07 septembre 2007

Cunégonde en enfer : épisode XVII

Episode 17 : les pourparlers (pour ne rien dire) : résumé de la situation par Satan – La Madone se fait remarquer – Propositions du Président -  joute verbale entre Cunégonde et La Madone – Nono le Bellâtre fait des contre-propositions – On n’est pas plus avancé à la fin qu’au début.

 

Le lecteur l’aura sans peine constaté, nos amis ont contracté depuis deux épisodes la sale manie de s’exprimer en vers. L’auteur a beau eu se révolter, vu leur nombre, ils ont été les plus forts et ils l’ont obligé à se creuser la cervelle pour pondre des alexandrins –enfin, ce qui peut passer pour tel. Ligoté devant son ordinateur et menacé d’un côté d’être inscrit de force à l’UMP et de l’autre côté au PS, votre pauvre auteur n’a pas eu d’autre choix que celui de s’incliner s’il ne voulait pas se retrouver adhérent (voire militant) à ces deux sublimes partis –punition franchement disproportionnée à la faute. Il va donc continuer à rimailler vaille que vaille mais croyez bien que dès que l’un de ces zozos aura le dos tourné, il va en profiter pour faire de la prose.

Ce préambule a aussi pour but de mettre en garde ceux qui auraient l’intention de créer des personnages : vient un moment où vous ne contrôlez plus ces sales bêtes. Donc, méfiance ! (Exactement comme vos gamins, quoi !)

 

SATAN

Enfin, tout est fini, nous pouvons commencer.

A cette table ici je vais déblatérer

Et tout vous expliquer. Mon discours sera long

Et longue ma tirade à moins qu'un petit con

Veuille m’interrompre à ses risques et périls

Et tienne absolument à finir sur le grill.

Le problème est très simple et ne demande pas

Vraiment de longs débats ; comme vous ici bas,

J’aime écouter ma voix et me griser de mots

Qui ne veulent rien dire et satisfont les sots.

Humain je ne suis pas mais à vous fréquenter,

J’ai chopé tous vos tics, et agis comme un pied.

Mais le mal n’est pas grand. Car réfléchir je sais,

Contrairement à vous, je suis bien assez frais

Pour avoir des idées. Je vais donc résumer

Pour vous la situation. Depuis quelques années,

Ou bien quelques semaines, mois, peut-être jours

-Le temps ici n’est plus, il est mort pour toujours-

Mon royaume s’agite à cause de certains

Abrutis obstinés qui le délicieux train

De la modernité ne veulent emprunter.

Ce sont, je le sais bien, de grands sots arriérés.

Tout a commencé par une grosse déprime ;

Une absurde langueur tomba sur les abîmes,

On ne fit plus rien, on ne tortura plus,

La fourche on oublia et les damnés tout nus

Attendirent en vain qu’on veuille bien les cuire.

Ils étaient très gentils, mais réclamaient le pire

Qu’à l’instant du trépas, on leur avait promis.

Ce n’était que justice, et j’étais en souci

De les laisser ainsi dans leur jus mariner.

Ils avaient un peu froid, risquaient de s’enrhumer.

Que faire me dis-je ?  Prétendre que le Vieux

Pouvait m’aider ici n’était qu’un vœu très pieux.

Et puis, soudainement, tout redevint normal.

On se remit à cuire, à refaire le mal.

Mais les fondements mêmes de ma société

Par cette grève absurde étaient bien ébranlés.

Je compris qu’il fallait modifier quelque chose,

Forcer mes diablotins à augmenter la dose,

De gré ou de force, leur faire admettre enfin

Que l’esclavage seul apporte un peu de pain.

 

 

LA MADONE (A Lanlan)

Ce que sa Majesté peut aimer se répandre !

Ces trucs vingt fois déjà, on a pu les entendre.

Il faudrait conclure.

 

 

SATAN

                                Que dit donc la Madone  ?

 

 

LANLAN

Rien d’important, Seigneur. Un chant elle fredonne.

C’est ainsi qu’elle fait pour montrer qu’elle écoute.

Poursuivez, je vous prie.

 

 

SATAN

                                         J’ai fini. Mais je doute

Que ce problème ardu, vous puissiez le résoudre.

