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29 juillet 2007

Conte d'extrême-orient : A la recherche du soleil

Voici le conte qui a donné son titre au recueil :

A LA RECHERCHE DU SOLEIL

(Conte zhuang)

Autrefois, nous, les Zhuangs, nous savions que dans le ciel, il y avait le soleil qui se levait à l'est, et que tous les êtres vivants ne pouvaient vivre ni se multiplier sans lui. Mais ses rayons n'arrivaient pas jusqu'à nous !

En ce temps-là, nous vivions jour et nuit, plongés dans les ténèbres absolues, privés de chaleur et de lu­mière; le pays était infesté d'animaux sauvages : tigres, panthères, chacals et loups qui prélevaient sur nous un lourd tribut. Combien d'hommes dans une telle obscu­rité étaient dévorés par ces bêtes féroces? Un nombre incalculable. Seul le soleil aurait permis de les exter­miner. Aussi, pensa-t-on à envoyer quelqu'un le cher­cher.

A cette nouvelle, un grand tumulte s'éleva, chacun voulait avoir l'honneur de cette mission.

Ce fut d'abord un vieillard de plus de soixante ans qui sortit de la foule : « J'irai, dit-il, comme je suis vieux, je ne suis plus bon à grand-chose pour le travail des champs, mais je peux encore marcher, vous pouvez me confier cette mission. »

Mais un homme robuste, d'âge moyen, se fraya un chemin au milieu de la foule et s'adressa au vieillard : « Vous ne pouvez y aller ! Moi je suis très solide, je peux faire facilement cent soixante lis[1] par jour, j'arriverai très vite au soleil. »

Après celui-ci, beaucoup d'autres jeunes gens pleins de santé demandèrent aussi la faveur d'accomplir cette mission ; chacun donnait ses raisons et tous assuraient qu'ils seraient promptement de retour.

Alors, un petit garçon d'environ dix ans éleva la voix : « Je vous dis « non » à tous, moi ; les grands-pères, les oncles, les tantes, les frères et les sœurs aînés ne peuvent pas partir ; vous semblez tous oublier que le soleil est loin, très loin de nous. Pour y arriver, quarante ou cinquante ans ne nous suffiraient même pas, il faut compter quatre-vingts à quatre-vingt-dix ans peut-être. Moi je suis très jeune, il est clair que je suis le seul qui puisse faire ce voyage, et j'ai de grandes chances d'y parvenir. »

Aussitôt qu'il eut fini de parler, une vive discussion s'ensuivit : « L'enfant a raison. » « Il est fort et en pleine santé. » « Nous devons le laisser aller. » « Il est très intelligent ! »

« Silence, vous tous ! » cria une jeune femme enceinte nommée Male, et âgée d'environ vingt ans, en agitant la main au-dessus de sa tête. Tous firent alors le silence. Elle continua : « Cet enfant a bel et bien raison, le soleil est très, très loin de nous, je ne crois pas qu'on puisse y arriver dans quatre-vingts ou quatre-vingt-dix ans. D'ailleurs, quand on a quatre-vingts ans, on éprouve des difficul­tés pour marcher. Il vaut mieux que vous me laissiez y aller, parce que je suis jeune et forte, ni les montagnes aux cimes les plus élevées, ni les serpents, ni les bêtes sauvages ne me font peur. En plus de cela, je porte un enfant dans mon sein, si je ne peux pas arriver au but de mon voyage, mon enfant pourra continuer. »

Tout le monde applaudit à ces paroles. On décida de la laisser partir et lui recommanda d'allumer un grand feu aussitôt qu'elle serait arrivée au soleil. Alors, elle se mit en route et marcha toujours vers l'est. Huit mois après, elle mit au monde un gros garçon ; puis, avec lui, elle reprit la route.

Elle marcha, marcha, marcha toujours pendant soi­xante-dix ans, elle était alors si épuisée qu'elle ne pouvait plus se traîner. Elle s'arrêta chez un paysan et dit à son fils de continuer la route tout seul.

Pendant ces soixante-dix ans, mère et fils avaient escaladé des milliers de hautes montagnes, traversé des milliers de grands fleuves, et rencontré des milliers de serpents venimeux et d'animaux sauvages. Ils éprou­vèrent en route toutes sortes de souffrances et de priva­tions, et en maintes occasions, ils risquèrent leur vie, mais ils réussirent à passer à travers tous les dangers. Grâce à leur robuste constitution, ils purent gravir les montagnes les plus escarpées et lutter contre les ani­maux sauvages. D'ailleurs, partout sur leur passage, ils rencontrèrent de braves gens qui, ayant su qu'ils allaient chercher le soleil, étaient désireux de les aider: ils les guidaient dans les montagnes, leur faisaient passer de grands fleuves par bateau, leur donnaient des vête­ments et des chaussures, et préparaient leurs repas.

Après le départ de Male, chaque matin, de bonne heure, au pays, les gens s'empressaient de regarder vers l'est pour voir si le signal s'allumait dans le ciel. Mais dix ans s'étaient écoulés sans qu'ils aient pu rien voir. Ils regardèrent encore pendant dix ans sans rien voir, trente, quarante ... puis soixante-dix ans, toujours rien ! Tout était comme autrefois; pas de lumière, pas de chaleur, le pays était toujours plongé dans l'obscurité et peuplé de tigres, de panthères, de chacals et de loups. On pensa que Male était morte en route, on renonça à tout espoir.

Ce fut le dernier jour de la 99ème année, un instant avant le lever du soleil, qu'on vit soudain un grand feu brûler à l'est, teintant le ciel d'un rouge de sang. Presque en même temps un soleil brillant se leva dar­dant des rayons d'or dans tous les coins du pays. Les tigres, les panthères, les chacals et les loups, qui avaient fait tant de ravages pendant des siècles et des siècles, furent exterminés.

Depuis ce jour, en souvenir de Male et de son fils, nous, les Zhuangs, nous allons travailler dans les champs quand le ciel commence à rougir à l'est et ne rentrons que quand le soleil se couche à l'ouest.

 

 

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