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27 juillet 2007

Conte d'extrême-orient : Daka et Dalun

Le "mythe" de la jeune orpheline malheureuse maltraitée par sa belle-famille et sauvée d'un sort misérable par sa bonté naturelle se retrouve dans bien des civilisations. Chez nous, c'est l'histoire de Cendrillon. En Chine, c'est l'histoire de Daka. Vous allez voir que les deux contes ont bien des similitudes. Daka et Dalun est un conte populaire chinois qui se transmet oralement et que j'ai trouvé dans un recueil  dont le titre est : A la recherche de soleil. Ce recueil réunit quelques contes de certaines provinces chinoises ainsi que des contes thibétains. Une fois encore, je ne peux pas indiquer le nom du traducteur ou de la traductrice, car il n'est pas indiqué.

DAKA ET DALUN  (Conte de la province de Zhouang)

Daka perdit sa mère à l'âge de deux ans. Et son père se remaria lorsqu'elle avait trois ans. Au début, la belle-mère était pleine d'égards pour Daka, elle en avait grand soin et la traitait comme sa propre fille, rien ne lui manquait, ni la nourriture, ni les vêtements. Mais la bonne fortune de Daka, comme celle d'un em­pereur sur la scène, eut tôt fait de disparaître.

Après la naissance de Dalun, Daka devint pour sa belle-mère comme une épine enfoncée dans sa chair. Tous les jours l'enfant était frappée ou grondée. Da­lun, sa petite demi-sœur, toute jeune qu'elle était, savait déjà profiter des faveurs de sa mère et maltraitait Daka constamment. Peu de temps après, le père étant mort, Daka connut une vie plus malheureuse encore; elle était mal vêtue, mal nourrie, elle n'avait même plus droit aux restes de riz de la veille.

Une fois, il y avait une noce au village ouest; à cette occasion, la mère avait fait pour Dalun un joli costume neuf qui lui allait à merveille. En voyant sa sœur prête à partir pour la noce, Daka demanda à sa belle-­mère: « Maman, laisse-moi aller au mariage avec ma petite sœur. » « Hum! Tu veux y aller, toi ! dit la femme d'un air mécontent Bon! Je vais te donner un travail à faire, si tu y arrives, tu pourras y aller, sinon, tu n'auras plus qu'à te taire, petite peste, et ce ne sera plus la peine d'y penser ! » Elle prit aussitôt cinq boisseaux de sésame et six boisseaux de soja, elle les mélangea et les mit devant la jeune fille en disant : « Si tu peux trier aujourd'hui tous ces grains, je te laisserai aller à la noce. » Puis elle s'éloigna.

Quand Daka vit ce tas de grains mélangés, elle fut complètement abasourdie. Réellement, il ne lui était pas possible de trier tant de grains en une journée, même en dix jours elle n'y arriverait pas non plus. Perdant tout espoir d'aller à la noce, elle se mit à pleurer à chau­des larmes. L'âme de sa défunte mère entendit ses pleurs et, pre­nant l'apparence d'un corbeau, vint se poser sur le toit de la maison en croassant.

Daka, Daka ! Ne crains rien! Ne pleure pas ! Ce n'est pas difficile de séparer les grains de sésame des grains de soja. Il faut les mettre dans un tamis et puis secouer. D'eux-mêmes, ils seront séparés.

Entendant cela, Daka fut ravie ; elle prit un tamis, le remplit de grains et le secoua, puis elle continua et en moins de temps qu'il n'en faut pour consumer une baguette d'encens, elle eut fini de trier les cinq boisseaux de sésame et les six boisseaux de soja. Alors, elle courut toute joyeuse auprès de sa belle-mère­ et lui dit « J’ai fini, maman, j'ai séparé tous les grains. Laisse-moi aller à la noce. » La  belle-mère en fut étonnée et pensa : « cette gamine est vraiment intelligente! » Mais tout de suite elle se renfrogna et répondit : «  Ah! mais non, ça ne peut pas s'arranger si facilement que ça, il y a encore autre chose à faire », et elle sortit deux seaux en disant : « Si tu remplis d'eau les trois grandes jarres qui sont dans le jardin derrière la maison, je te laisserai assister à la  noce. »

