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27 juillet 2007

Fables de la Chine Antique III

LES BATEAUX VETUSTES

 

Lorsque Hu Lizi quitta la capitale pour s’en retourner dans son pays natal, le premier ministre mit à sa disposition un fonctionnaire pour l’accompagner.

« Choisissez pour votre voyage, dit-il, parmi les bateaux du gouvernement, celui qui vous plaira le mieux. »

Le jour du départ, Hu Lizi arriva le premier à l’embarcadère. Il y avait plusieurs milliers d’embarcations amarrées le long du rivage. Il cherchait à reconnaître les bateaux gouvernementaux mais n’y parvenait pas. Quand arriva le fonctionnaire qui devait l’escorter, il lui demanda :

« Il y a tant de bateaux ici ! Comment distinguer ceux du gouvernement ? » 

« Rien de plus facile, répondit son interlocuteur. Ceux dont la bâche est trouée, les rames brisées et les voiles déchirées sont tous des bateaux du gouvernement. »

Hu Lizi leva les yeux au ciel, soupira et dit en lui-même : « Ce n’est pas étonnant que le peuple soit misérable. L’empereur le considère sans doute comme propriété du gouvernement lui aussi. »

Fable du 14ème siècle.

 

 

CELA N’EST PAS DE MON DOMAINE

Il était une fois un praticien qui se disait spécialisé en médecine externe. Un guerrier blessé réclama ses soins. Il s’agissait d’extraire une flèche qui s’était enfoncée dans ses chairs.

Le chirurgien prit une paire de ciseaux, coupa la penne au ras de la peau, puis réclama ses honoraires.

« La pointe de la flèche est encore dans ma chair, il faut l’en retirer », dit le guerrier.

« C’est du domaine de la médecine interne, répondit le docteur. Comment pourrais-je prendre la responsabilité d’un tel traitement ? »

 

Fable du 15ème siècle.

 

 

 

 

Fable pour Solko

LA CHAUVE-SOURIS

Le jour de l’anniversaire du phénix, tous les oiseaux se présentèrent devant lui pour lui offrir leurs souhaits ; seule la chauve-souris ne se présenta pas. Le phénix, fort vexé, lui en fit la remarque : « Vous êtes mon sujet, dit-il, et non mon suzerain. »  La chauve-souris répondit : « Voyez mes pattes, suis-je un oiseau ? Pourquoi vous aurais-je adressé mes hommages ? »

Mais le jour de l’anniversaire de la licorne,  la chauve-souris ne parut pas non plus. La licorne lui fit des reproches. « Moi ? dit la chauve-souris. Voyez mes ailes, je suis oiseau ; pourquoi vus adresserai-je mes hommages ? »

Le phénix et la licorne se rencontrant, se répétèrent les propos de la chauve-souris. « Le monde dégénère pour qu’une telle bête ayant quatre pattes et des plumes puisse y faire son apparition, soupirèrent-ils. Et nous n’y pouvons rien. »

Fable du 17ème ou 18ème siècle.

 

 

 

LES BRANCHES FOURCHUES

Les habitants d’un certain village de montagne avaient coutume de se servir de branches fourchues pour fabriquer les pieds de leurs tabourets. Un jour, un paysan qui voulait réparer les pieds d’un tabouret, dit à son fils d’aller couper une branche fourchue dans la montagne. Le fils prit sa hache et s’en fut. Après une journée, il revint bredouille. Son père lui reprocha son incapacité.

« C’est vrai, il y avait beaucoup de branches fourchues là-bas, dit le fils, mais elles poussaient toutes dans le sens de la hauteur ! »

Fable de la dynastie des Ming

 

CHANGER UNE AIGUILLE EN BARRE DE FER

Plusieurs enfants qui faisaient l’école buissonnière s’amusaient dans la rue. Ils remarquèrent une vieille femme qui, inlassablement, frottait une barre de fer contre une pierre. Intrigués, ils lui demandèrent :

« Que faites-vous là, vieille mère ? »

Elle répondit sérieusement :

« Je frotte cette barre pour la réduire, je veux en faire une aiguille pour coudre mes habits. »

Les enfants éclatèrent de rire.

« Jamais vous ne pourrez faire une aiguille d’une barre de fer de cette grosseur ! »

« Je la meule tous les jours, tous les jours elle diminue un peu plus et un jour elle finira bien par devenir aiguille. Mais des petits paresseux ne peuvent pas comprendre cela », dit la vieille.

Les enfants s’entre-regardèrent en rougissant, puis en courant, ils s’en retournèrent à l’école.

