse ne sera aussi belle que moi », se disait-elle.

Elle se demandait toutefois quels bijoux porter avec une si belle toilette. Ceux qu'elle possédait lui paraissaient bien modestes pour une telle occasion et elle savait que son père, qui avait déjà hésité à payer ses atours, ne lui en achèterait pas.

Elle désespérait déjà, quand le valet qui avait porté l'invitation, se présenta à nouveau. Cette fois il lui remit un écrin que – dit-­il - envoyait son maître. Mais il ne dit point qui était ce maître. Il demanda simplement à la jeune fille de signer un reçu. Sans regarder, elle apposa sa signature sur un papier.

Dès que le valet fut parti, elle ouvrit l'écrin et en fut éblouie : il contenait le plus beau collier qu'elle eût jamais vu. Ses diamants étincelaient comme de petits soleils. « Sûrement quelque gentilhomme tombé amoureux de moi », se dit la jeune fille.

Le soir, en s'approchant dans son carrosse du palais aux fenêtres flamboyantes, elle se sentait plus heureuse qu'elle ne l'avait ja­mais été. Aucune des femmes présentes dans la grande salle de danse n'avait une robe aussi belle, un collier aussi resplendissant.

Elle fit son entrée au moment où les musiciens attaquaient un menuet.

Aussitôt un danseur s'inclina devant elle et ils se mirent à danser. « A coup sûr c'est celui qui m'a envoyé le collier et qui est amoureux de moi », pensa-t-elle. Elle le regardait, fascinée. « Peut-être est-ce un noble Espagnol, il y en a beaucoup maintenant à Prague… » Elle dansait les yeux mi-clos, dans la salle illuminée comme dans un im­mense nimbe doré...

Son cavalier ne lui adressa pas une parole.  Sans doute est-il timide », pensa-t-elle.

Le menuet terminé, il sortit un billet de sa poche et le lui tendit. « Probablement ne connaît-il pas notre langue », se dit-elle et elle pen­cha gracieusement la tête sur le papier. « Pour sûr vais-je y lire une déclaration passionnée"

Elle vit tout d'abord sa propre signature et, quand elle se mit à lire, un cri lui échappa. Elle avait devant les yeux le « reçu » qu'elle avait signé au valet lors de la remise de l'écrin. Saisie d'effroi elle se rendit compte de ce qu'elle avait signé : le don de son âme au diable. Tremblant d'épouvante, elle leva les yeux vers ceux du cavalier qui se tenait près d'elle : un sourire de triomphe se dessinait sur ses lèvres.

Elle lâcha un gémissement et s'affaissa. Son cœur avait cessé de battre.

Les danseurs formèrent un cercle autour d'elle, la contemplant avec stupeur dans sa robe ravissante : elle gisait morte sur le sol, le visage empreint d'une angoisse indicible.

Le gentilhomme qui avait dansé le menuet avec elle était parti... Disparu.

La mère de la jeune fille infortunée se fraya un passage à travers la foule des curieux et se pencha sur sa fille. La voyant morte, elle s'évanouit.

Le carrosse qui avait amené la mère et la fille vers le palais res­plendissant de lumières les ramenait maintenant dans l'obscurité. Depuis cette nuit, le fantôme de la malheureuse fille du meunier hante le palais de Liechtenstein ; il erre à travers les salles dont elle avait tant rêvé de son vivant.

Trop souvent, croyant réaliser son plus beau rêve, l'homme se retrouve en enfer.

 

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