Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29 juillet 2007

Conte d'extrême-orient : La perle d'eau

LA PERLE D ’EAU    (Conte nong)

A la frontière sud, du Yunnan, il y a une vallée nommée " la Vallée noire", qui est très célèbre pour la fertilité de sa terre noire et où habitent les Nongs. Quand on parle de cette vallée, on la compare à une perle dans les montagnes. C'est le plus riche grenier dans un rayon de mille lis.

La Vallée noire s'étend entre des montagnes couvertes de fleurs sauvages de toutes couleurs. Les Nongs demeurent dans des maisonnettes en bois et les villages sont entourés de cyprès et de sapins verdoyants, de bambous verts, de grands palmiers et de bananiers.

La rivière Yangang venant de la montagne du même nom, située à l'est de cette vallée, coupe la Vallée noire en deux et arrose cette terre fertile sur ses deux rives. La vallée est encaissée entre de hautes montagnes au nord et au sud, elle s'étend sur 3 lis de large et 10 de long, ce qui lui donne la forme d'une auge. Aussi, les habitants du pays l'appellent-ils encore "l'Auge noire". Dans ce pays le climat est très chaud ; en hiver, les habitants qui vivent au sommet des montagnes portent des vêtements ouatés, mais en bas, dans la vallée, on ne porte que des vêtements très légers. Les cultures y poussent particulièrement bien grâce à la douceur du climat et à l'irrigation abondante.

Pourquoi cette vallée a-t-elle un climat si doux ? Et pourquoi cette rivière vient-elle de la montagne Yangang ? Les Nongs racontent sur ce pays une bien belle histoire…

Il y a de cela des années et des années…

Un soir, peu après la récolte d'automne, le ciel était semé d’étoiles et une légère brise soufflait. Dans les maisonnettes de bois, les lampes allumées, les vieux, assis tout près du huotang* (= fourneau) bien rouge, pensaient à ce qu'ils allaient pouvoir acheter ; les enfants jouaient cache-cache sur la terrasse autour des tas de céréales, tandis que hors du village jeunes gens et jeunes filles étaient en tête-à-tête sous les charmilles.

Quand la lune fut montée assez haut, les enfants rentrèrent à la maison, ils étaient fatigués et se couchèrent à côté du huotang. Dans les bois, les chants et les rires des jeunes gens cessèrent petit à petit. Tout à coup, une étoile filante, toute rouge, tomba du ciel ; plus elle descendait, plus sa vitesse et sa grandeur augmentaient ; en un instant elle tomba dans la vallée, ce fut une effroyable explosion comme si le ciel s'écroulait et  tout le monde s'éveilla en sursaut. La lueur des éclairs illuminait toutes les maisons, des étincelles volaient partout et enflammaient tout, les maisons, les tas de céréales et même les bois. Dans tout le village, c’était la panique, les gens hurlaient, les chevaux hennissaient, les animaux poussaient des cris perçants, les maisons s’écroulaient avec fracas. Personne n'échappa à ce cataclysme, le feu avait enveloppé tout le village comme dans un filet et avait tout réduit en cendres. Seulement quatre jeunes couples d'amoureux qui s'é­taient attardés sous les charmilles hors du village, échappèrent à la mort, ils s'enfuirent au sommet d'une montagne de pierre, à gauche de leur village, pour attendre que l'incendie se fût calmé. Un jour passa, puis un autre, mais le feu faisait toujours rage. La fu­mée âcre qui s'amoncelait sur le village mort montait jusqu'à eux. Ne pouvant rien faire, ils fuirent sur une autre montagne au terrain caillouteux à quarante lis de la Vallée noire. Là, ils établirent leurs foyers, se mariè­rent et eurent des enfants, mais ils menaient une vie de misère. Des années passèrent, on ne sait combien, le feu brûlait toujours changeant la terre fertile en charbon noir, il n'y avait plus de verdure, pas un brin d'herbe ne poussait.

Une année, dans le nouveau village, il y eut une grande sécheresse, durant huit ou neuf mois, pas une goutte d'eau ne tomba ; les étangs étaient à sec, la terre était craquelée de fentes dans lesquelles on aurait pu mettre la main. Tous les arbres mouraient, toutes les céréales étaient desséchées, même les pommes de terre, qui résistent à la sécheresse, se ratatinaient dans la terre.