Daka pensait que ce n'était pas difficile de remplir d’eau trois jarres, alors elle retroussa les manches de sa blouse et partit gaiement à la rivière pour prendre de l’eau. Personne n'aurait pu penser que la belle-mère avait percé le fond des seaux. Daka les remplit, mais elle n’était pas encore arrivée à la maison qu'ils étaient déjà vides. Il était bientôt midi et il n'y avait pas une goutte d’eau dans les jarres. Daka était si angoissée qu'un grand sanglot lui échappa. L'âme de sa mère l'entendit et vint se percher sur un arbre à côté et appela.

Croa, croa, n'aie pas peur, ne pleure pas ! C'est peu que de remplir trois jarres, si le fond des seaux tu répares avec de l'herbe et de la boue.

Daka fit ce qu'avait dit le corbeau ; elle boucha d'abord les trous avec de l'herbe et ensuite appliqua de la boue dessus. Et en effet, après cette opération, pas une gout­te d'eau ne s'échappa plus des seaux. Les trois jarres remplies, elle courut toute joyeuse auprès de sa belle-mère en criant: « J'ai rempli les jarres, maman, laisse-moi y aller. » Quand la femme comprit que les trois jarres étaient déjà pleines, elle roula ses gros yeux et dit d'un air mauvais : « Tu ne peux pas partir dans cet état, tu n'as pas de vêtements convenables, regarde Dalun, comme elle est bien habillée ; elle a une jolie veste rose, un pantalon bleu, des chaussettes blanches et des souliers brodés, et toi, tu as des vêtements tout rapiécés, puis-je te laisser aller dans le monde avec un habit pareil ? » La belle-mère sortie, Daka se mit à pleurer de nou­veau. A l'entendre pleurer, l'âme de sa mère comprit qu'elle souffrait encore d'une injustice. Elle reprit son appa­rence de corbeau et alla se poser sur le toit de la maison en disant :

Croa, croa, n'aie pas peur, ne pleure pas ! Un pantalon rouge, une jolie robe, des chaussettes et de beaux souliers sont enterrés sous le néflier.

Daka bondit de joie et prit tout de suite une houe et s'en alla creuser la terre sous le néflier. Elle avait à peine donné quelques coups de houe qu'elle déterra un petit paquet; elle le défit et y trouva effectivement une jolie robe, un pantalon de soie rouge brodé dans le bas, une paire de chaussettes, des souliers brodés ainsi que deux bracelets et une paire de boucles d'oreilles en or. Daka, ravie, s'en para tout de suite et alla dire à sa belle-mère : « Maman, j'ai déjà des vêtements, laisse-moi aller à la noce. » Cette fois, la marâtre n'avait plus rien à dire, elle fut obligée d'y consentir.

Quel bonheur d'aller à la noce! Tout le long du chemin, Daka ne cessait de sautiller, elle était folle de joie. Mais en traversant le pont, elle marcha, par inad­vertance, sur un caillou : un de ses souliers sortit de son pied et tomba dans la rivière.

Un moment après, un jeune lettré, monté sur un grand cheval, allait s'engager sur le pont quand son che­val fit un écart et ne voulut plus avancer, rien ne pou­vait l'y décider, même les coups ; il levait la tête et ne cessait de hennir. Trouvant cela anormal, le jeune homme descendit de sa monture et alla regarder sous le pont ; il aperçut un soulier rouge flottant sur l'eau. Il se demandait : « Voyons, existerait-il un lien mystérieux entre moi et la jeune fille qui a perdu ce soulier? » Tout en réfléchis­sant, il attacha son cheval au garde-fou du pont, puis il descendit au bord de la rivière pour repêcher le sou­lier. La nouvelle qu'un jeune lettré avait trouvé un soulier brodé dans la rivière se propagea dans le village, on racontait même qu'il épouserait la jeune fille qui l'avait perdu. Ces bavardages arrivèrent jusqu'aux oreilles de la mère de Dalun. Elle s'empressa d'aller jusqu'au pont et dit au jeune homme: « Monsieur le lettré, ce soulier brodé appartient à ma fille Dalun. » Le lettré répondit »: « Alors, je la prie de venir le reconnaître. » « Elle viendra dans un instant, répondit la mère. Elle est à un mariage. »

