09 septembre 2007
Cunégonde en enfer : épisode XVIII
Episode 18 : Daktari rappelle sa présence et expose son dilemme cornélien – interventions de Rosie, Fifi, Lanlan – La Langoureuse Arielle blablate – BHL, tel Jean-Baptiste maudissant Hérodiade, anathématise – Satan prend sa décision.
DAKTARI
O Prince des ténèbres, de l’enfer maudit,
Vous m’avez oublié, et pourtant là je suis.
Certes je ne dis rien mais n’en pense pas moins,
De ces divagations, je suis muet témoin.
SATAN
Toutes mes excuses, Daktari, cher boy-scout,
Vous étiez silencieux, je vous ai cru out.
Mais bien visiblement, ce n’était pas le cas.
Parlez, vous prie-je à gémir n’hésitez pas.
DAKTARI (offensé)
Pourquoi gémirais-je, Seigneur ? Me croyez-vous
Identique à ceux-là qui crient comme des poux
Dès lors que leurs photos en grand dans les journaux
Ne sont plus à la une ?
LA MADONE
Et toi dans un zoo
Tu ne déparerais pas, vieux singe ridé,
Traître qui devant moi ose encore trop parler.
Quelle guimauve encor vas-tu nous infliger ?
Sois donc humanitaire et ferme ton clapé.*
* La Madone a, elle aussi, chopé l’accent de la Drôme du sud.
SATAN
Sur vos propositions qu’il donne son avis.
D’en vraiment tenir compte obligé je ne suis.
NONO
Votre altesse a tout à fait compris mes leçons.
SATAN
Il faudrait être idiot pour rater l’hameçon.
Parlez, Daktari.
DAKTARI
Et que vous dire, Seigneur ?
Je suis écartelé. D’un côté mon bon cœur,
De l’autre mes intérêts. Ministre je suis,
Ou plutôt je l’étais ; puis-je avancer ainsi
Une opinion tranchée ? Impossible, votre Altesse.
Le Président s’apprête à me botter les fesses
Si je dis des bêtises. Ma fonction, je l’aime
Je fais tout mon possible et plus encore même
Pour la récupérer. Et mon beau ministère
Que m’envient les jaloux, la terre toute entière,
N’attend qu’un mot de moi pour venir dans mes bras.
Il a, croyez, Seigneur, de superbes appâts
Bien propres à me faire hésiter. Le pouvoir,
L’argent, les voyages. C’est un trop beau miroir
Pour mon ego flatté. Je ne puis me résoudre,
A risquer de le voir ainsi partir en poudre.
LA MADONE
Donc, tu es bien d’accord, espèce de vandale,
Avec les idées de cet horrible chacal ?
DAKTARI
Pas vraiment, ô Madone et c’est là mon souci.
Mon grand cœur trop souvent à bien gémir s’oublie.
Quand je vois dans la rue les malheureux errer,
Quand je vois tous ces gens ne sachant où loger,
Quand j’entends ces sanglots qui montent de l’abîme,
Quand je vois tout ce peuple au bord de la déprime,
Je me mets à pleurer.
CUNEGONDE
Oh, comme c’est touchant !
Vous êtes donc un saint et nous des mécréants !
Pourtant il me semble que votre appartement
N’a rien à envier aux plus fiers monuments.
Chambord, par exemple.
DAKTARI
Renseignez-vous donc mieux,
Ma chère. Mon logis à Paris est miteux,
Dix pièces seulement, même pas de balcon.
Ainsi je vous en prie, veuillez changer de ton.
SATAN
Si nous revenions à nos moutons ?
DAKTARI
Avec joie.
Je disais donc, avant que du Président, l’oie
Ne vienne ici glapir, que j’étais consterné,
Par les spectacles affreux que je dois contempler.
Ainsi ne puis-je totalement adhérer
Aux propositions de mon chef adoré.
Je m’incline néanmoins devant lui.
NONO (méprisant)
Faux cul !
A trop lécher la botte, tu finiras vaincu !
LE PRESIDENT
Sois calme, ô Daktari, le message est passé.