Il y avait, dans le village, un jeune homme nommé Yangang qui était fort, courageux et intelligent; il vivait avec sa vieille maman et venait de se fiancer avec la jeune Lu Luoying. C'était la fille de son voisin, oncle Lu. Les deux familles étaient très liées et se fréquen­taient beaucoup.

Un beau matin, très tôt, Yangang partit avec sa pa­lanche en bambou d'or, portant deux grands seaux cou­verts ; il allait chercher de l'eau, 70 lis plus loin. Sa palanche était solide et souple, elle pouvait porter une charge de quelques centaines de livres sans se casser, elle était brillante comme si on l'avait recouverte d'une couche d'or et tachetée de brun. Chaque fois qu'il quittait la maison, il l'emportait avec lui. Sur son chemin, toutes les céréales étaient desséchées. Il prit un morceau de terre qui se cassa, et il ne resta que de la poussière dans le creux de sa main, pas un brin d'humidité. Il était soucieux. « Si la sécheresse continue, que mangerons-nous l'hiver prochain? » pen­sait-il.

Il faisait déjà nuit quand le jeune homme revint au village, il entendit Luoying qui le saluait du chemin : « Yangang, as-tu rapporté de l'eau ? » « Oui, Luoying, j'en ai », se hâta-t-il de répondre. Voir sa fiancée l'encourageait. Elle le suivit et ils se dirigèrent ensemble vers le village. Le jeune homme avançait, balançant les deux seaux suspendus aux bouts de sa palanche.

L'oncle Lu bavardait avec la mère de Yangang dans la maison de celle-ci. Quand ils entendirent le jeune homme, ils se précipitèrent au-devant de lui. Yangang posa les deux seaux par terre, il prit deux moitiés de calebasse, les remplit d'eau, en donna une à sa mère et l'autre à l'oncle Lu. Bien que l'eau ne fût pas claire, ils la burent avec délices, comme s'ils avalaient du miel et ils ne cessaient de dire: "Comme j'avais soif ! Com­me j'avais soif !"

Luoying aida sa mère à porter les seaux dans la cuisine, puis elle se mit à faire cuire des légumes sau­vages. Yangang parlait avec l'oncle Lu de ce qu'il avait vu dans les champs brûlés : « Quittons cette terre, oncle, allons dans un endroit plus clément où l'on puisse travailler pour se nourrir et s'habiller mieux qu'ici. » Oncle Lu réfléchit et dit d'un air triste : « La vallée est un endroit où l'on peut manger et s'habiller convenablement. » Yangang le regarda effaré : « Est-ce que la chaleur te fait perdre la tête, oncle? Cette vallée est un four, comment pouvons-nous habiter là ? Même les cailloux ont été réduits en cendres. »

Alors l'oncle Lu lui raconta comment avait été la vallée autrefois et comment elle avait été détruite par le feu céleste. Puis il ajouta: « Une année, un vieux devin vint au village ; en frappant sur un tambour, il informa les habitants que loin de la vallée, à l'est, il y avait une montagne, la Mon ­tagne de la source, sur laquelle il y avait un étang, l'Etang de la source. Dans cet étang, dit le devin, il y avait une Perle d'eau qui pourrait éteindre le feu cé­leste, mais aussi une grande araignée d'or, très mé­chante, qui avait entièrement couvert l'étang d'une toile et personne ne pouvait entrer dedans. Pour avoir la perle, disait-il, il fallait d'abord aller à la Montagne des fleurs, très loin de la vallée, à l'ouest, pour prendre l'aiguillon d'or de la reine des abeilles. Seul cet aiguillon pouvait tuer l'araignée d'or. Depuis que ce vieux devin est venu, continua oncle Lu, deux jeunes hommes de notre village sont partis à la recherche de la Perle d'eau, mais ils ont échoué ; l'un est mort sur le chemin, l'autre, juste en rentrant chez lui.

