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30 juillet 2007

Fables de la Chine Antique IV

 

Fable pour nos chers politiciens :

TROIS LE MATIN ET QUATRE LE SOIR

Il y avait autrefois un éleveur qui possédait une multitude de singes.

A force de vivre ensemble, ils étaient arrivés, maître et singes, à se comprendre parfaitement. Et le maître avait pour ses animaux une telle affection que, pour les nourrir, il allait jusqu’à rogner sur les vivres de sa famille.

Quand, plus tard, les vivres vinrent à manquer, il fut obligé de diminuer la ration des singes.

Pour prévenir leur mécontentement, il usa d’un stratagème.

« A chacun de vous, dit-il, je vais donner trois marrons le matin et quatre le soir. D’accord ? »

Mais les singes firent de hideuses grimaces signifiant à leur maître que la ration était trop maigre. Le maître réfléchit, puis au bout d’un moment, il reprit :

« Puisque vous trouvez insuffisante la ration de trois marrons pour le matin et quatre pour le soir, on va faire autrement. Ce sera quatre marrons pour le matin et trois pour le soir. Cela vous va-t-il ? »

Les singes, dupés par ce stratagème de pure rhétorique, acceptèrent l’arrangement avec satisfaction.

 

Fable du 5ème ou 7ème siècle av JC.

 

 

LE MUR ECROULE

Un riche propriétaire avait vu un mur de sa maison s’écrouler par suite de pluies torrentielles. Indiquant la brèche, son fils lui dit : « Il faut la boucher au plus vite, sinon, des voleurs entreront à la faveur de la nuit. »

Un vieux bonhomme qui habitait à côté de chez lui, ayant remarqué la brèche, l’avertit de même : « Si vous ne réparez pas le mur, les voleurs pénétreront chez vous lorsqu’il fera nuit noire. »

Et c’est ce qui arriva en effet la nuit même. Un homme se glissa chez le propriétaire et emporta un tas de choses précieuses.

Là-dessus, le propriétaire vanta beaucoup l’esprit de son fils qui, disait-il, était d’une clairvoyance étonnante tandis qu’il soupçonna son voisin d’être l’auteur du forfait.

 

Fable du 2ème siècle av JC.

 

 

LA LANCE ET LE BOUCLIER

Il y avait autrefois un armurier qui vendait des lances et des boucliers.

Il prit un bouclier et déclara : « Voilà mon bouclier. Il est si solide qu’aucune arme, si tranchante soit-elle, ne saura le percer. »

Ensuite, il prit une lance et dit : « Voilà ma lance. Elle a une pointe si affilée qu’aucune arme défensive, si solide soit-elle, ne saura lui résister. »

Un homme de l’assistance, que ces vantardises faisaient rire sous cape, se détacha du groupe et s’adressa au marchand :

« A ce que vous dites, votre lance est si pointue que rien ne saura lui résister et votre bouclier est si solide que rien ne saura le percer. C’est fort bien. Mais si vous prenez votre lance et foncez sur votre bouclier, qu’arrivera-t-il ? »

Pris au dépourvu, le marchand ne sut que répondre.

Fable du 2ème siècle av JC.

 

 

 

L’ELIXIR D’IMMORTALITE

Le bruit courait que dans la montagne, à quelques milliers de lieues de la capitale, vivait un vieux moine taoïste qui détenait le secret d’un élixir d’immortalité. Ayant eu vent de la chose, la roi envoya un grand dignitaire chercher le secret.

Mais quand le messager arriva sur les lieux, le moine venait de mourir.

Furieux, le roi accusa le dignitaire de s’être mis en retard par manque de diligence et le condamna au châtiment suprême.

Voilà un roi qui n’était pas un parangon de sagacité. Il ne lui était, en effet, même pas venu à l’esprit que si le moine avait possédé un élixir d’immortalité, il ne serait pas mort.

Fable du 2ème siècle av JC.

