08 juillet 2007
Perles à rebours
Vous allez me dire : c’est facile, et surtout, c’est très commun. Tous les ans, à la même époque, on nous submerge de « perles » du baccalauréat. Les profs ne savent faire que ça : critiquer.
Tout est vrai : c’est facile, c’est commun et nous critiquons beaucoup : pardi, c’est aussi une facette de notre métier !
Seulement voilà : il est si agréable de céder à la facilité, au commun, au courant, au banal… Je connais plein de gens qui font ça toute la journée. Alors pourquoi pas moi ? Pourquoi ne pas faire partie, pour une fois, du plus grand nombre ? C’est tellement reposant…
Donc, voici quelques perles, tirées non pas de copies de bac, mais de devoirs rédigés en trois heures par des étudiants, c'est-à-dire des gens qui ont obtenu leur bac et qui désirent faire des études supérieures. Bien sûr, objection évidente : ce ne sont que quelques cas parmi une infinité de copies.
Objection retenue. Mais –car il y a un « mais », vous vous en doutez- quand je vous dirai que la moyenne générale de cette épreuve d’expression écrite dans ce type de formation (un peu de patience, la révélation finale arrive) avoisine les 7/20, vous conviendrez qu’il y a peut-être un problème.
Et le problème, il est assez énorme : Il vous sera expliqué après ; lisez d’abord. Cela peut faire rire, mais c’est surtout affligeant et cela en dit assez long… sur la maîtrise de la langue et sur la profondeur de la réflexion…
Sujet : Les connaissances des hommes augmentent-elles au fil des années et des siècles dans un progrès continu ou au contraire, les connaissances de notre époque marquent-elles un progrès particulier ?
Texte d’appui : un extrait du Traité du vide de Pascal.
« L’homme sera toujours mieux placé quant à l’éloignement de son temps par rapport à la naissance du Christ. »
« L’évolution de l’humanité et l’existence du progrès technique servent à rendre la vie des gens plus bénéfique et efficace. C’est pour cela qu’il faut oublier l’usure. » ( ?)
« Les personnes célèbres se sont regroupées dans le temps. »
« L’homme découvre la terre dans son ensemble, en révélant son état sphérique et non rectangulaire. »
« Un amassement de connaissances. »
« L’homme et l’animal sont apparus pratiquement à la même période de l’histoire. »
« Il est plus simple de nos jours de chercher des informations sur Internet qu’à l’époque de la Renaissance où de tels moyens n’existaient pas. »
« L’homme est fait pour durer, il a de longues années devant lui alors que par exemple un moustique, dès qu’il pique, meurt, la nature en a décidé ainsi. »
« Nombreuses sont les découvertes qui ont quelque peu pallié les différentes aires. »
« L’homme n’a cessé de prendre sa source dans celle des animaux. »
« L’homme de nos jours serait-il ce qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas été ce qu’il était hier ? »
« Certes, celui qui a découvert le feu est mort, mais sa découverte reste. Même exemple pour le pétrole, le gaz, la lumière… »
« L’homme à la base est avant tout un mammifère. »
« Il y a plusieurs années, déjà, l’être humain était un animal. » (Comme le temps passe !)
« Dans cette école-là, il faut étudier plusieurs matières comme les maths, par exemple, qui ont été inventées par « Phytagore », le français pas Molière, l’anglais par « Chekespear ».
« Tout d’abord, bien avant Jésus-Christ, les hommes se « déplassaient » à quatre pattes puis petit à petit, il s’est redressé pour terminer debout, comme nous maintenant. »
« L’homme est un être pluridimensionnel. »
« Le théorème de Thalès a été repris par Thalès d’un mathématicien grec de l’antiquité. »
« Au début, l’homme préhistorique avait une ignorance totale de la vie, il ne connaissait aucune valeur, tandis que maintenant, il éprouve des sentiments et adopte certains comportements comme le respect ou la politesse. »
« Grâce à la découverte du bacille de Koch de la tuberculose par Pasteur, on peut aujourd’hui soigner cette maladie. »
« Il n’y a pas si longtemps, nous étions à pied, à vélo ou au mieux à cheval. Les trajets étaient plus restreints et plus réfléchis. »
« Il existe des vaccins qui suivent le dicton « il vaut mieux prévenir que guérir » ».