Au dire de l'oncle Lu, Yangang s'écria : « Moi, j'y vais. » Sa mère et Luoying qui étaient entrées après avoir fait le repas furent effrayées. Les larmes aux yeux, la mère dit : « Ne pars pas ! Tu n'as donc pas entendu ? Ceux qui sont partis sont morts. » « Nous mourrons de faim si nous n'avons pas la perle ! dit-il, tu vois bien que nous n'avons plus rien à manger. Dans quelques jours, il n'y aura même plus de racines d'herbes ni de feuilles d'arbres. Si, par chance, je trouve la Perle d'eau, nous aurons une vie meilleure. »

Oncle Lu voyait que Yangang était bien décidé à aller jusqu'à l'Etang de la source pour chercher la Perle d'eau ; en son for intérieur, il approuvait le courage du jeune homme. « Ne te tourmente pas pour ta mère, dit-il, nous pren­drons soin d'elle. Mais sois prudent quand tu péné­treras dans l'étang ! » La mère et Luoying ne disaient plus rien, elles san­glotaient.

Cette nouvelle fit sensation dans tout le village. Le lendemain matin, tous les habitants vinrent lui faire leurs adieux et lui apportèrent des galettes de sarrasin comme provisions de route. Luoying avait fait griller des larves d'abeille qu'elle avait ramassées avec Yangang ; elle les lui fourra dans ses poches. Quand le soleil fut sur le point de se lever, le jeune homme prit sa palanche en bambou d'or, fit ses adieux à sa mère, à l'oncle Lu et à Luoying ainsi qu'à toutes ses connaissances et s'en fut vers l'ouest en direction de la Montagne des fleurs.

Il marcha, marcha nuit et jour, toujours vers l'ouest, traversant on ne sait combien de fleuves grands et petits, on ne sait combien de hautes montagnes. Quand il avait faim, il mangeait des fruits sauvages, quand il avait soif, il buvait de l'eau aux sources des montagnes. Il marcha des jours et des jours, puis il se sentit bien fatigué, ses reins étaient douloureux et ses jambes très lourdes, il pouvait à peine les soulever, mais il ne per­dait pas courage, il avait toujours son idée fixe : aller chercher la Perle d'eau. Enfin un jour, il arriva au pied d'une grande montagne dont le sommet touchait le ciel. A mi-hauteur elle était enveloppée de nuages blancs, l'air était embaumé du parfum des fleurs ; il pensa alors qu'il était sur la Montagne des fleurs, aussi se mit-il à grimper, s'accrochant aux branches des arbres et aux rameaux d'osier. L'escalade demanda trois jours et trois nuits pour arriver au sommet. Alors il promena ses regards autour de lui : il y avait tout près, sous le ciel bleu, une autre montagne toute couverte de fleurs et d'herbes rares. C'est certainement celle-là, la Montagne des fleurs, se dit-il et tout joyeux il se dirigea vers elle. Il avait à peine fait la moitié du chemin qu'il sentit une brûlure au visage. Il leva les yeux ; trois abeilles voltigeaient au-dessus de sa tête. Il leva sa palanche pour les chasser et continua sa route.

Tout en avançant, il s'aperçut que la Montagne des fleurs était peuplée d'abeilles, certaines fleurs et herbes en étaient couvertes. Alors son cœur se serra : « Com­ment prendre l'aiguillon d'or de la reine des abeilles qui a tant d'abeilles ouvrières comme gardes ? » pen­sa-t-il. Il s'assit et chercha à chasser au loin ces méchantes abeilles. Bien qu'il se creusât la tête, il ne trouvait pas de solution satisfaisante. Par hasard, il mit la main dans sa poche, y trouva une des larves grillées que lui avait données Luoying. Il la sortit et, en la regardant, il pensa à Luoying et le courage lui revint avec la résolution de trouver la Perle d'eau. Il se souvint que l'avant-dernière année, il était allé avec sa bien-aimée enfumer des nids d'abeilles dans la montagne pour recueillir le miel. Il pensa que c'était là le meilleur moyen pour disperser les abeilles et s'em­parer de l'aiguillon d'or de la reine. Il se leva pour continuer son chemin, mais soudain s'arrêta ; il venait de s'apercevoir que dans cette montagne immense, il n'y avait qu'un seul arbre au feuillage touffu, un arbre du Dragon ; il n'y en avait pas d'autres, pas même d'herbe ordinaire et il se dit: « Comment pourrais-je ramasser, tout seul, assez de matières à brûler pour en­fumer tant d'abeilles? » Tandis qu'il était perdu dans ses pensées, il entendit un battement d'ailes, puis des croassements de détresse de corbeau ; il leva la tête : un aigle féroce s'envolait, emportant dans ses serres un petit corbeau qu'il avait pris au nid ; la maman corbeau bravant le danger le poursuivait. Yangang prit sa pa­lanche, la jeta à l'aigle qui recevant le coup à la tête tomba à terre et lâcha le petit corbeau qui s'envola.