 

 

LE PRESIDENT (Pontifiant)

Voici donc mon avis : Faites parler la poudre

Et vos problèmes ainsi seront bien résolus.

Je sais qu’il faut ruser avec les obtus,

Leur caresser le dos, puis leur marcher dessus.

Etre une main de fer dans un gant de velours.

Mais quand la situation pèse vraiment très lourd

Sur nos frêles épaules il faut aussi savoir

Prendre un joli bâton pour sauver notre gloire

Et taper sur ces cons.

 

SATAN (intéressé)

                                 Est-ce votre méthode ?

De conduite avez-vous ainsi changé le code ?

 

LE PRESIDENT

Ce n’était qu’un avis. Je n’ai rien modifié.

Je m’en tiens aux discours, j’aime bien voyager.

Je suis partout vraiment, je suis sur tous les fronts,

Je me démultiplie, un jour à Besançon

Le soir même à Vesoul, la nuit à la Napoule ,

Le matin à Bercy, le midi…

 

 

 

LANLAN (goguenard)

                                             Chez ta poule ?

 

LE PRESIDENT (dédaigneux)

La rime est  très facile et rappelle bien trop

Les insanes répliques d’un certain cageot

Ici présent.

 

LA MADONE (courroucée)

                   A qui fais-tu donc allusion ?

                

LE PRESIDENT

Oh, tu te sens visée ? Tu n’as plus d’illusions ?

 

LA MADONE

L’illusion est ma vie, et ce n’est pas de toi

Que viendront les leçons. A tous ces gros bourgeois

Tu roules les yeux doux et ça marche, tant mieux.

Ne joue cependant pas maintenant les mielleux.

Tu n’es plus en campagne arrête de courir,

Cesse aussi de gonfler, cesse donc de glapir,

Tes dons d’ubiquité fatiguent tout le monde,

Y compris celle-là, ta belle Cunégonde.

 

CUNEGONDE

Madone à ma place, tu n’as pas à parler.

Qu’il rende des visites qui me font bien chier,

Que de gluantes mains il désire serrer,

C’est son problème à lui. Moi, je sais me tirer

Quand ça devient trop dur de supporter ces cons

Qui tournent autour de lui comme un tas de frelons.

Mais je dois avouer qu’en effet ma tension

A chuter quelquefois a des prétentions.

Je fatigue souvent, ce n’est pas toujours rose

D’être sur tous les fronts mais m’arrêter je n’ose.

 

LA MADONE

En t’écoutant j’ai peine à retenir mes larmes.

Un discours aussi beau a sur moi tous les charmes.

Votre vie me fait peine et savoir que sur vous

S’abattent tous les maux, viennent tous les courroux

De la création, je sanglote tout haut,

Verse des pleurs amers et chiale comme un veau.

Quelle effroyable vie ! Quel tragique destin !

Le peuple entier vraiment de tout son cœur vous plaint !

                         

LE PRESIDENT

Tiens, tiens, il y a six mois, tu n’en disais pas tant.

 

LA MADONE

Il y a six mois, vieux con, j’étais pas président

Mais je désirais l’être. Tu vois la nuance ?

 

CUNEGONDE

Est-ce le bon moment pour chanter ta romance ?

Le Président a fait une proposition

A Sa Majesté.

 

SATAN

                       Vrai. Qu’en dit l’opposition ?

CUNEGONDE

Elle n’en dit rien vu qu’elle n’a rien à en dire.

Elle ne sait qu’aboyer, elle ne sait que médire.

Regardez-les, ces trois, qui ouvrent de grands yeux

Et se demandent bien qui pourra donc le mieux

Noyer ce gros poisson.

 

NONO (se levant)

                                      Ecoutez-moi, Seigneur.

De la Madone ici je suis le grand menteur, *

Je suis son bel esprit, son compagnon fidèle

Par ma bouche elle parle et je suis bien comme elle,

Attaché aux valeurs qui ont fait nos succès.

Le Président toujours s’exprime avec excès.

Il s’imagine encor, bien qu’étant Président,

Du château de Versailles être le résident.