Juste à ce moment-là, Daka et Dalun apparurent au loin et se dirigèrent vers le pont. La femme dit en mon­trant Dalun : « Regardez, la voici, c'est celle qui a la veste rose et le pantalon bleu. » Et tout en parlant, elle s'avança au-­devant des jeunes filles, prit la main de Dalun et dit : « Dalun, va vite reconnaître ton soulier, c'est ce jeune lettré qui l'a trouvé. » Mais Daka s'aperçut tout de suite que le soulier brodé que le jeune lettré avait dans la main était le sien, elle alla vers lui et dit : « Voulez-vous me rendre ce soulier, monsieur le lettré, il est à moi. Voyant que Daka s'était avancée la première, la mé­chante femme s'écria : « Vilaine gamine, comment oses-tu dire que ce sou­lier est à toi? Il est à Dalun. » Et sournoisement, elle la pinça très fort. Le jeune homme était perplexe. A laquelle des deux jeunes filles pouvait bien appartenir ce soulier ? Mais il trouva un moyen pour régler le différend. « Ne vous disputez pas. Vous dites toutes les deux que le soulier vous appartient : dans ces conditions, la dispute ne peut jamais finir. Je vous propose une solu­tion: je vais placer une branche épineuse au milieu du pont, le soulier appartiendra à celle qui, en passant à côté, accrochera le pan de son vêtement aux épines. »

Il alla couper une branche d'arbuste épineuse et la plaça au milieu du pont. Dalun passa la première, elle fit tout son possible pour que ses vêtements se prennent aux épines, mais l'étoffe glissait dessus sans s'y accrocher. Après, ce fut le tour de Daka ; elle était à peine près de la branche qu'un coup de vent survint et accrocha solidement le pan de son vêtement aux épines. Alors, le jeune homme lui rendit son soulier. Quelques jours après, une belle chaise à porteurs rouge, vint stationner devant la porte de Daka: Daka épousait le lettré. A partir de ce jour-là, Daka vécut une vie douce et heureuse avec son époux, elle n'avait plus à subir les mauvais traitements de sa marâtre. Quelque mois plus tard, elle mit au monde un gros garçon.

Les années avaient passé. Un jour, Daka appela une chaise à porteurs pour aller voir sa belle-mère avec son petit garçon. Quand sa belle-mère la vit arriver, elle fit contre mauvaise fortune bon cœur, elle prit un air content et se précipita à sa rencontre en lui disant : « Entre, mon enfant chérie, sois la bienvenue. » Puis, elle s'empressa de préparer un bon repas pour Daka. Dalun voyant sa mère si empressée auprès de Daka commença à bouder, elle s'en alla pleurer toute seule dans le jardin. Sa mère s'en aperçut et s'approchant d'elle, lui dit tout bas : « Petite sotte, crois-tu ta mère si bête? » Et elle lui chuchota mystérieusement quelques mots à l'oreille.