La maman voltigeait en croassant autour du jeune homme, puis, elle parla : « Jeune homme, je te remercie, tu as sauvé mon petit. » Yangang, toujours plongé dans ses pensées, ne ré­pondit pas. La corneille continua : « As-tu des difficultés ? Pourquoi ne réponds-tu pas ? Si c'est cela, parle, je t'aiderai. » Voyant que la maman corbeau était sincère, le jeune homme lui raconta son histoire et ses tracas. Elle éclata de rire et dit : « Ce n'est que ça ! Je te garantis qu'en un rien de temps, juste le temps d'avaler un repas, la Montagne des fleurs sera couverte de branches et d'herbes sèches. » Sur ce, elle fit un tour dans le ciel en croassant. Un instant après, une multitude de corbeaux venaient de tous côtés en volant ; la maman corbeau cria encore un peu et les oiseaux s'envolèrent dans toutes les directions ; les uns cassaient des branches sèches, les autres prenaient de l'herbe dans leur bec ; ces milliers de corbeaux vo­laient par groupes vers la Montagne des fleurs qui, peu après, fut couverte d'herbes et de plantes sèches.

Yangang était fou de joie, mais son bonheur fut de courte durée car il pensa que s'il avait des choses à brûler, il n'avait rien pour les allumer ; dans son village, il y avait le huotang, on n'avait qu'à souffler un peu, le feu se ranimait, mais ici, cela n'existait sûrement pas. Tout à coup, il se rappela qu'une fois, en pour­suivant un grand loup gris dans la montagne, il avait levé sa palanche pour le frapper, mais l'avait manqué ; la palanche avait heurté un gros silex et il en était sorti des étincelles qui avaient allumé les herbes sèches alen­tour. Alors il ramassa tout de suite une grosse pierre et, en la frappant, il réussit à allumer de petites bran­ches sèches, puis il courut à la Montagne des fleurs et mit le feu aux tas de branches et d'herbes que les cor­beaux y avaient déposés.

Une grande fumée noire s'éleva sur la Montagne des fleurs, les flammes éclairaient le ciel ; beaucoup d'abeil­les furent brûlées, d'autres s'enfuirent et disparurent. Yangang courut jusqu'à l'arbre du Dragon, il y avait là un nid accroché à une branche, il prit sa palanche et frappa dessus. Le nid fut détruit et la vieille reine effrayée s'envola en suivant la direction du vent ; en une seconde elle avait disparu. Tout était perdu, il se frappait la poitrine, il trépignait de désespoir, mais au même moment il entendit des croassements. C'était la maman corbeau qui volait vers lui, tenant dans son bec une grosse abeille, aussi grosse qu'un moineau : la reine des abeilles. Il la prit, lui ouvrit le ventre et s’empara de l'aiguillon d'or. Il le mit dans sa poche avec précaution et reprit sa route vers l'est. Il marchait, marchait toujours, il ne savait pas depuis combien de jours. Après maintes dif­ficultés, il atteignit enfin la Montagne de la source qui était couverte de forêts vierges infestées de serpents et de bêtes sauvages ; partout il y avait des épines et le sol était couvert de mousses glissantes.

