01 août 2007

J'attends un cochon : conseils en psychologie porcine

Dans la civilisation Porcine, il y a aussi des cochons qui se posent de graves questions au sujet de leurs porcelets chéris. Voici donc un extrait d'un ouvrage intitulé J'attends un cochon rédigé par deux éminents spécialistes de la chose. Vous verrez que finalement, cochon ou humain, nous avons tous les mêmes préoccupations.

Commençons par la préface de cet ouvrage puis feuilletons ensemble ce livre admirable, Bible s'il en est de tous les futurs parents cochons.

 

J’ATTENDS  UN  COCHON 

 PREFACE

La civilisation porcine se distinguait autrefois de la civilisation humaine par sa propension à faire confiance au bon sens et à l’intelligence de ses membres.

« Autrefois », avons-nous dit.

Car, hélas, nous avons constaté un sévère relâchement dans l’utilisation des neurones que nos prédécesseurs ont si gentiment implantés dans le cerveau de nos ancêtres.

De plus en plus de cochonnes se posent des questions au sujet de leurs futures portées, questions le plus souvent inutiles et frôlant l’idiotie, voire la pathologie, mais suffisamment taraudantes pour enquiquiner une grande partie de la société cochonne. (Rassurons tout de suite les ligues de défense des cochonnes : les verrats sont tout aussi atteints dans ce domaine, sinon plus.

C’est pourquoi, avec le concours de mon illustre consoeur, Porca Da Spina, grande diseuse d’évidences et spécialiste en Gestation Porcine, j’ai décidé d’écrire ce guide pour répondre aux lancinantes interrogations des cochonnes, lesquelles ont tout simplement oublié que leurs aïeules avaient elles aussi eu des portées et n’en avaient pas pris pour autant ces crises d’angoisse qui sont le lot de tant de nos parturientes.

On m’objectera que notre société a heureusement fait de considérables progrès dans la connaissance du porcelet et dans la relation que ce dernier doit avoir avec ses parents et que nous n’en sommes plus au temps où les cochonnes accouchaient sans savoir ce qui allait arriver ensuite. Elles ont besoin d’aide et de conseils, car « le porcelet doit être au centre du monde cochon ». Oui. Si le terme « progrès » s’apparente à la perte totale de la faculté de raisonner, alors effectivement, on peut parler de « progrès ». Il nous a semblé plus facile, et plus « amusant », de rédiger ce manuel sous forme d’entretiens. Chaque chapitre correspondra à un problème auquel se verra peut-être confrontée la future mère cochonne. Si elle doute de ses facultés cérébrales, elle pourra toujours ouvrir ce manuel et chercher la solution à son « problème ». Nous espérons cependant pour elle et pour l’avenir de l’espèce porcine qu’elle n’aura pas besoin de ce guide stupide, censé mettre les points sur les i, mais compliquant à loisir les choses les plus simples et transformant les relations porcines en un véritable enfer.

 

Mais comme le dit si bien Porca da Spina, « pendant que ces cons décervelés achètent mon livre, moi je me fais du lard sur leur dos et mon compte en banque prend des rondeurs aussi agréables que celle d’une cochonne grosse. »

Ce livre ayant eu un succès foudroyant (vous avez en main la cinquième édition), nous avons ensuite édité J’élève mon cochon, autre guide à l’usage de parents cochons dépassés par les événements et revenus eux-mêmes à l’état de porcelets en ce qui concerne le développement et l’utilisation de leur intelligence. Ils y trouvent d’autres conseils, toujours d’une consternante évidence ; mais lesdites évidences, visiblement, ne sont pas parvenues à leur destination finale, à savoir la cervelle de nos bienheureux géniteurs. Nous préparons actuellement Mon cochon est un surdoué, livre destiné lui aussi à apaiser la panique qui se répand dans toutes les couches de la société cochonne et qu’on peut définir en une phrase : et si mon porcelet était plus intelligent que moi ? (Variante : et si mon porcelet était plus intelligent que ses petits copains ?)

 

Bonne lecture à toutes et à tous. Nous, nous allons nous payer des vacances de rêve avec votre fric.

