Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24 juillet 2007

Fables de la Chine Antique II

UN DOCTEUR ES LETTRES ACHETE UN ÂNE

Un docteur ès lettres avait acheté un âne et fut chargé de rédiger l’acte de vente. Après avoir couvert de caractères trois pages entières, il n’avait pas encore écrit le mot « âne ».

 

Fable du 5ème siècle.

   

A QUOI BON FLATTER ?

Un homme riche et un homme pauvre causaient ensemble.

« Si je te donnais vingt pour cent de tout l’or que je possède, me ferais-tu des compliments ? » demanda le premier.

« Le partage serait trop inégal pour que tu mérites un compliment », répondit le second.

« Et si je te donnais la moitié de ma fortune ? »

« Nous serions égaux. Pourquoi te flatter ? »

« Et si je te donne tout, alors ? »

« Si j’ai toute ta fortune, je ne vois pas pourquoi j’aurais à te flatter ! »

Fable de la dynastie des Ming (1368-1644)

 

ON NE PEUT S’EN PRENDRE QU’AUX BONS

Au bord du chemin menant à un village, se trouvait une statue de divinité en bois abritée dans un petit temple. Un passant se trouvant arrêté par un fossé rempli d’eau prit la statue du dieu, la coucha en travers et passa le fossé à  pied sec. Un moment plus tard, un autre homme passant par là eut pitié du dieu ; il le releva et le remit sur son piédestal, mais la statue lui déclara que puisqu’il ne lui avait pas offert d’encens, il allait immédiatement lui envoyer un violent mal de tête.

Le juge des enfers et les démons qui se trouvaient dans le temple lui demandèrent respectueusement :

« Seigneur, l’homme qui vous a piétiné pour traverser le fossé n’a pas été puni et vous avez envoyé un pénible mal de tête à celui qui vous a relevé. Pourquoi ? »

« Ah ! répondit la divinité. Vous ne savez donc pas qu’on ne peut s’en prendre qu’aux bons ! »

 

Fable de la dynastie des Ming.

 

 

 

 LES DEUX MYOPES

Il y avait une fois deux myopes qui ne voulaient pas admettre leur infirmité ; au contraire, chacun voulait prouver à l’autre qu’il avait une très bonne vue.

Ils apprirent un jour qu’une famille voisine allait faire porter un ex-voto au temple. Chacun s’enquit en secret de l’inscription qui y serait gravée. Le jour où le panneau allait être mis en place, ils arrivèrent ensemble au temple. Levant les yeux, l’un des deux s’exclama :

« Quel beau panneau ! Glorieuse est ta renommée, dit l’inscription en quatre gros caractères. »

« Ce n’est pas tout, ajouta l’autre. Il y a encore quelques rangées de petits caractères que vous n’avez pas vues. Ces caractères disent le nom du calligraphe et la date de l’œuvre. »

En les entendant, l’une des personnes présentes demanda :

« De quoi parlez-vous donc ? »

« Nous discutons sur l’inscription que nous lisons sur le panneau d’ex-voto », répondirent-ils.

Tout le monde éclata de rire.

« Vous vous trouvez devant un mur nu, leur dit-on, le panneau n’est pas encore en place ! »

Fable d’un auteur inconnu.

 

 

 

 INTEGRITE

Certain mandarin plein de convoitise voulait se faire une réputation de fonctionnaire incorruptible. Lorsqu’il fut nommé à son premier poste, il fit serment devant les dieux de ne jamais se laisser circonvenir.

« S’il m’arrivait d’accepter de l’argent de la main gauche, que ma main gauche tombe en poussière ! Si ma main droite accepte de l’argent, qu’elle tombe aussi en poussière ! » clama-t-il.

A quelque temps de là, quelqu’un lui fit un jour apporter cent onces d’or pour s’assurer son appui dans une affaire. La crainte de la malédiction à laquelle il s’était exposé par son serment le faisait hésiter à accepter cet argent qu’il convoitait pourtant vivement. Ses subordonnés lui dirent :

« Que votre Honneur fasse mettre les lingots d’or dans sa manche. Ainsi, si la malédiction agit, seule la manche tombera en poussière. »

Le magistrat trouva le conseil bon et accepta l’or.

Fable de la dynastie des Ming.

 

 

 

LA VERTU DE PATIENCE

Un mandarin, sur le point de rejoindre son premier poste officiel, reçut la visite d’un très bon ami qui venait lui dire au revoir.

« Sois patient surtout, lui recommanda son ami, et tu ne rencontreras aucune difficulté dans tes fonctions. »

Le mandarin dit qu’il s’en souviendrait.

Son ami lui répéta la même recommandation à trois reprises et, à chaque fois, le futur magistrat promit de suivre son conseil. Mais quand le même avis fut renouvelé une quatrième fois, il éclata :

« As-tu fini, oui ? Tu me prends pour un imbécile ! Voilà quatre fois que tu me répètes la même chose ! »

« Tu vois que ce n’est pas facile d’être patient, soupira l’ami. Je n’ai fait que répéter mon conseil deux fois de plus qu’il ne convient et te voilà déjà en colère. »

Fable du 15ème siècle.