Dalun parut contente et rentra tout de suite dans la maison pour se mettre à table avec sa sœur. Après le repas, elle dit à Daka : « Daka, il y a plusieurs années que tu n'es pas venue à la maison ; tu sais, l'eau du puits de notre jardin est devenue plus limpide qu'autrefois. Viens avec moi, allons voir notre image. » « Allons », dit Daka. Et elles partirent toutes les deux pour se mirer dans l'eau. Quand elles furent près du bord, Dalun profita d'un moment d'inattention de Daka pour la précipiter dans le puits. Elle revint à la maison, s'habilla et se para exactement comme Daka, puis elle alla près de l'enfant : « Viens mon petit, lui dit-elle, il faut rentrer à la maison avec maman. » Le petit garçon la regarda ; probablement ne recon­nut-il pas sa mère, car il dit : « Non, non, tu n'es pas ma mère; maman n'a pas le visage grêlé. » Voyant que l'enfant ne voulait pas la reconnaître, elle répliqua : « Grosse bête, tout à l'heure, ta grand-mère a fait de la friture, le feu était trop vif et l'huile m'a sauté à la figure, ce sont de petites brûlures ; allons, vite, ren­trons. » L'enfant crut ce qu'elle disait, il monta avec elle dans la chaise pour rentrer à la maison. Quand ils furent installés, les porteurs partirent, mais ils trouvèrent la charge beaucoup plus lourde et dirent : « C'est curieux, la chaise est plus lourde qu'en ve­nant, pourquoi ? » Dalun répondit : « Ce n'est pas étonnant, j'ai tant mangé ! J'ai mangé beaucoup de riz et de pâte de riz glutineux. » Les deux porteurs ne trouvèrent rien à répliquer. Quand elle rentra à la maison, le lettré fut pris de doutes, mais Dalun lui donna les mêmes explications qu'à l'enfant et il ne dit plus rien. Cependant, il était troublé, sentant qu'il y avait quelque chose d'anormal.

Un jour qu'il revenait de l'école du village, en passant près d'un bois, il entendit une petite tourterelle qui chantait dans le feuillage : Crou-crouou, crou-crouou, une jolie femme a été changée contre une autre au visage grêlé. Alors il pensa : « Est-ce que cette petite tourterelle ne serait pas mon épouse? » Il se tourna vers l'oiseau et dit : « Petite tourterelle, petite tourterelle, si vraiment tu es mon épouse, viens dans ma manche », et il présenta l'ouverture de sa manche. D'un coup d'aile, l'oiseau vint s'y blottir. Il l'emmena chez lui, la mît dans une cage qu'il plaça dans le salon.

Dalun n'était guère occupée. Un jour qu'elle n'avait rien à faire, elle vint dans le salon et vit un métier à tisser ; alors, elle eut le désir d'apprendre à tisser des étoffes. Mais aussitôt qu'elle fut assise au métier, le métier se renversa avec fracas. Alors la petite tourterelle se mit à chanter : Crou-crouou, crou-crouou, tu as assassiné une femme et pris son mari. Tu l'as tuée pour te saisir de sa fortune.  Le métier à tisser a su la venger. Dalun devint rouge de colère, elle prit un fouet et en frappa furieusement la cage. Elle s'était à peine arrêtée que la petite tourterelle recommençait à chan­ter : Crou-'crouou, crou-crouou. Dalun est une renarde rusée, au cœur plus cruel que le tigre, et plus que le serpent, perfide. Dalun, hors d'elle-même, mit la main dans la cage, prit l'oiseau et l'étrangla. Le soir, rentré à la maison, le lettré ne voyant plus l'oiseau, demanda à Dalun : « Où est la tourterelle ? »« Je l'ai tuée », répondit Dalun. « Pourquoi l'as-tu tuée? » « Pour en faire du bouillon avec des haricots noirs. » Puis elle alla prendre deux bols de bouillon de tour­terelle, elle en donna un à son époux et commença à boire l'autre. Plus elle en buvait, plus elle le trouvait amer et elle demanda : « Tu ne trouves pas le bouillon amer ? » « Non, pas du tout, il est délicieux », répondit le lettré. « Alors, changeons de bol. » Après avoir changé de bol, elle trouva le bouillon encore plus mauvais. « Je me demande pourquoi je trouve ce bouillon en­core plus amer, dit-elle. Quel goût a le tien ? » « Il est aussi délicieux, pas amer du tout. » Elle se mit en colère et jeta tout le bouillon dans le jardin.