 

Porky et Porca da Spina.

 

 

PREMIER ENTRETIEN :

APRES LA COPULATION ET AVANT  L’ACCOUCHEMENT

 

Porky : Chère Porca da Spina, commençons par le commencement, voulez-vous ? Comment une cochonne peut-elle être certaine d’être grosse ? Y a-t-il des signes prémonitoires ?

 

Porca da Spina : Votre question met le doigt sur un problème majeur en ce qui concerne la découverte, pour une cochonne, de sa future maternité. Autant dire les choses crûment : il n’existe pour l’instant aucun moyen de savoir cinq minutes après la copulation si on est grosse. Il faut attendre un certain temps.

 

Porky : Ah bon ? Les signes, s’il y en a, ne se révèlent pas immédiatement ?

 

Porca da Spina : Non. De nombreuses études ont été consacrées à ce problème, mais aucune solution satisfaisante n’a été trouvée. Les cochonnes futures mères doivent donc supporter cette attente –terrible, je l’admets volontiers- avant de savoir avec certitude si leur verrat a joui pour des nèfles ou non.

 

Porky : Au bout de combien de temps peut-on donc être sûre d’être grosse ?

 

Porca da Spina : Et bien, la gestation porcine étant d’un peu plus de trois mois, quelques semaines de patience sont nécessaires, disons deux pour être rassurante. En fait, tout dépend de la constitution de la cochonne. Chez certaines, les flancs s’arrondissent très vite. Chez d’autres, au contraire, il faut attendre le milieu du deuxième mois pour voir apparaître un gonflement abdominal suspect.

 

Porky : Ne peut-on pas confondre ce gonflement abdominal avec une surcharge pondérale due à l’ingestion insensée de choses qui font grossir ?

 

Porca da Spina : Bien entendu. D’où les amusantes erreurs dont le personnel des services de maternité des hôpitaux est parfois le témoin. Il faut cependant savoir que les mamelles des cochonnes se développent également.

 

Porky : C’est vrai. C’est d’ailleurs fort agréable de… Bref, passons. Y a-t-il d’autres signes ?

 

Porca da Spina : Si l’on se réfère aux symptômes qui accompagnaient chez les humaines les signes d’une grossesse, on dira succinctement que nos cochonnes sont bien mieux loties que les malheureuses dont je viens de parler qui se payaient, elles,  un lot invraisemblable d’ennuis, de malaises, de nausées, de vomissements, de sautes d’humeur, d’envies délirantes, etc… Bref, c’est à se demander pourquoi elles tenaient tant à perpétuer leur espèce. La constitution porcine est, sur ce plan, nettement plus adaptée à la reproduction : nos cochonnes n’éprouvent aucune difficulté particulière pendant leur grossesse et les seuls signes qui montrent leur état est, je le répète, l’arrondissement de l’abdomen et le gonflement des mamelles, c’est tout. Quand on songe qu’il fallait neuf mois à un embryon humain pour parvenir à maturité et qu’il n’en faut que trois pour que quatre ou cinq embryons cochons se transforment en jolis porcelets tout aussi bien constitués et intelligents que les bébés de nos prédécesseurs, vous comprendrez à quel point notre espèce est au fond très supérieure à la leur. Par contre, on a remarqué chez certaines cochonnes grosses une propension à avoir le groin beaucoup plus humide que la normale. C’est d’ailleurs un signe avant-coureur qui devrait inciter les cochonnes à passer un examen pour savoir si elles sont grosses ou non. Mais ce signe n’apparaît pas chez tout le monde.

 

Porky : Comment expliquez-vous cette différence, justement ?

 

Porca da Spina : On ne l’explique pas. On constate.

Porky : Mais ce groin toujours humide entraîne un problème fort ennuyeux : comment ne pas confondre signe avant-coureur de grossesse et rhume de cerveau ?

Porca da Spina : Vous prenez de l’aspirine et en deux jours, votre rhume disparaît. S’il persiste, méfiance, le problème se situe peut-être plus bas. Et puis, faut-il encore que vous ayez copulé dans les temps impartis. Vous voyez, en réfléchissant un peu, il y a quand même moyen d’avoir, sinon une certitude, du moins un début d’opinion.