C’est de cette histoire que nous vient le vieux dicton qui a encore cours aujourd’hui :

« Travail persévérant peut faire d’une barre de fer une aiguille à broder. »

Fable du 17ème siècle

(Commentaire : c’est bizarre, dans les fables, celui qui a fait ou dit une grosse stupidité comprend généralement son erreur. Dans la vie, c’est autre chose…)

 

 

LA NAIVETE DU JEUNE CERF

Un habitant de Linjiang captura un jour un faon et décida de l’élever. A peine eut-il franchi le seul de sa demeure que ses chiens l’accueillirent en se pourléchant et en frétillant de la queue. L’homme, furieux, les renvoya, mais le sort que ses chiens réservaient au faon lui devint un sujet d’inquiétude. Alors, il présenta tous les jours le faon aux chiens ; il le portait dans ses bras, montrant par là à ses chiens qu’ils devaient le laisser en pais. Peu à peu, le faon se mit à jouer avec les chiens qui, obéissant à la volonté de leur maître, fraternisèrent avec lui.

Le faon grandit et, oubliant qu’il était un cerf, crut que les chiens étaient ses meilleurs amis. Ils folâtraient ensemble et vivaient dans une intimité sans cesse grandissante.

Trois années passèrent. Le faon, devenu cerf, vit un beau jour dans la rue une bande de chiens inconnus. Il sortit aussitôt pour s’amuser avec eux, mais ceux-ci le regardèrent venir avec un mélange de joie et de fureur. Ils le mirent en pièces et le mangèrent. En rendant le dernier soupir, le jeune cerf se demandait encore pourquoi il mourait si prématurément. 

Fable du 8ème/9ème siècle.

 

 

LE PUITS

Un puits avait été foré au bord d’une route. Les voyageurs étaient heureux d’y puiser de l’eau pour étancher leur soif. Un jour, un homme s’y noya ; dès lors, tout le monde se mit à blâmer celui qui avait foré le puits à cet emplacement.

Fable du 8ème siècle.

 

DEPLACER LA MONTAGNE

Le Taihang et le Wangwu sont des montagnes hautes de quelque cent mille pieds et dont le pourtour mesure dans les sept cents lieues.

Sur le versant nord de ces montagnes demeurait un vieillard âgé d’environ 90 ans et connu sous le nom de Père Stupide.

Sa maison faisait face à la montagne et lorsqu’il avait à sortir, il lui fallait faire de grands détours, ce qui l’importunait fort.

Un jour, il convoqua tous les siens et leur dit :

« Ces montagnes nous barrent le chemin et nous gênent beaucoup dans nos allées et venues. Nous allons tous nous y mettre et les enlever. De cette façon, nous nous frayerons un chemin et nous n’aurons plus tant de détours  faire pour aller à Yuzhou. »

Tous l’approuvèrent ; seule sa vieille compagne resta quelque peu sceptique.

« Je voudrais bien voir, dit-elle, comment vous allez vous y prendre. A mon avis, avec si peu de forces, vous ne pourrez même pas aplanir un monticule ; à plus forte raison vous sera-t-il impossible de venir à bout de ces hautes montagnes. Où allez-vous mettre tant de pierres et de terre ? »

Ils répondirent :

« Qu’à cela ne tienne ! On va les déposer sur la plage de Bohai. Même s’il y en avait davantage, nous ne serions pas embarrassés. »

Dès le lendemain, on se mit à la besogne.

Une veuve de leur voisinage avait un fils de sept à huit ans qui, lui aussi, se mit de la partie.

Ils travaillèrent avec entrain, creusèrent la terre, enlevèrent les pierres et les transportèrent sur la plage.

Une année durant, ils ne rentrèrent que rarement chez eux.

Au bord de Fleuve Jaune habitait un autre vieillard qui passait pour être un esprit fin. On l’appelait le Père Intelligent. En voyant son compère se donner tant de peine, il en riait dans sa barbe et finit par lui dire :

« Est-il permis d’être sot à ce point ! Vieux comme vous l’êtes, vous avez juste assez de force pour arracher les herbes de la montagne, comment pourriez-vous remuer tant de terre et de pierres ? »

Le Père Stupide poussa un profond soupir et répondit :

« C’est vous qui êtes vraiment simple d’esprit : Votre tête ne vaut même pas celle du fils de notre voisine. Il est vrai que je suis vieux et que je n’ai plus beaucoup d’années à vivre, mais après ma mort restera encore mon fils à qui succédera mon petit-fils. Celui-ci, à son tour, aura un fils et un petit-fils, et ainsi de suite. Pendant tout de ce temps-là, les montagnes, elles, ne grandiront pas d’un pouce, alors dites-moi donc, pourquoi n’en viendrions-nous pas à bout ? »

A cet argument, le vieux qui se piquait d’esprit resta coi, ne trouvant plus rien à répondre.

 

Fable du 5ème ou 7ème siècle av JC

 

 

Commentaires

A quand la fable du Lycée sur la colline et des trois petits cochons ?
Fable, il est vrai, du 21ème siècle....
Esseulesse

Écrit par : solko | 27 juillet 2007

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