Quelque temps après, des bambous poussèrent dans le jardin. Ils grandirent ; en été le lettré aimait s'asseoir à l'ombre de leur feuillage, car il y faisait extrêmement frais et, chaque fois qu'il était là, un beau fruit doré tombait du bosquet; il le mangeait et le trouvait très bon, très sucré. Quand Dalun sut cela, elle alla aussi s'installer sous les bambous ; elle y resta assise pendant une demi­-journée, mais elle ne voyait même pas l'ombre d'un fruit. Tout à coup, un bambou se courba, s'accrocha dans ses cheveux et l'enleva en l'air en se redressant. Elle était terrifiée et appelait au secours de toutes ses forces. A ses cris, le lettré sortit de la maison et quand il vit Dalun suspendue en l'air, il eut fort envie de rire ; un peu contrarié pourtant, il alla chercher un couperet pour abattre le bambou. Dalun tomba avec la tige et eut le corps tout meurtri. Quand elle se releva, dans sa fureur, elle prit le cou­peret et abattit tous les autres bambous.

Les villageois ayant appris que le lettré avait coupé tous les bambous de son jardin vinrent demander la permission d'en prendre. Une vieille femme qui habitait tout au bout du village en demanda une tige aussi, elle voulait changer le rou­leau de son métier à tisser. Elle le changea et à partir de ce jour-là, il se produisit chez elle des événements qu'elle n'arrivait pas à comprendre. D'ordinaire, elle devait travailler dans les champs pendant toute la journée et ne tissait que le soir quand elle était libre. C'est pourquoi, chaque soir, elle ne tissait que quelques mètres. Mais depuis qu'elle avait changé le rouleau de son métier, quand elle rentrait le soir, elle trouvait le métier chargé d'un gros rouleau d'étoffe tissée. C'était pour elle un mystère ; non seulement un métier n'aurait pu y suffire, mais même dix. Trouvant cela fort extraordinaire, la vieille femme alla se renseigner chez les voisins pour savoir qui l'aidait, mais tous ré­pondirent qu'ils n'en savaient rien. Cependant ils se sou­venaient que récemment, dans la journée, ils avaient entendu dans sa maison le bruit d'un métier en marche. Le lendemain, la vieille femme fit semblant de partir à son travail, mais elle se cacha chez sa voisine pour voir qui venait tisser pour elle. Les deux maisons n'étant séparées que par une cloison de bambous, elle regarda par une fente. Après un moment d'attente, elle vit une jeune fille toute mignonne sortir lentement des rouleaux de fil. La mignonne regarda tout autour de la pièce et voyant que tout était calme, elle s'assit au métier et commença à tisser.

La vieille femme était folle de joie, elle sortit préci­pitamment de la maison, poussa sa porte et prit la jeune fille dans ses bras en lui disant : « Mon enfant, tu es vraiment gentille, comment t'appelles-tu ? » «La jeune fille essaya de s'échapper des bras de la vieille, mais n'y réussit pas. Elle répondit : « Ma bonne vieille, je suis une enfant sans famille. » « Alors, dit la vieille, je te servirai de mère, si tu le veux bien. » La jeune fille répliqua : « Vous êtes trop bonne, mais j'ai eu une mort tragi­que, et mon corps n'a plus d'os. Si vous voulez que je sois votre enfant, il faut d'abord que vous alliez acheter une paire de baguettes et que vous la mettiez bouillir dans l'eau. Après, vous me donnerez cette eau à boire et je redeviendrai normale, j'aurai des os. » La bonne vieille s'empressa d'aller acheter des ba­guettes et les mit à bouillir dans une casserole d'eau. Un moment après, elle porta un bol de cette eau à la jeune fille qui l'avala tout de suite. En effet, un instant après, sa taille se redressa, elle était encore plus jolie.