Porky : Existe-t-il des tests de grossesse qui permettent justement de réduire l’attente et d’avoir une certitude plus rapidement et d’une façon plus… heu… sûre ?

Porca da Spina : Il en existe mais ils sont à prendre avec des pincettes.

Porky (étonné: Comment ça ? On ne peut pas utiliser seulement les pattes ? Il faut absolument des pincettes ?

Porca da Spina : Non, cher Porky. Je veux dire qu’ils doivent être utilisés avec beaucoup de prudence. Par exemple, un des tests les plus courants consiste à faire pipi dans un bocal et ensuite à tremper une languette réactive dans l’urine. Si la languette se fend et explose en morceaux, vous êtes grosse. Si elle ne bouge pas, vous avez le ventre aussi vide qu’une outre creuse. Vous voyez vous-même les dangers : imaginez que vous ayez mal lavé votre bocal, l’expérience est réduite à néant. Votre vie peut également être réduite à néant si vous n’avez pas eu la bonne idée de protéger votre visage avec un masque d’escrimeur au moment de tremper la languette dans le liquide. Si vous recevez un bout dans l’œil ou dans la gorge, vous êtes cuite.

Porky : On a peut-être intérêt à ne pas faire de test et à laisser la nature s’exprimer quand elle le jugera utile…

Porca da Spina : Ca parait évident, d’autant plus que les autres tests ne sont pas plus fiables et pas moins dangereux. Cela dit, une cochonne avertie en vaut deux. Si elle prend toutes les précautions nécessaires, pourquoi pas ? Mais, je serais à sa place, j’attendrais tranquillement de voir si je grossis ou non.

Porky : Une visite chez un cochomédecin semble pourtant indiquée ?

Porca da Spina : Non seulement indiquée, mais obligatoire, ne serait-ce que pour les futures démarches administratives que nous évoquerons dans un autre entretien.

Porky : Y a-t-il un délai légal ?

Porca da Spina : Après la copulation et avant l’accouchement.

Porky : Plus précisément ?

Porca da Spina : Que voulez-vous que je vous dise ? Une première visite est nécessaire pour être absolument certaine d’être grosse ; après, si tout va bien, pas la peine d’encombrer les cabinets de cochomédecin, ils sont suffisamment débordés comme ça.

Porky : On a dit qu’il fallait absolument une échographie toutes les semaines ?

Porca da Spina : Pour les angoissées de nature, oui. Pour les cochonnes qui prennent la maternité comme la chose la plus naturelle au monde, non. Une seule suffit, au début de la grossesse. Après, qu’est-ce qui peut bien arriver ? Soit les porcelets naissent normalement et on n’en parle plus, soit la cochonne fait une fausse couche, et on n’en parle plus non plus. Si vous désirez vraiment contribuer à l’enrichissement des cabinets de radiographie, vous êtes libre de faire une échographie tous les jours.

Porky : Ce n’est pas un peu dangereux, pour les porcelets, ces multiples examens avec tous ces trucs à rayon qu’on passe sur le ventre de leur mère ?

Porca da Spina : Alors ça, comment voulez-vous qu’on le sache ? On verra bien les résultats dans quelques dizaines d’années. On suppose que non. Mais la recherche doit bien progresser.

Porky : Beaucoup de cochonnes craignent de mettre au monde des porcelets anormaux ou handicapés physiques ou moteurs. Que répondez-vous à cette crainte ?

Porca da Spina : Qu’elle est légitime et fondée. En effet, quand vous voyez dans quel état mental certaines cochonnes se préparent à être mères, on peut tout craindre pour leur progéniture. Génétiquement, il peut n’y avoir aucun problème mais si la cochonne a un comportement de névrosée angoissée, il est évident que cela va se répercuter sur la portée.

Porky : Prenons d’abord le cas où les malformations sont génétiques. Y a-t-il un moyen de savoir que les porcelets seront handicapés ?