Yangang voulait absolument trouver la Perle d'eau pour libérer le peuple nong de la famine et du froid. Armé de sa palanche en bambou d'or, il avançait à grandes enjambées dans la forêt vierge. Au fond d'une crevasse sur le flanc de la montagne, il trouva l'Etang de la source entouré de saules pleureurs. L'entrée était complètement bouchée par une grande toile tissée par l'araignée d'or. Au fond de l'étang, il y avait une source, d'où s'échappait un flot continu de bulles sem­blables à des perles bleues. Quand il s'approcha de l'étang, un courant d'air froid l'enveloppa, il frissonna : l'araignée d'or, grande comme une assiette, montait la garde sur l'étang, ses yeux brillaient de malveillance. Yangang leva sa palanche et en frappa l'araignée ; non seulement il ne la tua pas, mais sa palanche, comme mue par un ressort, fut projetée à une dizaine de mè­tres plus loin. L'araignée glissa, au bout de son fil, jusque sous sa toile. Le jeune homme se baissa pour déchirer la toile avec ses deux mains, mais il les sentit empêtrées, comme si elles étaient prises dans des menot­tes. Il mettait toute sa force à essayer de les dégager. Alors l'araignée sortit de sa cachette, elle était près de le mordre avec ses crocs empoisonnés, Yangang se sentit en péril, il s'étendit sur la toile, sortit avec deux doigts l'aiguillon d'or de sa poche et creva les yeux de l'arai­gnée; elle se renversa et tomba au fond de l'étang, il y tomba aussi avec la toile qui s'était détendue. Ses deux mains dégagées et la toile ouverte, il plongea au fond de l'étang. En vain il chercha la Perle d'eau, il ne trouva rien. Tout son corps était engourdi par le froid. Bien embarrassé, il ne savait que faire, quand soudain il vit une lueur bleue sur un tas de sable blanc. Il creusa le sable et une éclatante perle bleue apparut. Il la mit dans le creux de sa main et, aussitôt, les phalanges de ses doigts devinrent insensibles de froid ; il la mit alors dans sa bouche qui, aussitôt, se glaça. Comme il faisait un effort pour respirer, la perle glissa dans son estomac. Il avait tout le corps paralysé, son sang ne circulait plus. Il perdit connaissance.

Quand il revint à lui, il était devenu un géant ; il était terriblement grand, l'eau de l'étang qui lui avait paru être un moment avant d'une profondeur de plusieurs mètres, lui arrivait maintenant seulement aux mollets. Quand il ouvrit la bouche, un grand jet d'eau jaillit jusqu'à une centaine de mètres plus loin. Alors il pensa à son pays qui souffrait tant de la sécheresse, aussi se mit-il en route pour y retourner à grands pas. Rien ne pouvait l'empêcher d'avancer, quand un arbre lui barrait la route, il n'avait qu'à le pousser légèrement de la main pour l'abattre et le chemin se frayait facile­ment. Quand il rencontrait de hautes montagnes, d'une enjambée, il les passait. Une demi-heure à peine après son départ, il était déjà arrivé sur une grande montagne à l'est de " la Vallée noire". Là, il fut pris de coliques insupportables et perdant pied, il tomba par terre la bouche ouverte : l'eau se mit alors à couler de sa bouche en un torrent intarissable et descendit en grondant dans la vallée.

Ce jour-là, les habitants des villages de la montagne caillouteuse entendirent un grondement d'eau dans la vallée ; ils virent au loin un épais brouillard s'élever, puis une pluie torrentielle tomba. Trois jours et trois nuits après, la pluie cessa et le brouillard disparut. Dans les environs de la vallée, la chaleur n'était plus aussi forte. Les villageois y avan­cèrent prudemment pour se rendre compte de ce qui se produisait ; ils virent de l'eau claire comme du cristal qui descendait de la montagne à l'est, ils remontèrent le courant pour en trouver la source. Tout en haut, ils trouvèrent Yangang dont le corps était devenu la crête de la montagne, la tête, le pic et la bouche la source d'où l'eau claire jaillissait nuit et jour. Alors on appela cette montagne la Montagne Yangang et la rivière qui y prend sa source la Rivière Yangang.

A partir de ce jour-là, la vallée fut comme elle était autrefois, les paysans des environs revinrent l'habiter. Elle est toujours verdoyante d'un bout de l'année à l'autre et est même devenue plus belle et plus riche qu'elle ne l'était auparavant ; partout il y a des fleurs et des oiseaux qui chantent gaiement du matin au soir. La terre brûlée est restée noire, mais extrêmement fertile. Le peuple nong qui avait vécu longtemps dans la mon­tagne rocheuse est revenu peu à peu dans la vallée de ses ancêtres pour y mener une vie heureuse et prospère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.