Un jour, elle dit à sa vieille maman : « Comme il fait beau aujourd'hui, maman. Veux-tu aller inviter quelqu'un à venir chez nous ? » « Qui veux-tu inviter à venir te voir ? » « Je voudrais inviter le lettré du village. » « Ah! Grande bête, c'est un notable cet homme-là, comment consentirait-il à venir chez nous, des pauvres ? » La jeune fille insista : « Maman, tu lui diras que c'est une jeune fille qui l'invite et tu lui demanderas d'amener son petit garçon. Il viendra certainement. » Elle insista tellement que la vieille fut obligée de céder. Quelques minutes plus tard, accompagné de la vieille, le lettré arrivait avec son enfant. Une fois dans la maison, la vieille s'empressa de préparer le repas pour ses invités. Mais la jeune fille restait toujours assise derrière un rideau sans vouloir se montrer. La vieille apporta une cuisse de poulet pour l'enfant, qui se mit tout de suite à la croquer à belles dents. Tout à coup un gros chat bigarré vint vers lui en miaulant et s'empara de la cuisse de poulet. Le petit garçon poussa un cri et se mit à pleurer, il poursuivit le chat jusque derrière le rideau. Là, il trouva la jeune fille et se jeta dans ses bras en criant : « Maman, maman! Ah! Tu es ma vraie maman. »

Au cri de l'enfant, le lettré, fort étonné, alla regarder derrière le rideau et resta là interdit ; le petit garçon avait sa petite main dans celle de la jeune fille, qui le prenait dans ses bras en pleurant. « Oh! Mais c'est ma Daka ! » s'écria-t-il, étonné. Il alla l'embrasser, les larmes aux yeux et ne sachant que dire. Le lendemain, il ramena Daka chez lui. La voyant rentrer à la maison, Dalun fut prise d'inquiétude et lui demanda discrètement : « Tu es pourtant tombée dans le puits, il y a quelque temps, comment peux-tu revenir maintenant? » Daka rit froidement et répondit : « On ne meurt pas si facilement. Est-ce que tu crois qu'une personne qui n'a que de bons sentiments peut mourir par suite d'un crime? » Dalun était en colère et en même temps très honteuse.

Un jour, elle demanda à Daka : « Pourquoi as-tu la peau si blanche ? » « Parce que ma mère m'a blanchie comme on blanchit le riz, dans un mortier à décortiquer. » « Comment ? Est-ce que vraiment ça peut blanchir la peau ? » « Crois-tu que je te trompe ? Puisque le riz devient blanc, pourquoi n'en serait-il pas de même pour la peau d'une femme ? »« Ah! Et bien, alors dès demain, j'irai demander à ma mère de le faire pour moi. »

Le lendemain, Dalun partit de bonne heure pour aller chez sa mère. « Maman, lui dit-elle en arrivant, sais-tu pourquoi Daka a la peau si blanche ? C'est parce que sa mère l'a blanchie comme on blanchit le riz, dans le mortier à décortiquer ; viens le faire pour moi. » Et tout de suite, elle s'accroupit au fond d'un grand mortier. Sa mère voyant qu'elle parlait sérieusement crut que c'était vrai, elle se mit à manœuvrer le gros pilon, mais aussitôt Dalun poussa un grand cri et ne bougea plus. Quand elle comprit que sa fille était morte, elle se mit à pleurer amèrement. Quelque temps après, elle mourut aussi de chagrin.

Dalun et sa mère sont devenues deux oiseaux qui crient jour et nuit :

On est toujours puni quand on fait le mal.  On est toujours puni quand on fait le mal.

 

 

 

 

Commentaires

Bien fait pour la mauvaise!!
Ici, comme ailleurs, il semble que l'on ne récolte que ce que l'on a pu semer...

Écrit par : Sandrak | 26 juillet 2007

A quand la fable du centaure et de la chimère ? fable ni orientale, ni occidentale, mais vraiment universelle, et d'une grande source d'enseignement.
Esseulesse.

Écrit par : solko | 27 juillet 2007

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