Porca da Spina : Naturellement. Un prélèvement permet de constater très vite s’il y a danger de malformation ou non. La décision de provoquer une fausse couche relève alors des futurs parents. Mais nous sommes dans le cas le plus simple, celui où le processus naturel a été entravé par un phénomène anormal quelconque.

Porky : Quels sont les autres cas ?

Porca da Spina : Ils sont multiples, divers et variés. Mais ils ont tous la même origine : une cochonne complètement à coté de la plaque. Ce pédalage dans la semoule a des causes différentes. Soit nous avons affaire à une cochonne qui est persuadée d’être la première à procréer et qui craint de ne pas parvenir à accoucher normalement, soit il s’agit de futures mères ayant subi un tel bourrage de crâne qu’il leur est impossible de raisonner à peu près sainement. Ce sont les deux cas les plus courants, dirons-nous. Les autres relèvent généralement de la pathologie la plus complexe, comme le cas de cette cochonne que j’ai connue et qui était persuadée que ses porcelets naîtraient anormaux si elle ne faisait pas tous les jours cinq fois le tour de la Truiglise en courant. Mais il s’agit là bien sûr d’un phénomène isolé.

Porky : Cas intéressant cependant, car il révèle chez nos cochonnes une certaine tendance à la névrose, même si elle n’est généralement pas aussi prononcée.

Porca da Spina : Tout à fait. Et il est d’ailleurs important de traiter les symptômes assez rapidement.

Porky : Et quel traitement appliquez-vous ?

Porca da Spina : La paire de gifles. Ca secoue, ça réveille et ça remet les idées en place.

Porky : Un peu rude, non ?

Porca da Spina : Vous savez, Porky, l’important est de trouver un remède efficace. A maladie délirante, traitement délirant. Je peux vous assurer que dans les cinq minutes qui suivent l’application des baffes, les trois-quarts des cochonnes retrouvent leur sens commun.

Porky : Et le quart qui reste ?

Porca da Spina : Ce sont les cas désespérés. On leur donne un manuel du genre de celui que nous sommes en train de rédiger et on leur conseille d’apprendre par cœur les inepties qui sont dedans. Ca permet de meubler leur cervelle et ça les occupe.

Porky : Passons maintenant à un autre problème : le fait d’attendre une portée ne concerne-t-il que nos cochonnes ?

Porca da Spina : Vous pourriez être plus clair ? J’ai l’impression que votre pensée est assez confuse.

Porky : Et bien, les verrats sont-ils eux aussi concernés par la grossesse de leur cochonne ?

Porca da Spina : Question très pertinente, dans la mesure où elle fait partie des mille deux cent cinquante quatre interrogations de base que se pose une cochonne grosse. La réponse me parait évidente : bien sûr qu’il est concerné. Sans lui, vous pourriez faire tintin pour avoir des porcelets sous le tablier.

Porky : Non, je veux dire : après la copulation ?

Porca da Spina : La réponse est la même : évidemment que la grossesse de sa cochonne le concerne dans la mesure où elle va le faire chier pendant trois mois et trois semaines.

Porky : Voyons, vous exagérez. Toutes les cochonnes ne sont pas pénibles au point de vous faire regretter de les avoir mises en cloque.

Porca da Spina : Evidemment non, je prends les cas extrêmes. Il est cependant certain que l’attente des porcelets a lieu à deux. Cela parait même assez évident. Comme il a fallu être deux pour les faire.

Porky : Alors, que conseillez-vous aux verrats qui désirent partager avec leur cochonne ces trois mois d’attente ?

Porca da Spina : Rien. Continuez d’agir exactement comme vous le faisiez avant et laissez la nature s’occuper de ce qui la regarde. Servez-vous aussi de votre bon sens, s’il vous en reste un peu : aidez votre cochonne dans les tâches difficiles et évitez de lui monter dessus sans crier gare. Cela ne mettrait nullement en danger la vie des petits porcelets mais vous risqueriez de recevoir une claque d’amplitude maximum.