 

 

 

UN FILS PLEURE SA MERE

Deux familles habitent la même cour. Celle dont le pavillon donne sur l’est est en plein deuil : la mère vient de mourir. Son fils la pleure, mais sans grand chagrin.

Chez les voisins du pavillon ouest, le fils dit alors à sa mère : « Te voilà très vieille, maman. Il est temps de te dépêcher de mourir. Je jure de te pleurer à grands flots de larmes. »

Un fils qui souhaite la mort de sa mère est-il capable de la pleurer ?

Fable du 2ème siècle av. JC

 

 

 

LA CIGALE , LA MANTE ET LE MOINEAU

Sur un arbre, une cigale se régale de rosée tout en chantant, sans s’apercevoir que derrière elle, une mante la guette. La mante, prête à saisir la cigale, brandit, telle une paire de ciseaux, ses deux pattes de devant, mais elle n’a pas vu que derrière elle, un moineau est à l’affût. Le moineau bat des ailes et allonge le cou dans l’espoir d’attraper la mante ; juste à ce moment-là, un gamin prend son arc et vise le moineau.

La cigale, la mante et le moineau ont tous trois eu le grand tort de n’avoir d’yeux que pour leur proie sans se méfier des dangers qui les guettaient par derrière.

Fable anonyme, date inconnue.

Quelques petites explications concernant l’histoire littéraire chinoise et plus particulièrement le genre de la fable en Chine.

Voici ce qu’écrit Wei Jinzhi, écrivain chinois contemporain, dans sa préface au recueil de fables :

« Aux IIIe et IVe siècles avant notre ère, la domina­tion féodale de la dynastie des Zhou commença à s'effondrer. Les principautés épuisaient leurs forces à chercher mutuellement à s'annexer, et les terres pouvaient se vendre et s'acheter librement. Certains aristocrates héréditaires retombèrent dans la plèbe ; par contre, des plébéiens acquirent la possibilité de s'instruire. De là on vit surgir nombre de philosophes et de politiciens, qui impulsèrent la rivalité entre de multiples écoles. Ces philosophes et politiciens, non contents des connaissances qu'ils possédaient déjà sur la culture antique et sur les riches expériences histo­riques, avaient beaucoup voyagé à travers les diffé­rentes principautés, et eu des contacts avec la popu­lation. C'est ainsi qu'ils avaient acquis une connais­sance assez profonde de la vie du peuple, et assimilé les fables - une forme de récit métaphorique basée sur des récits de la vie quotidienne et des légendes historiques - auxquelles les gens du peuple avaient souvent recours dans leurs rapports entre eux. Ils prirent donc l'habitude d'emprunter des fables, largement répandues au sein du peuple, pour appuyer leurs arguments, lorsqu'ils composaient des satires contre les dominateurs ou leur adressaient des con­seils, qu'ils essayaient de clore le bec à leurs adversai­res dans les débats, qu'ils donnaient des leçons et des enseignements à leurs disciples et qu'ils écrivaient des œuvres pour exposer leurs théorie et doctrine. Parmi eux Han Feizi, Zhuangzi, Liezi étaient ceux qui savaient le mieux utiliser ce genre de littérature. Il va sans dire que les pensées développées par ces éminents philosophes et politiciens faisaient partie de notre patrimoine culturel antique dont l'éclat illu­mine tout le cours de notre Histoire. Les fables qui étaient utilisées par eux comme un moyen de com­munication purent être conservées pour la postérité grâce à leurs ouvrages, et toujours plus largement maîtrisées par la population qui les utilisait dans sa lutte pour la vie quotidienne. Précisément parce que ces fables étaient nées au sein du peuple et graduelle­ment perfectionnées par lui, elles étaient caractérisées par la netteté des images et l'aspect typique des idées. En outre, d'une langue aisée et populaire, elles étaient faciles à comprendre pour les simples gens.