Je t’ai bien entendu, tu vas récupérer
Ton beau ministère, mais dis donc haut et fort
Que j’ai sur tout raison et que tu as bien tort.
DAKTARI
Je l’admets volontiers.
SATAN
Une chose de réglée.
Un message, Rosie, à nous communiquer ?
(Léger remous parmi les participants à la table ronde/carrée. Des voix s’élèvent du dehors, nombreuses, excitées, et réclament « plus de justice, plus de libertés, moins de boulot, sinon, ça va chauffer ! » (On remarquera qu’ici les alexandrins sont devenus décasyllabes. Merci d’applaudir ce tour de force de l’auteur.) Daktari pâlit. Satan garde tout son calme. Le Président s’agite. Tous les regards sont braqués sur Rosie qui, dans son tailleur rose, se lève.)
ROSIE (grandiloquente)
Vous tous écoutez-moi ! D’un atroce complot
Je suis la victime. Ce Président si beau
Que j’ai tant adoré m’a envoyée là paître
Quand j’ai voulu céans près de lui apparaître.
Mes explications il n’a point entendu,
Il m’a jetée dehors avec son pied au cul.
Je demande justice.
CUNEGONDE
Toujours aussi sotte,
Elle n’a rien compris, de plus en plus idiote,
Elle va nous casser la baraque.
LE PRESIDENT
Certes non.
Vous allez voir. Rosie, ô toi, la plus canon,
Viens là près de moi.
(Rosie s’exécute de mauvaise grâce) Que ce tailleur est donc beau !
Où l’as-tu acheté ? (A Cunégonde) Voyez comme ce dos
Est bien mis en valeur. On dirait la Bardot
Avant qu’elle ne soit devenue ce râteau
Que l’on connaît. N’a-t-elle pas là fière allure ?
CUNEGONDE (hypocrite jusqu’au bout de ses cheveux)
Oh que si, cher époux. Tout en elle est dorure.
Si aux diables ainsi elle montre sa hure,
Il faudra que Satan distribue du bromure
Pour les calmer.
ROSIE (épanouie)
La moi Présidente exagère.
LE PRESIDENT
Elle a raison vraiment, et vous serez j’espère,
D’accord pour reprendre votre beau ministère.
ROSIE (battant des mains)
Oh, oui !
LE PRESIDENT
Mais à une condition très spéciale :
A Satan vous direz, et ce n’est pas un mal,
Que mes propositions vous agréent en tout point.
LA MADONE
N’appelle-t-on pas cela un tour de malin ?
SATAN
Si, mais c’est bien joué. Alors, qu’en dit donc Rosie ?
ROSIE
Qu’il dit juste, Seigneur. Et qu’il soit obéi.
SATAN
Bien. A Lanlan maintenant. Je veux ici ouïr
De l’opposition la voix et d’elle m’instruire.
LANLAN
Ne commettez pas au nom du fric, ô Seigneur
Ce qui va je le crains être une grave erreur.
Ecoutez votre peuple, entendez donc sa voix.
Il est là, au dehors, il proteste et je vois
Un avenir radieux pour lui comme pour vous
Si vous ne suivez pas ce gros tas de saindoux.
Nono est un traître, il ne parle que de lui,
Parce qu’il a trop peur que sa tronche on oublie.
Ce en quoi il a tort, une pareille tête
Ne saurait s’oublier tellement elle est bête.
SATAN
Que proposez-vous donc ?
LANLAN
Depuis quand, votre Altesse,
Proposé-je ? Vous le savez bien, je ne cesse
De critiquer. Mais que puis-je bien dire ici
Quand mon rôle se borne à crier sans merci ?
Mon cerveau est bien vide et celui de Madone
Se réduit au cerveau d’un vieux magnétophone.
Ce qu’on lui a dicté elle ne sait que redire,
J’en suis au même point et c’est même bien pire.
SATAN
Bref ? Ton avis ?
LANLAN
Faites comme vous l’entendez.
Mais ne suivez donc pas des avis insensés.
SATAN
Me voilà bien avancé. Fifi, c’est à vous.
FIFI (Après s’être raclé la gorge)
En tant qu’ancien troué, moi, le premier ministre,
Je déclare bien haut, sinon je suis un cuistre,
Que la majorité en tout point a raison,
Qu’à balancer ainsi ce n’est pas de saison.