Porky : Donc, il y a quand même chez nos cochonnes des changements hormonaux pendant la grossesse qui pourraient expliquer cette réaction un peu… violente ?

Porca da Spina : Nullement. La gifle est simplement la réponse à un comportement de soudard. N’allez pas chercher midi à quatorze heures.

Porky : Tous les verrats ne sont pas des mufles…

Porca da Spina : Absolument. Où voulez-vous donc en venir avec vos remarques oiseuses ? Cela fait deux heures que je m’extermine le tempérament à vous expliquer que ce n’est pas parce qu’une cochonne est grosse qu’il faut la confondre avec la statue de la Magna Truya. Ou, à l’inverse, l’utiliser comme une batterie de cuisine.

Porky : Si je comprends bien, toutes ces questions que nous nous posons sont inutiles ?

Porca da Spina : Tout à fait.

Porky : A quoi servez-vous, alors ?

Porca da Spina : Pratiquement, et tout à fait honnêtement, à rien.  Je rassure les angoissées et j’affirme les égocentriques dans leur conviction qu’elles sont uniques. En gros, je dis à chacune ce qu’elle a envie d’entendre. Ca ne me coûte rien et ça me rapporte assez gros.

Porky : On ferait peut-être mieux d’arrêter l’entretien ?

Porca da Spina : Oh non. Nous avons commencé, finissons. De quoi voulez-vous que nous parlions ?

Porky : Si nous évoquions la transformation du couple, une fois les porcelets nés ?

Porca da Spina : Oui. Précisez.

Porky : Un couple, c’est deux  individus, n’est-ce pas ?

Porca da Spina : Certes. Jusque là, vous avez vingt sur vingt. Ensuite ?

Porky : Si on ajoute par exemple quatre porcelets, cela fait six individus ?

Porca da Spina : Alors là, vous êtes génial. Deux plus quatre = six.

Porky : Ce n’est plus un couple : c’est une famille.

Porca da Spina : Bravo. J’applaudis des deux pattes à votre sagacité.  Et alors ?

Porky : N’y a-t-il pas un changement important dans la vie d’un couple cochon ?

Porca da Spina : Il est certain qu’il y en a un. Déjà, passer de deux à six, ça pose des problèmes de place. Je conseille donc d’avoir une soue assez grande pour ranger les porcelets quand on en aura assez de s’amuser avec. Mais j’imagine que votre question porte sur la relation entre la cochonne et le verrat qui va se trouver grandement modifiée par l’irruption de ces nouveaux arrivants que représentent les porcelets ?

Porky : Oui. On a vu des couples se déchirer à cause des porcelets.

Porca da Spina : Ca prouve au moins une chose : qu’il faut réfléchir avant de procréer. Si on n’est pas fichu d’imaginer les conséquences d’une partie de jambons en l’air programmée, on avale sa pilule quotidienne ou on enfile une capote.

Porky : Mais vous ne conseillez rien à ces couples qui tout à coup, se trouvent confrontés à ce genre de problème ?

Porca da Spina : Que voulez-vous que je leur conseille ? Quand ils se posent la question, c’est en général trop tard, on ne peut pas renvoyer la marchandise à l’expéditeur sous prétexte qu’elle ne répond pas aux critères exigés. Evidemment que la cochonne aura moins de temps à consacrer à son verrat ; évidemment que les sorties en amoureux deviennent impossibles, ou du moins se raréfient considérablement ; évidemment que le verrat n’est plus pour sa cochonne le centre du monde. Tout cela est du domaine de l’évidence. Y a-t-il vraiment besoin d’interminables explications ? Encore une fois, si vous avez envisagé sereinement le problème avant de commettre l’irréparable, la question n’a pas lieu d’être. Et quand bien même elle se poserait, on réagit comme un être sensé : on se dit que c’est normal, point, barre.

Porky : A vous entendre, il n’y a rien d’extraordinaire dans le fait d’attendre une portée ?

Porca da Spina : Non. Tous les problèmes évoqués sont en général de faux problèmes. Les humains, à une certaine période de leur histoire, passaient leur temps à couper les cheveux en trente-six mille et à culpabiliser s’ils n’arrivaient pas à surmonter certaines épreuves. Ne faisons pas comme eux, s’il vous plait. Pour ce que cela leur a servi !