Après l'unification de la Chine au IIè siècle av. J.-C. par la dynastie des Han, tandis que le système féodal s'affirmait considérablement, les dominateurs féodaux entreprirent de bannir toutes les autres éco­les pour honorer la seule école de Confucius et faire de sa doctrine la seule doctrine orthodoxe. Ils choisissaient et nommaient leurs agents administratifs uni­quement suivant les règles établies par les classiques confucianistes. Les fables, qui étaient alors large­ment répandues parmi la population, furent considé­rées par eux comme des bavardages des rues sans valeur et qu'on ne pouvait admettre dans les "salons distingués". En effet la fable, genre de littérature satirique, attaquait trop souvent la société et les évé­nements de l'époque, et donc faisait du tort aux classes dominantes. Voilà pourquoi celles-ci les ont toujours détestées et rejetées. Voilà pourquoi égale­ment ces fables, qui ne cessaient de jaillir au sein du peuple, n'étaient que rarement utilisées dans les écrits.

Pourtant Liu Zongyuan au VIe siècle et Su Shi au XIe siècle avaient écrit certaines fables, en particulier Su Shi qui composa un recueil de fables intitulé Aizi Za Shuo. Ces deux célèbres écrivains de la Chine ancienne, ayant essuyé des revers politiques, recou­rurent aux fables dans le but de ridiculiser et carica­turer la société et les événements de leur temps. Au XIVe siècle, Liu Ji, un lettré qui a vécu sous la domi­nation des Mongols en Chine et qui fut un témoin oculaire des cruelles souffrances du peuple, avait écrit le livre Yu Lizi qui comprend un certain nom­bre de fables. Toutes ces fables ont joué naturelle­ment un rôle efficace, celui d'une arme dans la lutte de ce temps. Mais ce genre de création, dans la main des lettrés, manquait souvent de souffle et des cou­leurs de la vie populaire.

Aux XVIe et XVIIe siècles, alors que la domina­tion de la dynastie des Ming devenait de plus en plus corrompue, la course au pouvoir et pour satisfaire les intérêts personnels entre hauts dignitaires et eunu­ques, les fréquentes calamités naturelles, les impôts et fermages trop lourds et toutes les autres formes d'exploitation, plongèrent le peuple dans un abîme de souffrances. Les plaintes et les rumeurs allèrent se multipliant. Par la suite, les lettrés progressistes, nourrirent leur ironie d'anecdotes tirées de la vie et écrivirent des fables en prenant la société et les événements pour cible. Par exemple, l'auteur du Xue Tao Xiao Shu (Récits recueillis par Xue Tao), Jiang Yingke et celui du Xiao Zan (L'Eloge du Rire), Zhao N anxing, tous deux ayant caressé des ambitions politiques, mais ayant été évincés par de hauts digni­taires et eunuques, composèrent des fables et les utili­sèrent comme arme pour attaquer les phénomènes néfastes de leur temps. L'auteur du Xiao Fu (Trésor des Bons Mots), Feng Menglong, en dehors des fables qu'il a recueillies et mises au point, écrivit et compila de nombreux contes populaires. Grâce à lui ces récits ont pu subsister jusqu'à nos jours. Bref, dans le domaine de la créa­tion des fables à cette époque, non seulement les fa­bulistes étaient nombreux ainsi que les œuvres qui leur étaient propres, mais les fables qu'ils créaient contenaient des éléments pleins de sève puisés dans la vie du peuple. Sur ce point, ils ont vraiment persé­véré dans les bonnes traditions en matière de fable des IIIe et IVe siècles av. J.-C. et les ont développées et mises à l’honneur. Il est à noter que les fables de ce recueil sont toutes tirées des ouvrages des auteurs anciens. Quant à celles qui ont circulé de bouche en bouche parmi la population, et qui sont aussi nom­breuses qu'intéressantes, elles n'ont pu y figurer. »

Wei Jinzhi

 

 

 

 

13:45 Publié dans Fables | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, fables, Chine

Commentaires

Merci pour ces voyages dans le temps et l'espace

Écrit par : Oderik | 30 juillet 2007

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