Des réformes il en faut, c’est même primordial,
Tant pis pour les ratés, flanquez-les donc au pal.
Que votre gré soit loi, que votre loi s’imprime
Dans tous les esprits forts et tant pis pour le crime.
Des études j’ai fait et elles m’ont appris
A ne pas tenir compte des larmes, des cris.
L’économie, voilà le maître mot, Seigneur !
La culture et le reste ne sont que du beurre !
Le pouvoir j’ai acquis, et j’entends bien du reste
A ceux qui m’ont élu ne pas lâcher du lest.
LE PRESIDENT
C’est moi qui suis élu. Evite de confondre !
FIFI
Mais vous m’avez nommé. Et je peux certes pondre
Plein de décrets affreux pour entuber les gens.
Je ne le ferai pas car je suis trop prudent
Pour agir ainsi. Je compte sur l’Assemblée
Pour ma volonté suivre et tout bien ramasser.
Je suis un politique et non pas l’abbé Pierre,
Que m’importe à moi donc la vie des vers de terre ?
Quand l’enjeu est crucial, cruel je sais être
Je n’ai pas de remords, je ne suis pas un prêtre,
Et crois sincèrement que notre économie,
Des sacrifices vaut, y compris ceux des vies.
SATAN
Diable ! C’est raide !
FIFI
Je suis un libéral,
Ma conscience me dit que ce n’est pas un mal.
Voilà mon opinion.
LE PRESIDENT
Quel merveilleux serviteur !
Sans âme et sans regret, c’est un vrai promoteur !
Bel homme qui plus est, ça peut vraiment servir
A baiser plein de gens et les dames séduire.
SATAN
La langoureuse Arielle, de son opinion
Nous fera-t-elle part ?
LA LANGOUREUSE ARIELLE (se levant elle aussi)
Ecoutez, maquignons !
Vous me connaissez tous, vous savez qui je suis.
J’ai laissé ma cervelle au fin fond d’un grand puits.
Je me mirais dans l’eau, j’étais toute contente
De me voir si belle dans le trou, et l’attente
De mon beau fiancé en avait plus de prix.
Et soudain, ô prodige, ma tête s’ouvrit
Ma cervelle tomba, dans l’eau se répandit.
Je n’ai donc plus d’idées, je fais n’importe quoi,
Je dis des inepties, je chante sans ma voix
Et ça marche ! Interrogez donc mon banquier,
Des euros il dira que j’en ai par milliers.
SATAN (bienveillant)
Nous savons tout cela. Ce n’est pas le problème.
Vous digressâtes un peu. Pouvez-vous ci même
Nous dire franchement si vous êtes d’accord
Avec des discours qui viennent de tout bord ?
LA LANGOUREUSE ARIELLE
La digression est une de mes passions.
Je ne puis m’exprimer sans circonvolutions.
Je cherche en vain hélas à être intelligente
Mais ne le puis, Seigneur.
LA MADONE
Qu’elle est donc emmerdante !
Elle nous pompe l’air. Dites lui de se taire !
LA LANGOUREUSE ARIELLE
Donc une opinion je ne peux pas me faire.
Décidez sans moi. J’aurais voulu cependant
Tant vous faire plaisir, mais ce crétin très chiant,
Autrement dit l’auteur, rimailleur de poubelle,
Tout juste bon ma foi à laver la vaisselle,
Obligé de me faire déparler se croit.
Je le hais, Majesté, mettez-le donc en croix
Quand il sera crevé. Car votre enfer l’attend.
On n’écrit pas de conneries impunément.
Tous nos actes se paient, voyez donc BHL
Trempant dans son chaudron, le feu sous les aisselles.
(On entend à ce moment-là un rugissement effroyable montant des abîmes infernaux. Tout le monde sursaute, y compris le Président.)
LA VOIX DE BHL
Où est-elle, l’impure ? Où est donc ce parjure ?
Où est l’atrocité ? Où est cette raclure ?
Je la veux près de moi, elle doit y passer
Par des écrits aussi elle a contaminé
L’univers. De plus elle a chanté. Et très faux.