Il oublie très souvent que l’époque a changé,

Que des gens on ne brûle à présent plus les pieds,

Même si quelquefois, dans de curieux endroits,

On les fracasse encor pour les remettre droit.

La poudre, Majesté, n’est pas le bon système ;

La com non plus hélas, vous le voyez vous-même

En contemplant ici le résultat génial

Que vous offre en un mot ce couple impérial.

A la façade enfin il faut donc substituer

Un intérieur garni, une isba bien carrée

Pour que là vos réformes soient bien acceptées.

Ai-je été assez clair ? Suivez-vous mes idées ?

 

* Mentor ?

 

SATAN

La métaphore me plait.

 

CUNEGONDE

                                      Elle est assez nulle,

Majesté. Nono ne sait faire que des bulles,

Il s’écoute parler, mais n’a pas un instant

Songé à préciser ce qui n’est que du vent.

 

NONO

Au moins vous Majesté avez-vous bien compris

Le sens de mon discours, ce que je n’ai pas dit.

Faites donc vos réformes et n’ayez point de crainte

A vous montrer patient, écoutez bien les plaintes,

Promettez, assurez que l’opinion des gens

Pour vous leur dirigeant est le plus important.

Dites donc oui à tout, ayez l’air débonnaire

Et en douce passez les lois impopulaires.

C’est ainsi qu’on gouverne chez nous, croyez-moi

Tous ces gens assemblés suivent la même foi.

 

LE PRESIDENT

J’ignorais qu’à mon clan tu avais adhéré,

Nono. Et…

 

NONO

                  Vous ou nous, Président adoré,

C’est un peu identique et vu la situation

Nos choix sont importants. Il faut faire attention

A ne pas saborder nos si beaux privilèges.

On réforme bien sûr, les impôts on allège,

Mais il faudra vite de l’argent retrouver

Et désigner l’endroit où l’on peut le chercher.

Dans la bourse des gens.

 

SATAN

                                         Point de vue astucieux.

Je suis vraiment séduit par ton côté vicieux.

 

LA MADONE (en colère)

Penses-tu bien Nono, qu’avec ces beaux discours

J’ai des chances un jour d’accéder à la Cour ?

Je veux être une élue, c’est là mon obsession

Et tu viens mettre au jour nos hideuses passions ?

Es-tu traître ? Es-tu lâche ? Ou bien es-tu idiot ?

 

CUNEGONDE (méprisante)

Il est bien temps de voir, vraiment, que c’est un sot !

Si tu l’avais avant expédié chez sa mère,

Tu ne serais pas là à pleurer et à braire.

 

SATAN

Je vous ai écouté, j’ai pris ma décision.

Mais j’ai besoin encor de quelques auditions.

La Madone a parlé, le Président aussi,

Je voudrais à présent connaître de Rosie

L’opinion. De même que Fifi et Lanlan.

La Langoureuse Arielle , assise sur ce banc,

Peut aussi s’exprimer, ainsi que la sorcière.

Démocrate je suis, nul ne reste en arrière

Quand il s’agit de me conseiller.

 

LA MADONE (à Nono)

                                                     C’est râpé.

Lanlan ne va sortir que des insanités.

 

LE PRESIDENT (inquiet, désignant Rosie)

Est-il vraiment utile qu’elle ouvre la bouche ?

 

SATAN

Je le veux.

 

CUNEGONDE (au Président)

                   Il est vrai qu’elle en tient une couche.

Mais de vous elle doit se faire pardonner.

Elle ne jouera donc pas les cruches attardées.

 

SATAN (bienveillant)

Qui des cinq maintenant a quelque chose à dire ?

 

(Un grand silence. Tous les regards sont fixés sur ceux qui n’ont pas encore parlé. Et si on attendait le prochain épisode pour leur donner la parole ? Bonne idée, parce que là, je sature…)

 

Commentaires

Je découvre que dans l'enfer grouillent aussi des vers, mais de si beaux alexandrins qu'on les coirait inspirés d'un esprit divin.
Moi des vers je ne sais point faire mais rire des vôtres à m'en démonter les côtes, ça c'est mon affaire !

Ecrit par : Deliriane | 09 septembre 2007

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