Porky : Donc, il est normal que la relation de couple évolue ?

Porca da Spina : Prétendre le contraire serait une stupidité notoire. On admet le changement et puis voilà. Ou bien, on ne fait pas de portée.

Porky : Cela paraît très simple, quand on vous écoute.

Porca da Spina : Ca l’est, je vous l’assure. Il suffit simplement d’utiliser un minimum de raison.

Porky : Prenons maintenant le cas d’une cochonne ne vivant pas en couple et attendant une portée. Les problèmes rencontrés vont être différents.

Porca da Spina : Alors là, je ne vois vraiment pas pourquoi. Physiquement, il se passera exactement la même chose. Elle aura même un avantage dans la mesure où elle n’aura pas à subir les conneries de son verrat.

Porky : Il n’y aura personne pour l’aider, non plus.

Porca da Spina : Ne nous appuyons pas trop sur de tels présupposés. Cela reviendrait à dire que le verrat aide sa compagne. C’est vrai dans un certain nombre de cas, pas dans tous. Il est certain qu’elle devra descendre la poubelle elle-même et se taper les courses dans les grandes surfaces. Mais là encore, il s’agit d’un choix. On assume.

Porky : Je parle de la présence, de l’aide psychologique que peut apporter le futur père.

Porca da Spina : La présence, je veux bien ; l’aide psychologique, là, je ris. Nous avons évoqué tout à l’heure les cochonnes angoissées. Parlons un peu des verrats névrosés. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de futurs pères qui sont à la limite de la dépression nerveuse.

Porky : Ah bon ? Je vous assure que je n’étais nullement déprimé quand ma cochonne attendait nos portées.

Porca da Spina : Porky, vous êtes un cas à part. Je subodore chez vous une certaine déviance mentale qui vous pousse à considérer la reproduction comme quelque chose d’une effrayante banalité qui ne mérite pas qu’on s’y attarde outre mesure.

Porky : Je vous retourne le compliment, chère Porca.

Porca da Spina : Il est vrai que mes études m’ont amenée à comprendre un certain nombre de choses et à me débarrasser de toute une façon de penser assez consternante. Mais le phénomène de la reproduction reste pour moi quelque chose de passionnant, surtout en ce qui concerne l’examen approfondi des ahurissants excès qu’il entraîne.

Porky : Revenons au problème évoqué précédemment : l’angoisse du verrat devant sa future paternité.

Porca da Spina : Il n’y pas grand-chose à dire : là encore, nous ne faisons que constater. Et nous en revenons toujours au même point, à savoir que la décision de devenir père a des conséquences psychologiques, que c’est une évidence et qu’il serait bon d’y réfléchir avant de copuler. Si cette réflexion a été menée correctement, il n’y a aucune raison pour qu’une déprime quelconque s’installe ; à la limite, on peut accepter quelques petites angoisses concernant le bon déroulement de la grossesse et de l’accouchement. Le reste n’est au fond que moyen de se sentir vivre et d’occuper son temps libre. Croyez-moi, les cochonnes et les verrats qui doivent vraiment gagner leur vie n’ont pas le loisir ni l’envie de se créer de tels problèmes. Ces angoisses ne peuvent germer que dans le cerveau de couples n’ayant aucune difficulté matérielle. On a rarement vu des miséreux se payer une dépression nerveuse.

Porky : Vous mettez en exergue un phénomène de société qui commence à apparaître dans la civilisation porcine.

Porca da Spina : Hélas, oui. C’était chose courante chez les humains et il ne faut absolument pas que nous marchions sur leurs traces dans ce domaine. C’est pourquoi j’ai parfois tendance à envoyer chier tous ces cons qui n’ont rien d’autre à fiche qu’à s’inventer des problèmes.

Porky : C’est sur cette vigoureuse mise au point que nous clorons l’entretien. Merci Porca da Spina, à bientôt.

Extrait de J'attends un cochon.

 

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