Elle me trahit enfin avec un gros bobo !
Où es-tu, vieux fémur ? Nouvelle Jézabel !
Vieil os décalcifié ! Squelette à ritournelles !
A la punition tu n’échapperas pas !
Tu trembleras salope à l’heure du trépas !
Que mon maître Satan entende ma prière
Et fasse donc de toi une atroce sorcière !
LA SORCIERE (vexée)
Et bien, il est poli ! Et c’est bien fait pour lui
S’il trempe dans la soupe et se cuit le zizi.
LA VOIX DE BHL
Où es-tu la traîtresse ? Où es-tu vieille carne ?
Où es-tu, sale impie ? Où es-tu grosse darne ?
Je te maudis Arielle et pour l’éternité !
Je te l’ai déjà dit, mais j’aime répéter
Ce que j’ai proféré et ce que j’ai écrit.
Sans moi tu n’es plus rien, pas même un pain rassis !
C’était moi ta pensée, c’était moi ton cerveau !
Tache donc maintenant de trouver un vieux beau
Qui te supporteras, bête comme tes pieds,
De toi fera l’idole d’un public taré
Et sans frémir enfin écoutera ta voix
Filet inaudible gluant comme la poix !
LA MADONE
En verve il a gagné ce qu’il perd en génie.
Ses anathèmes sont vraiment très réussis.
Dommage que vivant, il n’ait pas su écrire
De si belles tirades. Comme il a fait pire,
Il me semble normal que dans son grand chaudron,
Il cuise maintenant, avis à tous les cons !
SATAN
La sorcière céans veut-elle intervenir ?
LA SORCIERE
J’ai effectivement bien des choses à dire.
Seigneur, vous entendez comme moi au-dehors,
Hurler les diablotins dans tous les corridors
Du palais. De pitié n’êtes vous pas saisi
Quand tout le peuple entier, par ses terribles cris,
Vous implore Seigneur de ne pas augmenter
Les heures de travail qui sont déjà serrées ?
Comment voulez-vous donc qu’on punisse vraiment
Quand la fourche on ne peut, et même le trident,
Tenir correctement tant on est fatigué ?
C’est trahir un serment ! C’est trahir les damnés !
De nous ils attendent un travail soigné,
Les clients ont le droit d’être bien maltraités.
C’est notre réputation que je défends là,
Notre future gloire et même notre aura.
Voulez-vous que là-haut, les gens puissent penser
Que votre enfer à vous ne sait plus rien brûler ?
SATAN (pensif)
De tous les discours, le tien est le plus sensé.
Ce n’est pas étonnant car je t’ai bien dressée.
Tu n’es pas une humaine, tu raisonnes bien
Et tu sais en un mot montrer le droit chemin.
CUNEGONDE (froissée)
Ainsi donc, Seigneur, je suis venue pour des prunes ?
SATAN
Calmez-vous Cunégonde, et songez que la une
De vos journaux locaux vous rendra bien justice.
Vous serez pour le monde un sublime solstice.
Vous serez encensée, on parlera de vous
Ce qui plaira je crois à votre cher époux.
LE PRESIDENT
Ma femme n’est pas moi et de loin il s’en faut.
Je veux qu’elle se taise et ne dise un seul mot.
Elle n’a pas à paraître et que les tribunaux
Aille ailleurs se faire voir avec ou sans leur sceau.
SATAN
Je vous ai écouté, et j’ai bien réfléchi.
Ma décision est prise et la voici, amis.
Ouf ! Nous voici enfin parvenus au terme de cette interminable conférence. Satan va tout nous dire. Mais plus tard, d’accord ? Ces gens-là saoulent prodigieusement. Coupons donc le son pendant quelques heures, ça nous fera des vacances…
(A suivre)
08:20 Publié dans Conte politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Humour, satire, littérature, Sarkozy, PS


















Commentaires
Merci très chèr pour votre délicieux feuilleton que je vais de ce pas mettre en scène pour le prochain festival d' Avignon.
Ecrit par : Ariane Bouquine | 09 septembre 2007
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