 

 

LE SERPENTAIRE ET LE SERPENT

Certain serpentaire rencontra un serpent ; il se jeta sur lui et le frappa à coups de bec.

« Ne me frappez pas ! dit le serpent. Tout le monde dit que vous êtes un oiseau venimeux ; c’est une mauvaise réputation, et c’est parce que vous vous nourrissez de serpents. Si vous ne nous mangez plus, vous n’aurez plus en vous notre venin et vous n’aurez plus mauvaise réputation. »

« Vous me faites bien rire ! riposta l’oiseau. Vous autres serpents, vous tuez les hommes en les piquant ! Dire que je suis un danger pour les hommes est un mensonge. Je vous mange pour vous punir de vos crimes. Les hommes le savent bien ; ils me nourrissent pour que je les défende contre vous. L’homme sait aussi que ma chair et mes plumes sont contaminées et il s’en sert pour empoisonner son semblable. Mais cela n’est pas de mon fait. Si l’homme tue avec une arme, est-ce l’arme qu’il faut blâmer ou l’homme ? Moi, je ne veux pas de mal au genre humain. Quant à vous, cachés dans les herbes, vous rampez sournoisement, prêts à piquer l’homme qui vous rencontre.  C’est le destin qui vous a mis aujourd’hui sur ma route ; vos mauvais arguments ne vous sauveront pas. »

Sur ce, le serpentaire dévora le serpent.

Fable d’un auteur inconnu du 8ème siècle.

 

 

 

JOUER DE LA MUSIQUE POUR UNE VACHE

Un jour, Kong Mingyi, célèbre musicien, joua un morceau de musique classique devant une vache ; celle-ci continua de brouter comme si de rien n’était. « Ce n’est pas qu’elle n’entend pas, c’est que ma musique ne l’intéresse pas », se dit le musicien. Il se mit alors à imiter sur son zheng le vrombissement des mouches et le meuglement des petits veaux. Aussitôt la vache dressa l’oreille, balança sa queue et s’approcha du musicien pour écouter jusqu’au bout cette musique qui, cette fois, lui disait quelque chose.

Fable du 1er ou 2ème siècle.

 

 

 

LE HIBOU DEMENAGE

Un hibou voyageait vers l’est. Fatigué, il s’arrêta dans un bois pour se reposer. Là, il rencontra une tourterelle qui elle aussi se reposait. A la vue du hibou qui semblait essoufflé, la tourterelle demanda :

« Où allez-vous ? Vous semblez bien pressé. »

Le hibou répondit :

« Je déménage. Je vais vers l’est pour trouver un nouveau logis. »

« Pourquoi voulez-vous vous en aller ? » insista la tourterelle, curieuse.

« Parce que les gens de l’ouest me détestent. Ils disent que ma voix est désagréable. Je ne peux plus y tenir, il faut absolument que je m’en aille. »

« Puisqu’il est en ainsi, dit la tourterelle, votre déménagement ne résoudra rien. Où que vous alliez, vous recevrez le même accueil. Que ne changez-vous de voix au lieu de changer de demeure ! »

Fable non datée, auteur inconnu

 

 

 

 

L’HOMME QUI S’ACHETE DES SOULIERS

Un homme se prépare à aller au marché pour s’acheter des souliers.

Avant de partir, il mesure son pied, en prend la dimension au moyen d’un brin de paille et se met en route. Mai s’étant trop hâté, il oublie de prendre la paille avec lui.

Arrivé au marché, il s’arrête devant la baraque d’un marchand de souliers, tâte sa poche et s’aperçoit qu’il n’a pas emporté le brin de paille.

« J’ai oublié d’apporter la mesure, dit-il au marchand et comme j’ignore la dimension du pied, il faut que je m’en retourne la chercher. »

Et il se hâta de rentrer chez lui, prit la paille et repartit. Le chemin était long. Quand il arriva au marché, il était déjà tard, le marché était fermé. Il ne peut donc acheter les souliers et toute cette peine, il se l’était donnée pour rien.

Alors, quelqu’un lui demanda :

« Est-ce pour vous-même ou pour un autre que vous achetez les souliers ? »

« C’est pour moi-même », répondit-il.

« Mais n’avez-vous pas vos pieds au bout de vos jambes ? Alors à quoi bon être allé chercher la mesure ? »

 

Fable du 2ème siècle av. JC.

 

 

 

Commentaires

Merci pour ces Fables qui visent bien les faiblesses humaines, aussi bien celles d' Orient que d' Occident.
Allons-nous acquérir un peu de sagesse durant cet été 2007 ?

Écrit par : Adami | 26 juillet 2007

Les commentaires sont fermés.