« Suivant l’évolution de notre monde, l’homme passe par différentes étapes comme pour la circulation : par exemple, il commence à pied, puis à cheval pour ceux qui ont les moyens, ensuite arrive la voiture avec le train à vapeur, puis à charbon et maintenant beaucoup de déplacements se fond en TGV et en avion. »
« Il y a eu l’abolition de l’esclavage qui fut une bonne chose car il n’y a pas de sous-hommes, que tu sois blanc, noir, gris ou jaune. »
Ces quelques extraits ont été recueillis dans les copies du DPECF 2007. Feu DPECF, devrais-je écrire… Car notre époque ne pouvant survivre sans réforme, vous pensez bien que la filière a été réformée… Et pour une fois, le changement ne consiste pas à colorier en rouge ce qui était en vert auparavant et vice-versa.
DPECF : diplôme préparatoire aux études comptables et financières. C’était en quelque sorte une classe prépa au DECF c'est-à-dire au Diplôme d’études comptables et financières grâce auquel on pouvait accéder aux études d’expertise comptable.
Les étudiants entrant en DPECF bénéficiaient de trois heures de français par semaine ; le programme étant libre, il était donc possible de travailler à la fois la culture générale et la langue. Ceux qui le désiraient vraiment (assez peu nombreux, il faut le reconnaître) pouvaient ainsi améliorer leur écrit et faire fonctionner leur cerveau autrement que dans le sens voulu par les Hautes Autorités. En un an, vous n’aviez cependant pas la possibilité de faire des miracles, et l’épreuve d’expression éliminait beaucoup de candidats.
Arrive la réforme : on change le nom de la chose (normal), on modifie sensiblement le contenu des études, le DPECF devient la première année du cursus en trois ans qui s’appelle à présent… je ne sais plus quoi… et surtout, on se dit que, vu l’extraordinaire niveau de français des étudiants, ils n’ont plus besoin de cette matière rétrograde. Donc, on supprime purement et simplement le français (expression écrite et culture générale) de cette formation. Tout ceci étant décidé par des représentants de la profession d’expert-comptable et d’autres sublimes penseurs venus d’ailleurs, je ne me souviens franchement pas de la constitution de l’aréopage.
Que va-t-on mettre à la place ? Devinez : management et communication, ou l’art d’enfoncer les portes ouvertes en s’imaginant qu’elles sont fermées depuis des siècles et de saboter les derniers restes de bon sens qui ont pu germer dans de jeunes cervelles. A force d’utiliser le terme « relations humaines », on a fini par en oublier la signification profonde et surtout exacte.
Questions que je me pose : Ces braves gens, qui ont décidé que leurs futurs employeurs ne bénéficieraient que d’un enseignement technique et professionnel, sont-ils :
- Des gens redoutablement lucides, qui se disent qu’après tout, vu l’étendue des dégâts à ce niveau-là, ce n’est pas la peine de faire perdre de l’argent à l’état en payant des profs qui n’ont aucun moyen pour empêcher le bateau de couler et qu’il vaut bien mieux placer ledit argent ailleurs ? Et, au fond, ils n’ont peut-être pas tort : quand les esclaves aiment leur esclavage, pourquoi s’entêter à vouloir les rendre libres ? La liberté est quelque chose de beaucoup trop précieux pour que n’importe qui y ait accès : là, on est tout à fait d’accord.
- Des gens tout aussi redoutablement cyniques et calculateurs, qui ont compris qu’il valait mieux avoir affaire à des étudiants bornés, formatés, sans vocabulaire, incapables de raisonner et de critiquer, bref, à ce qu’on appelle de « purs gestionnaires » ? C’est plausible, dans la mesure où l’esprit critique est un commencement dangereux de remise en question des normes. Or, s’il y a une profession où il faut être parfaitement « cadré » et rigoureux c’est bien celle-là, je suis le premier à le reconnaître. Seulement, dans l’esprit de ces gens-là, « rigueur » serait-il synonyme d’imbécillité ? Voilà qui serait pour le moins fort injurieux pour ceux qu’ils destinent à leur profession.
Autre problème qui me laisse perplexe : rassurez-moi, les experts-comptables sont bien des gens qui doivent également savoir rédiger, s’exprimer correctement, avoir des capacités d’analyse, de recul, de distanciation ?
