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08 septembre 2007

Fan Jiangshan et son patron

 

CONTE D'EXTREME-ORIENT 

Fan Jiangshan et son patron

(Conte Miao)

Fan Jiangshan travaillait à demeure chez un pro­priétaire foncier.

Chaque matin, à peine les étoiles disparues, il se levait pour aller travailler dans les champs et il en re­venait quand la lune montait au ciel. Il était si alourdi par son travail qu'à la fin de la journée, il se traînait plutôt qu'il ne marchait. Il supportait cela, mais ce qui lui paraissait intolérable, c'était que le propriétaire se régalait chaque jour de viande et de fromage de soja, pendant que lui, Fan Jiangshan, ne mangeait que du riz à peine décortiqué avec quelques piments au vinaigre. Même à la fête du Nouvel An et pour les autres fêtes ainsi qu'à la saison des grands travaux tels que le repiquage du riz, le propriétaire ne lui don­nait, en plus, qu'un bol de riz gluant et un bol de fromage de soja. Fan Jiangshan en avait des colères froides ; il se demandait comment il pourrait bien se débrouiller pour avoir quelque chose de bon à manger.

Une année, au moment du repiquage du riz, il trouva enfin un truc. Il savait que son maître engraissait un cochon et il décida qu'il le mangerait à lui tout seul.

Un soir, après le travail, il dit à son patron :

« Vous avez beaucoup de terre, je suis seul, je ne pourrai pas y suffire, mais le repiquage doit être fait à temps, voulez-vous embaucher quelques journaliers pour m'aider ? » « Embaucher des journaliers ! Mais c'est trop coû­teux, j'ai confiance dans tes capacités et je suis sûr que tu y arriveras », répondit le propriétaire. « Mais vous savez que si on ne repique pas à temps, ce sera une perte encore plus grande. » « Est-ce qu'il y aurait des journaliers qui accep­teraient de travailler pour leur nourriture seulement ? » s'enquit alors le propriétaire avec curiosité.

A ces mots, Fan Jiangshan pensa : « Quelle avarice ! Tu es un sans-cœur, tu ne penses qu'à prendre sans jamais rien donner. Mais en ce bas monde ça n'ira pas comme ça. » Il répondit cependant :

« Oui, il y en a qui travaillent sans demander de salaire, mais ils veulent être bien nourris. Si vous tuez votre cochon pour les nourrir, ils viendront sûrement travailler pour vous. »

Le propriétaire dit en secouant la tête : « J'engraisse le cochon pour la fête du Nouvel An, et tu veux que je le tue pour de simples journaliers ? Tu es fou ! » « Naturellement, c'est votre affaire, répondit Fan .Jiangshan, mais si vous ne donnez pas de viande à manger, vous ne trouverez personne. »

Le patron ne soufflait mot. De toute évidence il calculait mentalement. Fan Jiangshan s'en aperçut et dit :

« Les comptes sont les comptes, un cochon coûte moins cher que le salaire d'une dizaine de journaliers. Si j'étais à votre place, je n'hésiterais pas, je le tuerais. Ce serait donner un œuf pour avoir un bœuf et ce serait plus honorable pour vous ... »

Enfin, le propriétaire se laissa convaincre, mais ce ne fut pas sans répugnance qu'il promit de tuer le cochon.

Le lendemain Fan Jiangshan fit cuire une grande marmite de porc pour l'emporter dans les champs. Mais le patron n'était pas tranquille, il le suivit jusqu'à la porte et demanda  : « Est-ce qu'ils sont tous venus ? Je ne peux pas les nourrir à ne rien faire. » Fan Jiangshan se mit à rire et dit en montrant les rizières, 500 mètres plus loin : « Voyez là-bas, il y en a huit. »

En effet dans la direction qu'il montrait, il y avait sept ou huit têtes coiffées les unes d'un chapeau de paille, les autres d'une serviette. Alors, le propriétaire fut rassuré et laissa son valet emporter la viande. Quand Fan Jiangshan eut atteint le chemin qui bordait les rizières, il s'arrêta, s'assit et dégusta seul ce festin. Mais alors et les autres journaliers ? Il n'yen avait pas ! Ce que le patron avare avait pris pour des êtres humains étaient huit mannequins de paille que Fan Jiangshan avait fabriqués la nuit précédente, attifés de chapeaux ou de chiffons et plantés dans les rizières pour tromper son patron.

Ainsi plusieurs jours de suite, il mangea de la viande ; mais le repiquage du riz n'était toujours pas fini, car, bien entendu, aucun paysan travaillant pour un pro­priétaire foncier n'est ardent au travail ! Et Fan Jiangshan ne faisait pas exception à la règle. Seule­ment le patron n'avait pas la même façon de penser, il ne faisait pas son travail lui-même, mais il aurait voulu que son riz fût repiqué le plus vite possible. Quelques jours après, à l'ombre de son parapluie en papier huilé, il vint voir où les ouvriers en étaient. Traversant les rizières, il vit qu'il restait encore pas mal de parcelles à repiquer. Il regarda à droite, à gauche, il n'y avait que Fan Jiangshan qui travaillait. Il fumait de colère et lui cria :

« Et les journaliers qui ont mangé mon cochon, où sont-ils ? Pourquoi travailles-tu seul ? » L'ouvrier se redressa : « Ils étaient tous empoisonnés, ils sont rentrés chez eux. » « Pourquoi empoisonnés ? dit le patron en roulant de gros yeux. « Votre viande n'était pas bonne car ils ont la colique et ils vomissent, ils ont été obligés d'abandonner le travail. »

Le propriétaire était tellement en colère qu'il en avait le souffle coupé. Pendant un long moment il ne put parler, puis il eut soudain une idée et demanda à Fan Jiangshan :

« Mais toi, pourquoi n'es-tu pas malade ? » « Moi ? J'ai tant mangé de vos piments salés, mon intérieur est si pimenté que je ne risque pas d'avoir des microbes ! »

Le propriétaire ne put rien répliquer. Il ouvrit son parapluie en papier huilé et en proie à une rage silen­cieuse, il rentra chez lui.

 

Commentaires

Et oui, elle navèka y penser plus tôt !
Bon séjour en enfer belle demoiselle !

Écrit par : Diane | 09 septembre 2007

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