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23 juillet 2007

Fables de la Chine Antique I

En 1980, j’ai eu la chance de pouvoir partir une vingtaine de jours en Chine. C’était l’époque où la Bande des Quatre ayant été mise sous les verrous, la Chine commençait à s’ouvrir aux voyageurs occidentaux. Il n’était bien évidemment pas encore question de faire du tourisme individuel : on ne pouvait rentrer dans l’ex Empire du Milieu qu’en groupe et les itinéraires étaient strictement choisis et respectés. Il soufflait pourtant déjà un certain air de liberté puisque quelques guides locaux, qui parlaient français,  en profitèrent pour poser énormément de questions sur la vie en Occident à certains membres du groupe auquel j’appartenais, notamment à votre serviteur.

A Pékin, on nous proposa, si nous le désirions, de nous abonner à des revues de littérature chinoise ou d’acheter les traductions françaises des contes, légendes et fables chinois qui nous seraient envoyées par courrier. Le prix demandé était dérisoire. Je signai sans hésiter le bon de commande et quelques semaines plus tard, je reçus à mon domicile un assez gros paquet contenant tous les ouvrages que j’avais achetés.

 

Voici donc quelques extraits  d’un recueil intitulé Fables de la Chine Antique qui réunit des fables écrites aux diverses périodes de la Chine Antique et qui constituent en quelque sorte la quintessence de la sagesse chinoise. La plupart des récits contenus dans ce livre datent des 3ème et 4ème siècles avant J.C. et des 16ème et 17ème siècles après J.C.  J’aurais bien voulu citer le nom du traducteur ou de la traductrice, mais il n’est pas indiqué.

 

LE PRINCE ET L’OISEAU

Un oiseau de mer vint à s’arrêter dans la banlieue de la ville de Lu. Le prince de Lu n’ayant jamais vu de pareil oiseau le prit pour une créature divine. Il envoya un cortège pour le recevoir et l’installa tel un hôte de marque dans un temple de la capitale.

Pour le distraire, il faisait jouer de la flûte et du tambour tous les jours et ordonnait qu’on préparât à son intention les festins les plus magnifiques. Mais toutes ces attentions effrayèrent l’oiseau, qui chaque jour devenait plus craintif. Il tremblait du matin au soir, n’osant plus ni manger ni boire. C’est ainsi qu’au bout de trois jours, il mourut.

Le prince de Lu a voulu faire vivre l’oiseau de mer comme il aimait à vivre lui-même et non pas comme il convient à un oiseau de vivre.

Extrait de l’œuvre Zhuangzi, écrite par Zhuang Zou, écrivain du 3ème ou 4ème siècle avt JC.

 

 

L’ART DE TUER UN DRAGON

Zhu Pingman se rendit auprès de ZHi Liyi pour y apprendre l’art de tuer les dragons. Pour cela, il consacra trois ans de sa vie et toute sa fortune, qui était considérable.

Hélas, jamais il ne rencontra de dragon et son art acquis au pris de tant de peines s’avéra inutile.

Extrait de Zhuangzi.

LE BON REMEDE

Il y avait dans le royaume de Song une famille de blanchisseurs qui possédait un remède pour les gerçures. C’était un onguent particulièrement efficace dont la recette était gardée secrète de père en fils.

Quelqu’un ayant eu connaissance de ce fait vint trouver les blanchisseurs et proposa de leur acheter le secret : « Je vous donne cent onces d’argent, leur dit-il, si vous consentez à m’indiquer la recette. »

Les blanchisseurs tinrent conseil. Leur métier était de si peu de rapport qu’ils trouvèrent l’offre de l’étranger très avantageuse et l’acceptèrent sans plus tarder.

Une fois en possession du secret, l’étranger alla l’offrir au roi de Wu.

Plus tard, la guerre éclata entre le royaume de Wu et le royaume de Yue. Un combat naval s’engagea et l’on était en plein hiver. Les soldats eurent les mains gercées, mais grâce au fameux remède, ils furent vite guéris et le royaume de Wu remporta sans difficulté la victoire. Le roi donna une magnifique récompense à celui qui avait fait connaître le remède.

C’était le même onguent, mais dans le premier cas il fut juste bon pour aider une famille de blanchisseurs alors qua dans le second, il sauva un royaume. Il en est ainsi de toutes choses, tout dépend de l’usage qu’on en fait.

Extrait de Zhuangzi.

 

SUSPICION

Un paysan avait perdu sa hache Il soupçonnait le fils de son voisin de la lui avoir volée et se mit à l’observer. Il trouva au jeune homme une démarche, un son de voix, une expression vraiment étranges. Tout semblait indiquer que c’était le voleur.

Plus tard, le paysan retrouva sa hache, qu’il avait oubliée dans un ravin en allant couper du bois dans la montagne.

Le lendemain, ayant rencontré le fils de son voisin, il l’observa de nouveau avec attention, mais la démarche du jeune homme, le son de sa voix, son expression lui semblèrent tout à fait normales ; vraiment, il n’avait rien des manières d’un voleur.

Extrait de l’ouvrage Liezi, écrit sept cents ou cinq cents ans avt JC.

 

LE TABOURET TROP BAS

Il y avait un tabouret dans la demeure d’un certain sot ; ce tabouret était trop bas, et chaque fois que l’homme voulait s’en servir, il était obligé de le rehausser sur des briques. Excédé par cette manœuvre compliquée, il chercha un expédient et eut un jour une inspiration subite : il appela son domestique et lui dit de monter le tabouret au premier étage.

Quand il s’assit, il trouva le tabouret aussi bas qu’au rez-de-chaussée.

« Et on dit que c’est plus haut à l’étage ! dit-il. Je ne trouve pas. »

Fable de la dynastie des Ming.

UNE DEMI-JOURNEE DE CONGE

Un grand personnage alla en visite dans un monastère bouddhiste. Après avoir bu de nombreuses coupes de vin, il se mit à réciter le passage d’un poème datant de la dynastie des Tang :

Passant par un monastère perdu dans les bambous, je m’arrêtai pour m’entretenir avec le bonze ; Arraché à ma vie agitée, je goûtai un moment de détente.

Le bonze l’écouta déclamer en riant.

« Pourquoi riez-vous ? » demanda l’auguste visiteur.

« Parce que votre moment de détente m’a coûté trois jours entier de préparatifs », répondit le vieux bonze.

Fable de la dynastie des Ming.

 

C’EST LA TRADITION

Yang Shuxian, mandarin natif de Meizhou, racontait l’histoire suivante :

Un préfet arrivant à son nouveau poste donna un grand banquet aux notables de la ville. Au milieu du vin et des réjouissances, un chanteur salua en ces termes le nouveau venu :

« A l’ancien magistrat succède le nouveau : à l’étoile du malheur succède l’étoile du bonheur. »

En s’entendant appeler « étoile du bonheur », notre préfet dans la jubilation demanda en hâte au chanteur :

« Qui donc est l’auteur de ces vers ? »

« C’est la tradition qui veut que l’on chante ainsi après le départ d’un préfet et lors de l’arrivée de son successeur. Nous les saluons tous du même couplet », répondit le chanteur.

Fable du 10ème siècle.

 

 

 

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