Comment vont-ils faire, ceux qui n’arrivent pas à aligner trois phrases correctes sur le papier, ou ceux qui, malgré l’idiotie ambiante, ont envie d’entendre autre chose que des stéréotypes maintenant qu’ils n’ont même plus la possibilité d’essayer d’améliorer leur expression écrite et d’élargir leur culture ?... Ah oui, j’ai trouvé : ils auront le management et la communication pour les faire réfléchir sur eux-mêmes et leur rapport au monde… C’est largement suffisant, pour ce qu’on veut faire d’eux !...
Chers professionnels de l’expertise comptable, soyez sympas, refilez donc le tuyau à vos collègues de BTS, ils ont besoin de connaître les arcanes de la rentabilité. Toutes les filières BTS sont sinistrées au niveau du français, (expression et réflexion), le sommet étant atteint chez les informaticiens. A quoi bon continuer à perdre de l’argent dans quelque chose qui ne sert à rien et qui plus est, enquiquine une grande partie de notre admirable jeunesse ?
Autre suggestion, pour les BTS : on pourrait peut-être remonter le coefficient du français ? Le mettre, par exemple, à 5 ou 6 ?... Oui, mais alors là, il y aurait tellement d’échecs que ça ferait voler en éclats toutes les statistiques officielles. Mauvais calcul.
Finalement, je n’aimerais pas être à la place de nos penseurs officiels. Tant de problèmes insolubles… Non, vrai, les pauvres et les simples d’esprit ne connaissent pas leur chance…
Allez, puisque vous en redemandez, je vais vous satisfaire : voici quelques autres perles de la session 2006. Le sujet portait sur la ville... A vous de voir...
« On a peur d’habiter en ville par peur d’être différent. »
« Les grandes diasporas sont des atouts pour une ville ».
« Les villes polluent notre couche d’ozone. »
« Au Brésil, les habitants acquièrent un blindage dans leur automobile. »
« Aux USA, on peut se faire tuer dans la rue. »
« En ville, il y a une méthode d’élimination du stress : le bandisme. » (On se demande à quoi l’auteur fait allusion…)
« Il faut noter la grandeur de la ville et de son état d’âme. »
« On va à la campagne pour s’évaporer de son travail. »
« Les gens de la ville sont des gens hautains qui se croient au dessus de tout le monde. »
« Une ville est –entre autres- un ensemble de meubles. »
« La vie en ville, c’est bien mais il y a le revers du couteau. »
« On trouve en ville des personnes de race noire, blanche, brune. »
« En ville, tout le monde dégage le stress. »
« La ville se doit d’évoluer en même temps que le monde, on ne peut pas avoir que des monuments préhistoriques tandis qu’il y a une avancée technologique. » (C’est l’évidence même…)
« Une ville ne peut pas ressembler à une campagne, sinon, ce ne serait plus une ville. » (Indubitablement.)
« Il y a en ville des infractions tentionnelles comme les vols et les travaux de terrorisme. »
« Il fallait faire une étude préalable pour faire face aux tensions de la société et non pas couvrir quelques nécessités qui ont des accessoires. » (Un peu confus, non ?)
« Dans certaines banlieues, l’ordre public est mis à la poubelle depuis plus de vingt ans. »
« En ville, l’être humain devient trop stressé, des maladies s’offrent à lui… » (Ce qui revient à dire que la fréquentation de certaines personnes est dangereuse…)
« Les rues se situent, pour la plupart, en ville. »
« On assiste à la destruction dans les banlieues des barres de bitume. » (Et on refait les rues en béton ?)
« C’est en principe en pleine rue que les vols de sacs à main surgissent. » (Heureusement, ce n’est qu’en principe…)
« Les jeunes consomment beaucoup de chocolateries. »
« Nous ne pouvons pas dire un oui affirmatif à cette idée. » (Ben, alors, peut-être un négatif ?)
« Les SDF errent dans les rues jusqu’à ce que la mort les rattrape. »
« La survie est une clef de réussite. »
« Dans les villes, on trouve l’insalubrité de l’environnement et de la morale. »
« Autour des agglomérations, la vie se forme pour devenir des banlieues. »
« L’homme évolue, mais l’esprit reste. »
Je vous jure que je n'ai rien inventé....
11:35 Publié dans Billet d'humeur et blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : étudiants, filières comptables, BTS, examens, article polémique

















Commentaires
Esseulesse découvre avec effroi dans le fond d'un tiroir
Que traînent tant de perles de ses bêtéhesses !
Appréciera-t-elle, c'est ça le hic
Qu'on les rende publiques ? !
Ecrit par : solko | 09 juillet 2007
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